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Le (bien petit) roi de la montagne

François Lévesque   12 avril 2008  Cinéma
Au cours de la dernière décennie, la télévision a mis en avant d'excellentes séries policières. Rythmées et violentes, volontiers léchées et riches de détails procéduriers, ces productions ont obligé Hollywood à revoir son produit. Certains ont malheureusement oublié d'allumer leur poste. Ainsi, les amateurs de l'un ou l'autre média ne s'y tromperont pas: Street Kings est dépassé avant même sa sortie. Non contente de ne rien amener de neuf sous le soleil de Los Angeles, la dernière offrande du studio Fox suinte en plus le déjà-vu.

Le film s'ouvre sur un Keanu Reeves maussade. On comprend qu'il est maussade plus par le coup qu'il flanque au réveil que par une quelconque expression faciale. Ces dernières ne seront du reste pas légion. Le personnage a la gueule de bois. On le sait parce qu'il... On saisit l'idée générale: la démonstration primera sur la suggestion. On ignore par ailleurs qui est cet homme qui se lève en chargeant son revolver. Flic ou bandit? Quiconque a vu la bande-annonce connaît la réponse, et quiconque a vu la bande-annonce a vu le film.

Le thème de la corruption policière a, dans Street Kings, une telle préséance que tous les autres enjeux dramatiques paraissent vite accessoires. Le sujet a été abordé souvent, certes, mais la quantité n'excuse pas la banalité. À preuve, le vénérable Sidney Lumet s'y est intéressé plus souvent qu'à son tour, dont trois fois (trois!) avec un brio certain: Serpico (1973), Prince of the City (1981) et Q & A (1990), les deux premiers basés sur de vraies affaires.

Direction d'acteurs inadéquate

On ne saurait blâmer David Ayer pour les faiblesses d'un scénario auquel il n'a pas collaboré. Fait étonnant puisque le réalisateur novice a débuté à Hollywood en tant que scénariste (Training Day, S.W.A.T.). Il a par ailleurs lui-même scénarisé son premier long métrage, le quelconque Harsh Times. La question de l'écriture réglée, on peut en revanche remettre en question sa direction d'acteurs. Keanu Reeves, qui a déjà été plus convaincant, ressemble ici à un somnambule. Forest Whitaker, pour sa part, déçoit dans une composition outrée, c'est dire! Le reste de la distribution ne fait guère impression, bonne ou mauvaise, hormis peut-être Hugh Laurie, qui propose une variante policière de son docteur House.

L'intrigue de Street Kings aurait pu sembler fraîche dans les années 70 ou 80, mais en 2008, on a tôt fait de résoudre l'affaire, et pas besoin d'avoir vu des masses de drames policiers pour y parvenir. Les trois scénaristes (trois!) ont réussi à accoucher d'une suite de révélations et de retournements tous plus prévisibles les uns que les autres. Petit indice pour le spectateur: l'originalité d'une oeuvre sera, généralement, inversement proportionnelle au nombre de producteurs et de scénaristes apparaissant au générique, et ce, même si l'écrivain James Ellroy figure parmi ces derniers.

Le fait que le principal protagoniste prenne plusieurs jours pour mettre de l'ordre dans les pièces d'un puzzle que le spectateur a depuis longtemps complété demeure sans doute le principal problème du film. Devant cette improbable démonstration de naïveté, on se désole que le détective Ludlow (Reeves) n'ait pas vu L.A. Confidential, du même Ellroy. Cela lui aurait évité bien des désagréments. À nous aussi.

Collaborateur du Devoir

***

Street Kings

Réalisé par David Ayer. Scénario de James Ellroy, Kurt Wimmer et Jamie Moss. Avec Keanu Reeves, Forest Whitaker, Chris Evans, Hugh Laurie. États-Unis, 2008, 107 min.






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