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Terrain de jeux sportifs et amoureux

André Lavoie   5 avril 2008  Cinéma
George Clooney dans Double jeu
George Clooney dans Double jeu
Les adeptes de l'idée de réincarnation croient fermement que l'esprit de Cary Grant ou de Gary Cooper s'est emparé de George Clooney; c'est du moins l'une des armes de séduction de la vedette, utilisée parfois avec une troublante conviction, par exemple dans Intolerable Cruelty, des frères Coen. Comme cinéaste, Clooney s'est plutôt donné pour mission d'explorer, avec un mélange de légèreté et de cynisme, la face cachée du rêve américain, fabriqué à la télévision (Confessions of a Dangerous Mind, Good Night, and Good Luck) ou maintenant dans le milieu du football professionnel, du moins à ses débuts, dans Leatherheads.

Sa démonstration, teintée d'une nostalgie évidente, du moins pour ceux qui ont encore une vague idée du caractère pétaradant de la «screwball comedy», ne manque jamais d'élégance, égratignant au passage l'ivresse aveuglante de la célébrité et la rapacité de ceux qui en tirent toutes les ficelles, et les bénéfices. Véritable plongée dans les balbutiements d'un sport qui deviendra très vite une puissante industrie du divertissement — les parallèles avec Hollywood éclaboussent l'écran comme la boue pendant le match final du film —, Clooney s'amuse à pointer l'immoralité hypocrite de cette époque, alors que les donneurs de leçons ne se privent pas de lever le coude; l'action se situe en 1925, en pleine période de prohibition...

Ce ballet de mensonges et de séductions s'articule entre deux hommes convoitant la même femme, la formation de ce trio reposant sur des considérations morales et économiques. Carter (John Krasinki, un clone juvénile de James Stewart), jeune recrue du football universitaire, est transformé en héros de guerre, «poster boy» de l'Amérique triomphante. Avec sa plume de journaliste, et surtout son charme de femme du monde, Lexlie (Renée Zellweger en mode Chicago) doit découvrir la vérité derrière cette enflure médiatique (la tronche de Carter tapisse tous les murs). Au même moment, Dodge Connelly (Clooney), un footballeur vieillissant et réduit au chômage, comme tous les membres de son équipe, a besoin de la popularité de Carter pour légitimer un sport jusque-là confidentiel. Mais lui aussi en pince pour Lexlie, en connaissant toutefois ses motivations derrière ses yeux doux pour le jeune héros possiblement fabriqué de toutes pièces.

D'un film à l'autre, Clooney montre à quel point son bon goût ne se limite pas à son image de marque. Recréant, sans ostentation, le charme d'une époque et les artifices d'un genre plein de sous-entendus à caractère sexuel, le cinéaste excelle dans cet art du pastiche au parfum vitriolique, multipliant les clins d'oeil annonciateurs de la cupidité des faiseurs de rêves et de jeux.

Clooney brille toutefois moins que les maîtres qu'il tente de copier, n'ayant que trop rarement le sens du rythme d'un Billy Wilder, bien que beaucoup de répliques savoureuses des scénaristes Duncan Brantley et Rick Reilly pourraient se retrouver sans faute de goût dans la bouche d'une Katherine Hepburn et d'un Spencer Tracy. Or, une fois les mensonges dévoilés et les querelles amoureuses réglées, le film s'enlise dans le marécage d'un terrain de football après la pluie. Plus à l'aise à filmer des jeux de séduction que des parties de bras de fer ou de ballon, Clooney le cinéaste n'affiche pas la même virtuose. Avec Leatherheads, il signe son film le plus raffiné, et pourtant le moins réussi.

Collaborateur du Devoir

***

Leatherheads (v.f.: Double jeu)

Réalisation: George Clooney. Scénario: Duncan Brantley, Rick Reilly. Avec George Clooney, Renée Zellweger, John Krasinski, Jonathan Pryce. Image: Newton Thomas Sigel. Montage: Stephen Mirrione. Musique: Randy Newman. États-Unis, 2008, 114 min.






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