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Cineplex Galaxy porte un coup au cinéma d'auteur

Deux films programmés dans des salles parallèles en région ont été retirés à Montréal

Isabelle Paré   1 avril 2008  Cinéma
Photo: Jonathan Chang Eyesteelfilm
La version française d’Up the Yangtze a été retirée du Quartier Latin, à Montréal, parce que le film doit être programmé en région.
Photo: Jonathan Chang Eyesteelfilm La version française d’Up the Yangtze a été retirée du Quartier Latin, à Montréal, parce que le film doit être programmé en région.
Craignant de perdre son monopole sur certains films, Cineplex Galaxy vient de retirer deux films d'auteur de ses propres écrans à Montréal en guise de représailles contre leur sortie prochaine en région dans le réseau des salles parallèles du Québec.

Cineplex Galaxy vient d'annoncer que le film Un baiser s'il vous plaît, du réalisateur français Emmanuel Mouret et mettant Virginie Ledoyen en vedette, ne prendra pas l'affiche, tel que prévu, en mai prochain au Quartier Latin et au Cinéma Beauport de Québec.

Et cela, parce le distributeur du film, K-Films Amérique, a accepté d'en permettre la diffusion dans des salles parallèles à Rimouski, à Victoriaville et à Sept-Îles. Autant de salles affiliées à Réseau Plus, un regroupement de cinéclubs indépendants installés dans des écoles, des théâtres et des salles communautaires, dont la présence agace au plus haut point les exploitants de salles commerciales en région.

Depuis janvier, le torchon brûle entre l'Association des propriétaires de salles de cinéma et de cinéparcs du Québec et les distributeurs qui tentent d'alimenter en films d'auteur le petit réseau des salles parallèles hors des grands centres urbains.

Mais, hier, l'exaspération a atteint son comble. Louis Dussault, président de K-Films Amérique, a dénoncé le boycottage éhonté de la part de Cineplex Galaxy qui a tout simplement annoncé par un courriel laconique vendredi dernier qu'il ne mettrait pas à l'affiche le film Un baiser s'il vous plaît, compte tenu de la décision de K-Films Amérique de le rendre disponible dans des salles parallèles en région.

La semaine dernière, c'était la version française d'Up the Yangtze, qui était retirée du Quartier Latin (aussi propriété du groupe Cineplex Galaxy) parce que le film allait prendre la route des régions. Le film ne pouvait donc être vu qu'en version anglaise à Montréal en raison de cette décision commerciale.

L'automne dernier, prétextant les mêmes raisons concurrentielles, Cineplex mettait fin inopinément à la carrière de Quatre mois, trois semaines et deux jours (Palme d'or à Cannes) dans ses salles, parce que le distributeur avait accepté de le distribuer en région dans des salles parallèles.

«C'est du chantage, c'est de la répression économique. Voulez-vous m'expliquer en quoi la diffusion d'un film à Rimouski peut nuire aux recettes d'un cinéma à Montréal? Cette politique du monopole absolu vise tout simplement à asphyxier les salles parallèles en région», fulminait hier Louis Dussault.

Malgré ces coups bas, ce distributeur affirme qu'il ne cédera pas au chantage et qu'il continuera à distribuer des films d'auteur en région. Selon lui, cette dernière décision de Cineplex aura pour effet de réduire de moitié ses revenus potentiels à Montréal et à Québec, car Cineplex a décidé de déprogrammer ce film du Quartier Latin et du Cinéma Beauport de Québec. K-Films distribuera plutôt le film au Cinéma Beaubien et au Clap à Québec, deux salles commerciales qui soutiennent le cinéma d'auteur. «C'est une forme de répression. On me punit parce que je fais affaire avec Réseau Plus. Cela veut-il dire que c'est à Toronto qu'on décidera si le cinéma d'auteur pourra être vu en région au Québec?», dénonce M. Dussault.

Joint hier, le coordonnateur de Réseau Plus et directeur de l'Association des cinémas parallèles, Michel Gagnon, s'est dit complètement soufflé par ces «pratiques commerciales honteuses». «Nous représentons des revenus d'environ 600 000 $ par an, alors que le marché des salles commerciales au Québec totalise 450 millions. Ils nous font une guerre pour des broutilles. C'est Toronto qui applique sa loi, et c'est le public francophone qui écope», a tonné ce dernier.

L'Association des propriétaires de salles de cinéma du Québec soutient depuis des mois que les salles parallèles lui font une concurrence déloyale parce que ces dernières touchent des subventions de la SODEC. En effet, le gouvernement a récemment mis sur pied un plan de soutien de 15 millions, dont un million, destiné à favoriser la diffusion de certains films, profite aux salles parallèles. Grâce à cette politique, les cinéphiles en région ont pu voir des films d'auteur comme La Neuvaine, de Bernard Émond, ou Le Bonheur d'Emma, des films qui ne sont pas diffusés dans les salles commerciales hors de Québec et Montréal.

Selon M. Gagnon, Réseau Plus ne fait que développer la cinéphilie et aider à la distribution du cinéma d'auteur en région, un marché que les salles contrôlées par les grands diffuseurs ne lorgnent pas de toute façon.

«Les salles commerciales qui diffusent les grands succès québécois comme Bon Cop Bad Cop profitent elles aussi indirectement de subventions qui sont versées par l'État pour réaliser ces films. Dans cette guéguerre, la bêtise a pris le dessus», dit-il.

Mais l'affaire n'en restera pas là. Réseau Plus et certains distributeurs projettent déjà d'interpeller la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, pour faire échec à ces politiques commerciales féroces qui, disent-ils, vont à l'encontre du plan de soutien gouvernemental aux salles parallèles. «Il faut que Québec s'en mêle pour remettre un peu d'ordre dans tout ça. Ce n'est pas Toronto qui doit décider de ce qui va se diffuser au Québec», ajoute M. Gagnon.

Bref, les hostilités sont lancées.

Seule bonne nouvelle, le cinéma Ex-Centris, qui voue ses salles au cinéma d'auteur, vient d'annoncer qu'il ajoutera la version française du documentaire Sur le Yangzi de Yung Chang à sa programmation dès le 4 avril.
 
 
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  • Jean-Guy Dagenais
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 08h15
    Que tout ça à l'air compliqué
    Et vous pensez que Christine St-Pierre va vous régler le problème ?

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    mardi 1 avril 2008 10h12
    Instructif
    Merci de nous signaler où sont nos ennemis. Il faut d'abord savoir où ils sont pour éviter de les fréquenter.

  • Robert Geoffrion
    Inscrit
    mardi 1 avril 2008 10h22
    Bye, bye, Cinéplex!
    Alors fini pour moi les salles Cineplex Galaxy.
    Le montréalais que je suis ira dans d'autres salles.
    J'encourage les gens à en faire autant. Il n'y a que le langage de l'$$$ que ces dirigeants comprennent.
    Got the message Toronto?

  • Louise Meunier
    Inscrite
    mardi 1 avril 2008 12h00
    Pour l'avenir du cinéma d'auteur en région
    Nous avons mis sur pied un ciné-club (OSBL) qui permet de présenter du cinéma d'auteur à Chandler (Gaspésie). Ces films non programmés par notre cinéma local (avec qui nous avons d'excellents rapports et où nous présentons nos films et ne sont pas disponibles dans nos clubs vidéo. Réseau Plus permet aux oeuvres québécoises et de cinéma indépendant d'être vues et appréciées partout dans la province. Je trouve odieux le comportement de ces grandes chaînes qui veulent argent et pouvoir au dépend de l'amour du 7ième art.

  • . Totalmédia Inc
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 13h08
    Et si on boycottait Cinéplex Galaxy...
    Je suis un de ceux qui profitent de la diffusion du cinéma d'auteur en région. J'ai vu à Sutton, dans une salle où étaient assis 10, 15 ou 40 spectateurs, des films qui ne sont même pas diffusés dans des villes de taille moyenne. Je jure de ne jamais mettre les pieds dans une salle de Cinéplex tant qu'elle ne mettra pas fin à ce chantage.

  • Aline Picard
    Abonnée
    mardi 1 avril 2008 15h24
    Il faut ébruiter
    Il faut ÉBRUITER ce genre de pratique, c'est scandaleux. Encore une fois, Toronto ne comprend rien à la réalité québécoise. Je ne vis pas en région, mais si c'était le cas, j'apprécierais de pouvoir visionner le cinéma d'auteur. Franchement, quelle politique de cul. BOYCOTTE au Cinéplex.

  • Yvan Lafontaine
    Inscrit
    mardi 1 avril 2008 21h42
    De l'insulte à l'injure.
    Le raisonnement de Toronto est le suivant:
    On ramasse tout, on laisse rien. Les régions souffrent déjà d'une famine cinématographique. Non contents de s'accaparer le pactole commercial, ils veulent aussi les miettes qui traînent. Pratique scandaleuse et méprisable qu'aucun argument ne justifie, caractéristique de toute dictature, culturelle dans ce cas-ci. Qu'est-ce que ça peut leur faire ce qui se projète en région puisque c'est négligeable?!
    Du délire parano-schizophrénique de requins étrangers à notre culture.
    Ya des soins qui se perdent et des malades qui s'ignorent.

    Boycott et sonnette d'alarme sont tout-à-fait justifiés mais le combat est inégal. Encore et toujours l'argent qui procure pouvoir d'imposition au détriment du bon sens et du respect envers les cultures.

  • Stéphanie Breton
    Inscrite
    mardi 1 avril 2008 22h13
    La loi du plus fort
    À vous Monsieur Dagenais qui trouvez ça compliqué...
    Si vous vous informiez (et non vous teniez au courant) vous comprendriez que cette manoeuvre n'est qu'une autre des pratiques courantes de toute industrie basée sur le profit à tout prix...mais que peut-il y avoir de compliqué à comprendre là-dedans ???
    Effectivement il faut ébruiter davantage cette affaire (qui dans le fond n'est malheureusement pas nouvelle), il faut que des journaux comme le Devoir continuent de mettre en lumière cette lutte interminable des petits, comprendre ici, des réseaux indépendants du cinéma, contre les méchants géants, comprendre ici, les gros distributeurs de films commerciaux ou de Box-Office...
    Mais surtout, il faut continuer d'aller (ou recommencer ?) au cinéma, dans les salles, voir (et non écouter) les films dits d'auteurs (les films intelligents, quoi !), ça, ce serait la meilleure façon de contrer ces ....multi-cine-mega-plex de .... vendeurs de pop-corn....
    Est-ce assez clair comme cela Monsieur Dagenais ?

  • Josiane Mélançon
    Inscrite
    mercredi 2 avril 2008 01h11
    Je vous appuie M.Dussault
    S'il-vous-plaît continuez de tenir tête à ce géant. Je suis originaire d'une "région" et si il y a bien quelque chose que je déplore des régions du Québec, c'est l'omniprésence des géants à la chaîne: que ce soit au détail, dans la restauration ou dans le domaine de la culture, il est de plus en plus difficile de s'éloigner des oligopoles. Adieu la diversité culturelle. Nous avons droit à des projections de qualité et de variété, tout autant que les Québécois de Montréal ou que les Torontois.

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