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Sortiront-ils de l'auberge ?

André Lavoie   12 avril 2008  Cinéma
Les trois rigolos de L’Auberge rouge
Les trois rigolos de L’Auberge rouge
Après Fanfan la tulipe (avec Vincent Perez et non Gérard Philippe... ) et maintenant L'Auberge rouge (largement inspiré d'un film de Claude Autant-Lara), Gérard Krawczyk tente de nouveau une incursion dans le passé glorieux du cinéma français, cherchant ainsi à prouver qu'il n'est pas seulement capable de virer sens dessus dessous Marseille (Taxi 2 et 3) ou Tokyo (Wasabi).

Les montagnes des Pyrénées n'ont jamais paru aussi grouillantes et impitoyables qu'avec ces personnages qui semblent sortis tout droit d'une bande dessinée: aubergistes crapuleux, aristocrates exécrables, punaises de sacristie encore puceaux, etc. Comme toujours chez ce cinéaste qui ne recule jamais devant les excès de la caricature, le trait n'est pas d'une grande finesse, mais comptez sur lui pour que ce XIXe siècle de pacotille n'accumule aucune poussière. Dans une diligence trop étroite ou une auberge chargée des odeurs les plus suspectes, dont celle de la mort, les situations saugrenues se succèdent à un rythme qui ne colle que trop rarement à l'époque des protagonistes.

Mais qu'à cela ne tienne. Dans L'Auberge rouge, où la couleur évoque moins celle du sang que celle de ces vins bas de gamme qui tachent à la moindre éclaboussure, la truculence est de mise, permettant ainsi de pointer la noblesse, d'égratigner le clergé et de rigoler des pitreries pitoyables du petit peuple. Car d'un fait divers sordide qui allait horrifier la France entière en 1833 — et dont l'écrivain Gérald Messadié conteste la stricte bestialité pour y voir un procès politique où le pouvoir guillotine plutôt deux citoyens liés à la Chouannerie, cette guérilla de paysans contre l'héritage de la Révolution française — et se transformer plus d'une fois au cinéma, il ne reste maintenant qu'un petit conte légèrement immoral et carrément burlesque.

Avec les hautes cimes des Pyrénées à la texture carton-pâte et ce lieu du crime aux allures d'un manège de foire, le film n'échappe pas à la touche Splendid, et pas seulement parce que trois acteurs de cette bande y font de savantes pitreries. Parmi eux, Christian Clavier s'est aussi installé dans le fauteuil du scénariste, connaissant bien la mécanique des quiproquos et des blagues récurrentes (dont celle, efficace, du bûcheron indestructible). Avec en plus Gérard Jugnot en curé «hitchcockien» — l'homme de Dieu est tenu au secret de la confession, à la loi du silence, au risque d'y laisser sa peau, et sa soutane — et Josiane Balasko en tenancière d'auberge aux couteaux bien tranchants, tout cela ressemble à des retrouvailles de vieux copains. Moins coûteuses et un peu moins simplistes que celles des Bronzés 3...

Face à ces trois rigolos à la bouille immédiatement reconnaissable, d'autres figures comiques moins connues ici s'imposent sans efforts, dont Sylvie Joly, stupéfiante sous ses atours de comtesse méprisable, et François-Xavier Demaison en grande folle... de la dentelle.

Il faut moins craindre les crimes très sanglants que l'humour bien gras dans L'Auberge rouge, une farce macabre aspirant, mais en vain, à égaler la griffe d'un Tim Burton et dont les origines historiques et cinématographiques comptent pour bien peu une fois passé le seuil de l'établissement.

Collaborateur du Devoir

***

L'Auberge rouge

Réalisation: Gérard Krawczyk. Scénario: Christian Clavier, Michel Delgado. Avec Josiane Balasko, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Sylvie Joly. Image: Gérard Stérin. Montage: Nicola Trembasiewicz. Musique: Alexandre Azaria. France, 2007, 95 min.






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