dimanche 22 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La science du métissage selon Fatih Akin

André Lavoie   3 mai 2008  Cinéma
Dans l'univers cinématographique du cinéaste allemand Fatih Akin, l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne semble déjà chose faite. Il suffit de voir avec quelle facilité ses personnages se promènent entre l'Allemagne et ce pays du Proche-Orient pour comprendre que des liens indicibles soudent leurs destinées et compromettent parfois leurs aspirations. Dans son dernier film, The Edge of Heaven (v.f.: De l'autre côté, lire notre critique ci-contre), ce métissage provoque les bouleversements les plus inattendus.

L'histoire personnelle de Fatih Akin se confond avec celle du pays d'adoption de sa famille. Né en 1973 à Hambourg de parents turcs, le réalisateur ne cesse de traiter de cette ambivalence culturelle et identitaire, parfois sur le mode de la comédie romantique (Julie en juillet), parfois sur une note plus pessimiste, comme dans Head-On, lauréat de l'Ours d'or au Festival de Berlin en 2004. Et, comme pour brouiller les pistes, il s'engage avec brio sur la voie du mélodrame dans The Edge of Heaven, merveilleux chassé-croisé entre Brême et Istanbul impliquant divers personnages en quête d'amour, se cherchant sans se voir, parfois prisonniers de leurs préjugés.

Aller à l'essentiel

Ce film mélancolique, où le désir se décline de toutes les manières (entre deux jeunes femmes ou encore entre un vieil homme et une prostituée pleine de charme), montre de nouveau l'étroite proximité de deux pays en apparence si différents. Cette célébration du métissage serait-elle la véritable mission de Fatih Akin? Au téléphone de son bureau à Hambourg, le cinéaste tient à préciser le sens de son approche. «Mélanger les cultures allemande et turque, c'est l'histoire de ma vie, dit-il. Tous mes films constituent des fusions de styles, d'influences. Si vous veniez à mes soirées, vous pourriez voir des gens de tous les milieux, de toutes les classes sociales: c'est beaucoup plus excitant!» Par contre, cela ne fait pas de lui un chantre immodéré du multiculturalisme. «Je ne suis pas le porte-parole des deux cultures parce que je ne veux pas que l'on me manipule, que l'on "m'instrumentalise". Peu importe la direction.»

Pour bien se faire comprendre, et ce, des deux côtés de la frontière imaginaire turque-allemande, Fatih Akin préfère aller à l'essentiel. «Nous sommes tous pareils... et nous allons tous mourir, affirme le cinéaste sans fatalisme. Or, depuis le 11 septembre 2001, nous vivons un immense "clash" culturel et certaines personnes affirment que nous ne pourrons survivre à cela. Elles nous répètent sans cesse que les chrétiens et les musulmans sont différents, tout comme les Européens et les Turques, ou encore les Québécois et les Ontariens!» C'est bien sûr lui qui souligne...

Avec cette incursion du côté du mélodrame, sa propension à décrire des liaisons dangereuses et déchirantes, dont une homosexuelle, et la présence lumineuse de la grande Hanna Schygulla, les comparaisons avec Rainer Werner Fassbinder refont une fois de plus surface. Head-On avait d'ailleurs contribué à les alimenter. Fatih Akin s'en étonne toujours. «Beaucoup de gens me comparent à lui et, franchement, je ne vois pas pourquoi! D'accord, c'était un homme rude et je le suis parfois.» Mais n'est-ce pas un peu le propre de tous les cinéastes pour imposer leur vision? «En effet, réplique-t-il, mais à ce concours, c'est Fassbinder qui gagne!»

Plus sérieusement, il admet que les parallèles avec le célèbre réalisateur du Mariage de Maria Braun ont surgi très tôt au début de sa carrière, mais, à l'entendre, il y a pratiquement erreur sur la personne. C'est pourquoi il ne faut pas chercher une quelconque vision symbolique autour de la présence d'Hanna Schygulla dans The Edge of Heaven, interprétant ici la mère (intransigeante) d'une jeune Allemande qui fera tout pour sauver une activiste politique turque recherchée par les autorités de son pays. «Je n'ai pas tellement pensé au passé d'Hanna, à son statut mythique aux côtés de Fassbinder. Comme elle vient d'une autre génération, elle apporte une énergie nouvelle à mon travail, une autre source d'inspiration.»

Cela ne l'empêche pas de noter que son film comporte quelques moments dont Fassbinder serait sûrement fier. Mais à observer sa filmographie de plus près, on songe aussi à Louis Malle et à son obsession de la redite. Là, Fatih Akin est d'accord. «Je ne veux surtout pas faire partie des cinéastes qui font toujours le même film. Pour moi, le cinéma, ce n'est pas un art ou une industrie, c'est une science. Je dois l'apprivoiser, la comprendre. Au fond, je suis un chercheur... »

Collaborateur du Devoir






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Article
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité Festival du nouveau cinéma

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009