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David contre Goliath

Marie-Andrée Chouinard   3 avril 2008  Cinéma
Le chantage commercial lâchement exercé par le géant Cineplex Galaxy contre des distributeurs qui encouragent la diffusion du cinéma d'auteur en région s'apparente à de l'abus de pouvoir. Cette pratique détestable, qui menace une flamboyante réussite culturelle, doit être dénoncée plus fort que du bout des lèvres!

En retirant de ses propres salles certains films d'auteur, Cineplex Galaxy prend en otage la quarantaine de salles parallèles que compte maintenant le Québec. Le géant s'adonne à un chantage puéril devant les distributeurs qui favorisent la circulation en région d'oeuvres venues d'ailleurs que du giron de Hollywood. Il dit réagir à une forme de concurrence déloyale, mais on peine à déceler cette compétition dont le grand serait victime au profit du petit. Si rien n'est fait pour contrecarrer son négoce belliqueux, il risque toutefois de gruger une complémentarité cinématographique dont on doit s'enorgueillir.

Le président de K-Films Amérique, Louis Dussault, est un distributeur «puni» par Cineplex Galaxy pour avoir encouragé le cinéma d'auteur en région. L'homme ne pratique aucune enflure verbale lorsqu'il parle d'«immoral chantage économique». Cineplex Galaxy, qui occuperait environ le tiers du marché québécois, a retiré deux films d'auteur de ses propres salles à Montréal et à Québec. Il envoie ainsi un message codé au distributeur «fautif», le sommant à mots couverts de faire un choix: les régions ou les grands centres. Les deux? Jamais! Pris dans l'engrenage économique — la moitié de ses recettes provient du visionnement des films dans les grands centres —, le distributeur subit une pression qu'il dénonce haut et fort.

Cette pratique est gênante. Les deux marchés, présentés comme étant concurrentiels dans l'optique marchande du géant commercial, sont en réalité complémentaires. Comment diable un film présenté une seule fois, dans une polyvalente de Disraeli ou dans une salle de spectacle à Saint-Jean-Port-Joli, peut-il faire concurrence à la même pellicule projetée plusieurs semaines au Quartier latin de Montréal? Quelle concurrence ces cinémas de répertoire, voués à meubler ce qui, il n'y a pas si longtemps, s'apparentait à un désert culturel, livrent-ils au juste en goûtant les «primeurs» simultanément aux autres?

La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a jeté un nouvel éclairage sur cette prétendue rivalité en précisant que pour la seule année 2007, les recettes des cinémas parallèles ont compté pour 0,3 % du marché. Concurrence déloyale, dites-vous? 600 000 $ sur une cagnotte de 181 millions: des miettes!

Boudeurs, les géants regroupés en oligopole dénoncent le favoritisme pratiqué par le gouvernement, qui soutient depuis 2003 le réseau des cinémas parallèles du Québec. La SODEC verse ainsi 320 000 $ par année aux 40 salles du réseau des cinémas parallèles, une enveloppe qui a permis un essor auquel il faut applaudir. Les salles commerciales reçoivent aussi leur part du gâteau (150 000 $), même si elle est moindre.

Pendant qu'on «négocie» pour favoriser une meilleure «cohabitation», comme l'a promis la ministre St-Pierre avec magnanimité, le grand perdant risque d'être le cinéphile, qu'il soit de Montréal ou de Mont-Joli. Le moindre recul, ne fût-ce que de 15 ans, est à craindre: à cette époque, seuls les succès américains meublaient la sélection cinématographique des régions québécoises.

Ne serait-ce que pour le libre transport d'un cinéma diversifié, le gouvernement doit exprimer très fort son irascibilité devant l'intimidation des géants commerciaux. Certains Goliath se croient tout permis sous prétexte d'affaires commerciales mais ne méritent rien de moins que la fronde de David.






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  • maurice carle
    Inscrit
    jeudi 3 avril 2008 10h37
    abus de pouvoir
    « l`on voit bien venir le risque de monopole de la culture américaine, il faut refuser que la culture soit incluse dans les traités de marchés. il est important que le ministre soit ferme dans ses intentions de protéger nos institutionsmême si elles sontmarginales »

  • Sylvain Racine
    Abonné
    jeudi 3 avril 2008 13h23
    De l'importance de cinémas parallèles entre Montréal et Québec
    « Venant de Victoriaville, je sais à quel point un cinéma parallèle est important. Le vendredi et le samedi soir, si rien a changé depuis, j'avais la chance d'aller voir du cinéma d'auteur, alternatif et du Québec. Par exemple, la première fois que j'ai pleuré (et la seule!) dans un cinéma, c'était dans un cinéma parallèle, soit à la fin du film "La vie est belle". Ce film n'a jamais été projeté dans le cinéma commercial de la ville. En fait, pour une ville de 40 000 habitants, il y a désormais deux cinémas commerciaux.

    Il faut comprendre que la vie en région, ce n'est pas seulement travailler, aller chez Wall mart, puis le week end aller voir les derniers films d'Hollywood. En fait, pour aller vivre en région, ce serait pour moi un critère très important d'avoir la possibilité de fréquenter un cinéma parallèle et indépendant. Le Wall Mart viendrait très loin derrière! »

  • Philippe Hamel
    Abonné
    dimanche 6 avril 2008 07h38
    Salles alternatives en Ontario
    « Il exitse tout un reseau de cinemas alternatifs en Ontario. Certains, come celui de Thunder Bay, utilisent des salles commerciales qu'ils louent pour projeter des films. Ces associations sont sans but lucratif et beaucoup sont membres du TIFF Film Circuit, une entite du Toronto International Film Festival (TIFF) qui aide a la distribution de films en region. Le TIFF est une organisation a but non lucratif qui recoit 19% de ses revenus de sources gouvernementales ($3.3 M en 2006. Source: TIFF, Rapport Annuel 2006).
    Les films que nous projetons sont souvent distribues commercialement a Toronto et parfois meme dans les cinemas regionaux. A ma connaissance, les distributeurs n'ont jamais eu a subir les foudres des salles commerciales.
    Philippe Hamel, Directeur, North of Superior Film Association (Thunder Bay) »

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