Baby-boom
Tina Fey et Amy Poehler, deux têtes d’affiche de l’émission Saturday Night Live, se partagent la vedette dans Baby Mama, qui mise sur la formule éprouvée de la paire mal assortie.
Baby Mama appartient à une catégorie particulière de productions n'ayant rien à voir avec le genre visité, ici la comédie. Ce type d'entreprise, conçue et calibrée pour promouvoir la carrière d'un comédien ou d'une comédienne, est monnaie courante chez nos voisins du Sud, qui nomment la chose «vehicule», appellation somme toute appropriée. Dans le cas qui nous occupe, les producteurs poursuivent deux visées: mettre en valeur le talent des humoristes Tina Fey (scénariste de Mean Girls) et Amy Poehler, deux têtes d'affiche de Saturday Night Live, et leur offrir une rampe de lancement qui pourra, en cas de succès, les faire passer du petit au grand écran.
Pour arriver à ses fins, Baby Mama joue de prudence et mise sur la formule éprouvée de la paire mal assortie, ou «odd couple», expression ayant par ailleurs servi de titre à l'une des plus fameuses démonstrations de ce concept. L'analogie ne s'arrête pas là, les deux vedettes partageant une complicité comparable à celle de Jack Lemmon et Walter Matthau, Fey plus sérieuse et Poheler plus gouailleuse. Et dès lors que la chimie et les réparties savoureuses sont au rendez-vous, la trame narrative elle-même devient secondaire.
Mais au fait, de quoi s'agit-il? D'une jeune femme à qui tout réussit, surtout les promotions. Refusant de se définir comme carriériste, Kate a pourtant toujours placé le travail avant l'amour. Et la voilà à trente-sept ans, incapable de penser à autre chose que d'avoir un enfant. La voie naturelle s'avère impossible, les hommes se montrant peu réceptifs au discours peut-être un peu trop candide de Kate. L'adoption demande une patience qu'elle n'a pas. Reste l'option de la mère porteuse. Entre en scène Angie, l'antithèse de Kate: peu instruite, désorganisée... et très vulgaire. N'empêche, Kate décèle tout de suite quelque chose en Angie, une intelligence, une sensibilité...
On connaît la suite.
Car ce qui prévalait hier tient aujourd'hui encore. C'est-à-dire que tout cela n'est qu'exécution et mise en place. L'histoire n'a d'autre raison d'être que de servir de matrice à une enfilade de gags bâtis sur les spécificités des deux comédiennes et leurs personnages opposés. Juger le film sur autre chose que ces deux critères serait un exercice peut-être jouissif pour celui qui juge, mais stérile dans sa finalité. Et sur ces bases, on peut dire que Baby Mama remplit sa mission. De fait, Tina Fey et Amy Poheler affichent une connivence évidente et leur jeu complémentaire fait plaisir à voir. Moins heureuse, toutefois, la trame sentimentale, secondaire et paresseusement écrite, qui ne semble exister que pour fournir un ultime développement, au demeurant décevant par la banalité de son traitement.
Enfin, il faut bien comprendre que la vraisemblance ne s'inscrit pas dans la démarche de Baby Mama, qui installe d'emblée un rapport, disons, discrétionnaire au réel. En fait foi, d'une part, la référence dans le texte, puis à l'image, du dessin animé Tom & Jerry. Cette allusion, qui prend valeur de motif, n'est pas innocente; elle indique plutôt à quel niveau se situe le récit, «cartoonesque» s'il en est, et la dynamique privilégiée. Il y a aussi, d'autre part, les numéros jubilatoires de Steve Martin et Sigourney Weaver, mémorables, respectivement en gourou du bio et en directrice d'agence de mères porteuses. Ces personnages sont hautement improbables, comme le reste, mais dans ce contexte précis, on ne remet jamais en question leur pertinence. Sans doute est-on trop occupé à se tenir les côtes.
Collaborateur du Devoir
***
Baby Mama
Écrit et réalisé par Michael McCullers. Avec Tina Fey, Amy Poehler, Greg Kinnear, Sigourney Weaver, Steve Martin. États-Unis, 2008, 100 min.
Pour arriver à ses fins, Baby Mama joue de prudence et mise sur la formule éprouvée de la paire mal assortie, ou «odd couple», expression ayant par ailleurs servi de titre à l'une des plus fameuses démonstrations de ce concept. L'analogie ne s'arrête pas là, les deux vedettes partageant une complicité comparable à celle de Jack Lemmon et Walter Matthau, Fey plus sérieuse et Poheler plus gouailleuse. Et dès lors que la chimie et les réparties savoureuses sont au rendez-vous, la trame narrative elle-même devient secondaire.
Mais au fait, de quoi s'agit-il? D'une jeune femme à qui tout réussit, surtout les promotions. Refusant de se définir comme carriériste, Kate a pourtant toujours placé le travail avant l'amour. Et la voilà à trente-sept ans, incapable de penser à autre chose que d'avoir un enfant. La voie naturelle s'avère impossible, les hommes se montrant peu réceptifs au discours peut-être un peu trop candide de Kate. L'adoption demande une patience qu'elle n'a pas. Reste l'option de la mère porteuse. Entre en scène Angie, l'antithèse de Kate: peu instruite, désorganisée... et très vulgaire. N'empêche, Kate décèle tout de suite quelque chose en Angie, une intelligence, une sensibilité...
On connaît la suite.
Car ce qui prévalait hier tient aujourd'hui encore. C'est-à-dire que tout cela n'est qu'exécution et mise en place. L'histoire n'a d'autre raison d'être que de servir de matrice à une enfilade de gags bâtis sur les spécificités des deux comédiennes et leurs personnages opposés. Juger le film sur autre chose que ces deux critères serait un exercice peut-être jouissif pour celui qui juge, mais stérile dans sa finalité. Et sur ces bases, on peut dire que Baby Mama remplit sa mission. De fait, Tina Fey et Amy Poheler affichent une connivence évidente et leur jeu complémentaire fait plaisir à voir. Moins heureuse, toutefois, la trame sentimentale, secondaire et paresseusement écrite, qui ne semble exister que pour fournir un ultime développement, au demeurant décevant par la banalité de son traitement.
Enfin, il faut bien comprendre que la vraisemblance ne s'inscrit pas dans la démarche de Baby Mama, qui installe d'emblée un rapport, disons, discrétionnaire au réel. En fait foi, d'une part, la référence dans le texte, puis à l'image, du dessin animé Tom & Jerry. Cette allusion, qui prend valeur de motif, n'est pas innocente; elle indique plutôt à quel niveau se situe le récit, «cartoonesque» s'il en est, et la dynamique privilégiée. Il y a aussi, d'autre part, les numéros jubilatoires de Steve Martin et Sigourney Weaver, mémorables, respectivement en gourou du bio et en directrice d'agence de mères porteuses. Ces personnages sont hautement improbables, comme le reste, mais dans ce contexte précis, on ne remet jamais en question leur pertinence. Sans doute est-on trop occupé à se tenir les côtes.
Collaborateur du Devoir
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Baby Mama
Écrit et réalisé par Michael McCullers. Avec Tina Fey, Amy Poehler, Greg Kinnear, Sigourney Weaver, Steve Martin. États-Unis, 2008, 100 min.
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