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Quand le Destin entre par la grande porte...

François Lévesque   12 avril 2008  Cinéma
Dans Délice Paloma, troisième long métrage de Nadir Moknèche, la comédienne Biyouna se donne sans retenue.
Dans Délice Paloma, troisième long métrage de Nadir Moknèche, la comédienne Biyouna se donne sans retenue.
Lors de la présentation au Festival des films du monde du Harem de madame Osmane en 2001, on comparait volontiers son jeune réalisateur, Nadir Moknèche, à un Almodóvar algérien en devenir. La présence au générique de Carmen Maura y était sans doute pour quelque chose. L'histoire s'était répétée avec Viva Laldjérie, bien reçu mais peu vu. Espérons que cette fois le public embrassera ce Délice Paloma, troisième long métrage, et de loin le plus achevé, d'un cinéaste enthousiasmant.

Le récit débute sous l'éclairage blafard des néons de la prison d'Alger. Une femme dans la cinquantaine affichant une mine plus fatiguée que soulagée est sur le point d'être libérée. On lui rend ses effets personnels: un sac à main et quelques bijoux. La fonctionnaire reluque le sac: un Chanel véritable. Qui est donc cette détenue?

Un souci? Madame Aldjéria peut tout arranger. Tout. Moyennant une confortable commission. Entre son assistante Schéhérazade et son fils Riyad, Madame Aldjéria mène sa barque sans être inquiétée dans un Alger en pleine mutation après des années de guerre civile. À l'instar de la ville, chacun des protagonistes rêve de changement. En recrutant pour une ultime affaire la belle et encore naïve Paloma, Madame Aldjéria fait entrer chez elle le Destin par la grande porte.

Délice Paloma n'atténuera certainement pas la parenté avec Almodóvar qu'on veut bien prêter à Moknèche. Outre la présence de personnages féminins forts et amoureusement écrits, l'approche narrative feuilletonesque, joyeusement alambiquée, rappellera peut-être à certains La Mala Educación ou le plus réussi Carne Trémula. À l'approche du troisième acte, on songe même à certains films de Douglas Sirk. Mais les comparaisons ont leurs limites, Moknèche offrant, et ce depuis ses débuts, un cinéma beaucoup plus ouvertement social. Ainsi, et bien que cet autre vibrant portrait de femme agisse comme un miroir de l'Algérie actuelle, plusieurs éléments du scénario renvoient à l'idée que, dans cette ancienne économie socialiste maladroitement reconvertie en économie de marché, l'arnaque est souvent le seul moyen de s'en sortir. Et comme dans ses deux précédents films, la situation des femmes et les inégalités dont elles sont victimes sont présentées dans la banalité du quotidien, sans être appuyées.

Pour paraphraser Ruth Gordon, il est toujours encourageant de retrouver, dans des rôles de premier plan, des actrices mûres au sommet de leur art, le septième ne les gâtant guère à mesure qu'elles avancent en âge. Pour sa troisième collaboration avec son metteur en scène fétiche, la vibrante Biyouna se donne sans retenue. Amalgame singulier de Mélina Mercouri et d'Anna Magnani, elle partage avec ces dernières des traits taillés, un bagout, une hardiesse teintée de vulnérabilité. Généreuse, calculatrice, fidèle puis abandonnée, Madame Aldjéria ne cessera jamais d'avancer. Et c'est avec une fougue inébranlable qu'elle traverse un film qui oscille habilement entre la comédie, le drame social et le mélodrame.

Délice Paloma assoit solidement la réputation de Nadir Moknèche. Et sa Madame Aldjéria peut déjà aller rejoindre les Mamma Roma et autres Illia (Jamais le dimanche) du grand écran, la salle étant d'ailleurs le meilleur endroit pour goûter ces compositions plus grandes que nature.

Collaborateur du Devoir

***

Délice Paloma

Écrit et réalisé par Nadir Moknèche. Avec Biyouna, Nadia Kaci, Aylin Prandi, Daniel Lundh, Fadila Ouabdesselam, Lyes Salem. France-Algérie, 2007, 134 min.






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