Un honnête commerçant
Colm Feore dans Le Piège américain, de Charles Binamé
C'est bien Lee Harvey Oswald qui a fait le coup avant que le pégreux Jack Ruby ne lui règle son compte. Oui, c'est la faute de la mafia. Avec l'aide d'on ne sait trop qui. C'est Oliver Stone qui va être content! Car ne vous méprenez pas: Le Piège américain n'est pas tant le portrait d'un criminel célèbre pour sa discrétion, Lucien Rivard, que le récit de son implication involontaire dans le complot ayant conduit à la mort du trente-cinquième président américain. Cette route a été souvent pratiquée. Stone en a tiré un film flamboyant, fascinant, et vertement critiqué. N'empêche, c'était une foutue bonne histoire. Il y a également eu le plus discret Hoffa, de Danny DeVito, oeuvre respectable mais guère inspirée qui vaut surtout pour l'interprétation de Jack Nicholson. Passons sur les téléfilms Ruby, de John Mackenzie, et Lansky, de John McNaughton, peu mémorables. Oui, ce chemin-là commence à être bien pavé.
Dans le lot, où se situe Le Piège américain ou, plutôt, comment se distingue-t-il de ses prédécesseurs? Le film met en scène un criminel bien de chez nous, Lucien Rivard, qui, derrière la façade de son Domaine Idéal, brassait des affaires aussi grosses que louches. Évidemment, dans ce milieu, l'entourage n'est pas toujours recommandable, d'où le lien avec la mort de Kennedy. Sur le plan de la nouveauté, c'est à peu près tout, mais comme le personnage est intéressant, c'est bien assez. Du moins, ç'aurait dû l'être.
Lucien Rivard est né vers 1915 et a rapidement gravi les échelons du crime organisé avant de s'installer à Cuba où, avec Paul Mondolini (voir The French Connection, de Friedkin), il a dirigé un important réseau de trafic de drogue. La révolution l'a ramené plus au nord où il a continué de prospérer, jusqu'à ce que ses associés sentent le vent tourner.
L'idée, inédite au cinéma, d'aborder la question de l'assassinat de John F. Kennedy sous cet angle québécois était au moins aussi ambitieuse que prometteuse. Et les recherches considérables des auteurs sont manifestes. Trop manifestes, en fait. C'est que le scénario se perd en scènes d'exposition où fleurissent les dialogues explicatifs truffés d'événements historiques et de noms célèbres reliés de près ou de loin à l'affaire, le tout déboulant à la vitesse grand V. On a parfois l'impression que les scénaristes ont voulu compresser toute l'information recueillie dans les dialogues et la narration. Cette dernière, trop présente, alourdit l'intrigue plus qu'elle ne la sert.
Les interprètes sont fort bien dirigés, Colm Feore en tête, ce dernier semblant s'amuser ferme avec son personnage d'agent corrompu. Rémi Girard se montre quant à lui persuasif, même si le côté très droit qu'on donne au personnage ne convainc pas toujours (dans son rapport romantico-platonique avec Rose Cheramie, notamment). La principale qualité du film, elle est de taille, demeure la réalisation typiquement inventive de Charles Binamé (Eldorado, Maurice Richard). Ce dernier multiplie les techniques (longues focales, jeu avec la profondeur de champ, zooms «leoniens», photo surexposée, couleurs délavées ou saturées) et les formats (insertion d'images d'archives, vraies et fausses, de home movies) et parvient très bien à faire oublier la relative modestie du budget, étant donné l'ampleur du projet. Le soin apporté aux textures visuelles porte fruits. Ainsi, on reconnaît l'époque, son feeling, par l'aspect de l'image plus que par le recours à un objet ou un vêtement d'alors. À cet égard, le réalisateur et son directeur photo, Pierre Gill, livrent la marchandise que l'on est en droit d'attendre d'eux. Dommage qu'ils doivent composer avec autant de parlote.
Collaborateur du Devoir
***
Le Piège américain
Réalisé par Charles Binamé. Scénario de Fabienne Larouche et Michel Trudeau. Avec Rémi Girard, Gérard Darmon, Colm Feore, Janet Lane, Joe Cobden. 100 min.
Dans le lot, où se situe Le Piège américain ou, plutôt, comment se distingue-t-il de ses prédécesseurs? Le film met en scène un criminel bien de chez nous, Lucien Rivard, qui, derrière la façade de son Domaine Idéal, brassait des affaires aussi grosses que louches. Évidemment, dans ce milieu, l'entourage n'est pas toujours recommandable, d'où le lien avec la mort de Kennedy. Sur le plan de la nouveauté, c'est à peu près tout, mais comme le personnage est intéressant, c'est bien assez. Du moins, ç'aurait dû l'être.
Lucien Rivard est né vers 1915 et a rapidement gravi les échelons du crime organisé avant de s'installer à Cuba où, avec Paul Mondolini (voir The French Connection, de Friedkin), il a dirigé un important réseau de trafic de drogue. La révolution l'a ramené plus au nord où il a continué de prospérer, jusqu'à ce que ses associés sentent le vent tourner.
L'idée, inédite au cinéma, d'aborder la question de l'assassinat de John F. Kennedy sous cet angle québécois était au moins aussi ambitieuse que prometteuse. Et les recherches considérables des auteurs sont manifestes. Trop manifestes, en fait. C'est que le scénario se perd en scènes d'exposition où fleurissent les dialogues explicatifs truffés d'événements historiques et de noms célèbres reliés de près ou de loin à l'affaire, le tout déboulant à la vitesse grand V. On a parfois l'impression que les scénaristes ont voulu compresser toute l'information recueillie dans les dialogues et la narration. Cette dernière, trop présente, alourdit l'intrigue plus qu'elle ne la sert.
Les interprètes sont fort bien dirigés, Colm Feore en tête, ce dernier semblant s'amuser ferme avec son personnage d'agent corrompu. Rémi Girard se montre quant à lui persuasif, même si le côté très droit qu'on donne au personnage ne convainc pas toujours (dans son rapport romantico-platonique avec Rose Cheramie, notamment). La principale qualité du film, elle est de taille, demeure la réalisation typiquement inventive de Charles Binamé (Eldorado, Maurice Richard). Ce dernier multiplie les techniques (longues focales, jeu avec la profondeur de champ, zooms «leoniens», photo surexposée, couleurs délavées ou saturées) et les formats (insertion d'images d'archives, vraies et fausses, de home movies) et parvient très bien à faire oublier la relative modestie du budget, étant donné l'ampleur du projet. Le soin apporté aux textures visuelles porte fruits. Ainsi, on reconnaît l'époque, son feeling, par l'aspect de l'image plus que par le recours à un objet ou un vêtement d'alors. À cet égard, le réalisateur et son directeur photo, Pierre Gill, livrent la marchandise que l'on est en droit d'attendre d'eux. Dommage qu'ils doivent composer avec autant de parlote.
Collaborateur du Devoir
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Le Piège américain
Réalisé par Charles Binamé. Scénario de Fabienne Larouche et Michel Trudeau. Avec Rémi Girard, Gérard Darmon, Colm Feore, Janet Lane, Joe Cobden. 100 min.
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