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    Indignation devant la sélection du FIFA

    1 avril 2008 |Brigitte Morissette - Journaliste indépendante au Mexique | Cinéma
    Mexico — Si le 26e Festival international du film sur l'art (FIFA) a connu le succès que réclament évidemment ses organisateurs, on s'indigne ailleurs des critères de sélection d'un mystérieux jury dont les noms restent secrets. À preuve, le refus du film sur l'oeuvre du Québécois Alan Glass (Through Alan Glass - À travers Alan Glass), l'un des derniers grands artistes surréalistes dont Mexico, New York, Madrid célèbrent l'oeuvre et la carrière.

    Le film sur Alan Glass, refusé au FIFA pour des raisons inconnues, a remporté des prix ailleurs et a rempli durant plusieurs jours en 2007 l'une des grandes salles de la cinémathèque de Mexico. Le jury de Montréal l'a-t-il même visionné? Le réalisateur a reçu pour toute réponse un laconique: «Vous pouvez présenter à nouveau votre film au festival de l'an prochain!»

    Étrangement, c'est l'année Alan Glass à Mexico, ville d'adoption de l'artiste, mais pas au Québec, sa province, où l'on dépense pourtant des millions de dollars pour faire connaître nos artistes à l'étranger. Le Musée d'art moderne de Mexico, dont les collections en font l'un des plus riches des Amériques, prépare pour l'automne une importante rétrospective de l'oeuvre et de l'influence de cet artiste. Un livre paraîtra à cette occasion préfacé par Gloria Orenstein, célèbre professeure d'histoire de l'art d'une influente université californienne.

    Connaît pas

    Alan Glass? À Montréal, connaît pas! C'est dommage. Né à Saint-Bruno, diplômé des Beaux-Arts de Montréal, élève et ami d'Alfred Pellan, ami intime de Pauline Julien et du poète Roland Giguère, Alan Glass figure depuis trente ans sur la liste des artistes qui exposent leurs oeuvres en solo ou collectivement au Musée des beaux-arts ou dans les plus grandes galeries de Mexico, telles que la Lopez-Quiroga, à Polanco.

    La liste des amis d'Alan Glass, indignés par ce refus, est pour le moins impressionnante — à commencer par la célèbre peintre Leonora Carrington, ses représentants des galeries Claude-Bernard à New York, Michel Soskine à Madrid, ou Marcel Fleiss, installé rue Bonaparte en plein coeur de Saint-Germain-des-Prés. Sans compter d'autres sculpteurs et peintres qui rayonnent dans les Amériques tels que Vicente Rojo et Manuel Felguerez. Ce dernier vient de réaliser l'imposante porte du 200e anniversaire ouvrant sur le centre historique de Mexico.

    Peintre, aquarelliste, auteur de fabuleux collages et assemblages aussi élégants que drôles, que l'on s'arrache à prix d'or, Alan Glass est l'un des grands maîtres de l'art objet qui distingue l'art contemporain. Au point que l'artiste Aube Elléouët a sélectionné le film refusé par MM. Rozon et consorts pour figurer sur un DVD incluant des documentaires sur des artistes aussi peu importants sans doute, aux yeux du FIFA, qu'Yves Tanguy, Robert Desnos, Jacqueline Lamba, artiste et femme d'André Breton, Breton lui-même et d'autres.

    Un FIFA du jet-set

    Il serait un peu sadique d'attiser l'indignation des amis d'Alan Glass en faisant défiler le programme du dernier et 26e FIFA: y figurent des films sur des célébrités du genre Boris the Porcupine, Samson the Skunk, Salma Hayek, Winona Ryder, Johnny Depp ou Brad Pitt. J'adore Brad, vous aussi sans doute admirez ses muscles et sa générosité, mais cela justifie-t-il pour autant les curieux penchants du FIFA pour les gloires du jet-set plutôt que les découvertes ou innovations de l'art contemporain?

    Les bailleurs de fonds du FIFA, s'ils sont amateurs d'art comme ils le prétendent, n'auraient-ils pas intérêt à jeter un oeil sur la programmation et les motivations de son organisateur?

    Fort heureusement, l'artiste originaire de Saint-Bruno a basé une grande partie de son oeuvre non seulement sur une imagination et une élégance sans bornes, mais sur un indéfectible sens de l'humour. La sélection du jury du FIFA et ses penchants étrangement hollywoodiens pourront sans doute alimenter une nouvelle veine surréaliste chez le maître de l'humour qu'est devenu, à 76 ans, l'élégant et imaginatif Alan Glass.












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