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Entrer à l'auberge et fuir les étiquettes

André Lavoie   12 avril 2008  Cinéma
Le réalisateur Gérard Krawczyk et la comédienne Josiane Balasko étaient de passage cette semaine à Montréal.
Photo : Marie-Hélène Tremblay
Le réalisateur Gérard Krawczyk et la comédienne Josiane Balasko étaient de passage cette semaine à Montréal.
Le réalisateur Gérard Krawczyk n'est pas du genre à renier son passé ou à s'excuser d'aimer la comédie. Or, lorsqu'on a signé des films pétaradants comme Taxi 2 et 3 ou encore Wasabi, certaines étiquettes finissent par coller à la peau. De passage à Montréal en compagnie de l'actrice Josiane Balasko pour la promotion de L'Auberge rouge, une comédie grinçante inspirée d'un fait divers survenu en 1833 (un couple d'aubergistes faisait payer cher, et de leur sang, les clients), mais surtout d'un film de Claude Autant-Lara mettant en vedette Fernandel, le cinéaste évoque la lourdeur que ces étiquettes lui inspirent. Et le bonheur léger de travailler avec quelques-uns des enfants terribles de la célèbre bande du Splendid, toujours active dans le cinéma français.

En s'égarant au milieu du XIXe siècle et en plein coeur des Pyrénées, Gérard Krawczyk en éprouve encore les bienfaits, heureux d'avoir pu prouver qu'il sait faire autre chose que régler des cascades, lui dont on oublie qu'il est également l'auteur de films intimistes, comme L'Été en pente douce. En fait, les étiquettes, il n'y voit aucun mal, «puisque l'on peut les changer». Ce sont les préjugés qui l'énervent. «Dans la presse française, on a un préjugé négatif à l'égard de la comédie, affirme celui que la critique n'a jamais beaucoup ménagé. C'est pourtant un genre éminemment noble, et très difficile. Si seulement le cinéma français était un peu plus ouvert... »

Très épris du genre comique, Gérard Krawczyk n'hésite pas non plus à s'aventurer sur le terrain du remake, ce qu'il fit d'abord avec Fanfan la tulipe en 2003 et maintenant avec L'Auberge rouge. Considérant qu'il s'agit «de films comme les autres», il départage toutefois les remakes opportunistes («Le premier Taxi refait par Hollywood avec Queen Latifah en était un et ce fut un échec») de ceux qui font office de «passeurs d'histoires». «Refuser de reprendre une bonne histoire au cinéma, c'est comme refuser de monter une pièce de théâtre, ou ne pas reprendre un opéra parce que la Callas y était géniale: ce refus devient de la taxidermie.»

Du film de Claude Autant-Lara, il a bien sûr gardé l'anecdote, croustillante et sanguinolente. Mais il offre une histoire qui, forcément, «résonne différemment aujourd'hui». «Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, précise-t-il, comme le clergé était encore puissant et qu'Autant-Lara était un sympathisant communiste, la charge anticléricale était très forte. Pour monter ce film, il avait été obligé de prendre la vedette du moment, Fernandel, et ils n'étaient jamais d'accord. J'ai plutôt voulu rendre les meurtriers plus sympathiques que leurs victimes!»

Entente parfaite

Gérard Krawczyk affirme que l'entente fut parfaite avec les deux scénaristes, Michel Delgado et surtout Christian Clavier, qu'il avait à diriger dans le rôle de l'aubergiste sans scrupules, son épouse étant interprétée par Balasko. «J'ai pu apporter des modifications, fusionner certains personnages, bref, avoir toute ma liberté de cinéaste. Tout ce qui entre devant la caméra, ce que je donne à voir, je l'ai choisi, ça devient mon film, peu importe que je l'aie écrit ou pas. J'ai d'ailleurs coutume de dire que, comme pour les enfants, j'ai des films biologiques et des films adoptés. Et on sait tous que les enfants adoptés finissent par ressembler à leurs parents adoptifs!»

Se glissant dans la conversation après une ronde d'entrevues visiblement épuisante, Josiane Balasko n'affichait pas la ferveur de ses personnages dits «Splendid». Il en fut d'ailleurs question, surtout après leurs lucratives retrouvailles dans Les Bronzés 3 et avec la présence amusante de Clavier et de Gérard Jugnot en soutane dans L'Auberge rouge. «Il n'y a pas d'inconvénients à travailler avec de vieux copains parce que je ne travaille pas suffisamment avec eux, souligne l'actrice. Et les avantages sont nombreux: la rapidité, la compréhension, la complicité. Pour les autres acteurs, c'était sans doute intimidant au début, mais comme on se la joue pas du tout... » Gérard Krawczyk ne pouvait qu'acquiescer.

Celle qui depuis de nombreuses années porte les chapeaux de scénariste, de cinéaste et de romancière considère que «jouer, c'est des vacances». Devant un réalisateur en tournage, elle se garde bien d'intervenir, «sauf dans le cadre du travail d'actrice». Et elle est d'ailleurs toujours sollicitée, souvent là où on l'attend le moins, en personnifiant Marguerite Duras dans J'ai vu tuer Ben Barka, de Serge Le Péron («Moi aussi j'ai été étonnée quand on m'a demandé de le faire!»), ou tout récemment, pour la télévision française, dans le rôle de la célèbre psychanalyste et psychiatre Françoise Dolto, également mère du coloré et non moins célèbre — pour d'autres raisons! — chanteur Carlos.

Revenant sur la question des étiquettes, elle qui en connaît un bout sur le sujet et se souvient encore de ces années «où le téléphone ne sonnait jamais» — ce qui l'a forcée à écrire pour jouer —, elle se fait philosophe, comme pour rassurer Gérard Krawczyk. «Il vaut peut-être mieux avoir une étiquette que pas du tout. Ne pas en avoir, ça veut dire que les gens ne vous connaissent pas. Le défi, c'est qu'elle ne bloque pas tout.»

Collaborateur du Devoir






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