Un réalisateur à la main lourde
Germano Haiut et Michel Joelsas dans L’année où mes parents sont partis en vacances, de Cao Hamburger
On ne peut vraiment pas dire que le Brésilien Cao Hamburger prêche la nouveauté. L'année où mes parents sont partis en vacances, qui raconte la perte d'innocence d'un enfant dans le Brésil en ébullition de 1970, affiche une parenté un peu gênante avec Papa est en voyage d'affaires, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Michou d'Auber et autres récits d'apprentissage sur fond de guerre, de répression ou de déchirements sociaux.
Il y a un peu de tout ça dans le film de Cao Hamburger. Le Brésil, au moment où s'amorce le récit, est écartelé entre deux sentiments duels. D'une part, l'ivresse nationaliste qu'inspirent son nouveau dieu Pélé et la perspective d'une victoire prochaine à la Coupe du monde de football. D'autre part, l'inquiétude politique à l'heure où la chape de plomb s'apprête à tomber sur ses citoyens, la dictature militaire, en poste depuis six ans, ayant décidé de réprimer par la force les dissidents. C'est ainsi que deux intellectuels de gauche décident de prendre la fuite, de «partir en vacances», non sans laisser leur fils Mauro (Michel Joelsas) aux soins de son grand-père. Mais ce dernier, barbier juif de São Paulo, meurt le jour de l'arrivée du garçon.
Dès cet instant, le récit jusque-là tendu comme un thriller de Costa-Gavras prend le virage «Conte pour tous»: ce petit «goy» abandonné devient l'hôte des habitants, enfants et adultes, de ce quartier juif tricoté serré, qui veillent sur lui, dont Schlomo (Germano Haiut), le voisin célibataire et abrasif du défunt, avec qui l'enfant tissera des liens «inattendus». À quelques détails près, vous connaissez la suite...
Le problème du film, qui fait au passage l'éloge du multiculturalisme brésilien, tient moins à la familiarité désespérante qu'inspire son scénario qu'à la réalisation de Hamburger. Car le cinéaste a la main lourde, et pas toujours heureuse. Ainsi, il souligne à grands traits ce qui aurait pu être évoqué du coin de l'oeil — l'éveil sexuel du gamin —, puis évoque de façon quasi subliminale les signes d'instabilité politique qui sont au coeur du récit. La peur, le secret, l'urgence et la répression ne sont jamais pleinement ressentis.
On ressent néanmoins dans la mise en scène une recherche formelle, notamment à travers les cadrages démultipliés dans l'image, évoquant l'enfermement psychologique du garçon, et qui se dilatent jusqu'à disparaître au fil du récit. Au-delà de ces efforts artistiques, soutenus par une excellente photographie et une direction d'acteurs irréprochable (le petit Joelsas est épatant), L'année où mes parents sont partis en vacances s'enlise dans la routine. Et nous fait rêver au film que nous aurions vu si nous étions partis avec eux.
Collaborateur du Devoir
***
L'année où mes parents sont partis en vacances
De Cao Hamburger. Avec Michel Joelsas, Germano Haiut, Daniela Piepszyk, Simone Spoladore, Eduardo Moreira, Caio Blat, Liliana Castro, Rodrigo dos Santos. Scénario: C. Hamburger, Bráulio Mantovani, Anna Muylaert, Claudio Galperin. Image: Adriano Goldman. Montage: Daniel Rezende. Musique: Beto Villares. Brésil, 2007, 104 min.
Il y a un peu de tout ça dans le film de Cao Hamburger. Le Brésil, au moment où s'amorce le récit, est écartelé entre deux sentiments duels. D'une part, l'ivresse nationaliste qu'inspirent son nouveau dieu Pélé et la perspective d'une victoire prochaine à la Coupe du monde de football. D'autre part, l'inquiétude politique à l'heure où la chape de plomb s'apprête à tomber sur ses citoyens, la dictature militaire, en poste depuis six ans, ayant décidé de réprimer par la force les dissidents. C'est ainsi que deux intellectuels de gauche décident de prendre la fuite, de «partir en vacances», non sans laisser leur fils Mauro (Michel Joelsas) aux soins de son grand-père. Mais ce dernier, barbier juif de São Paulo, meurt le jour de l'arrivée du garçon.
Dès cet instant, le récit jusque-là tendu comme un thriller de Costa-Gavras prend le virage «Conte pour tous»: ce petit «goy» abandonné devient l'hôte des habitants, enfants et adultes, de ce quartier juif tricoté serré, qui veillent sur lui, dont Schlomo (Germano Haiut), le voisin célibataire et abrasif du défunt, avec qui l'enfant tissera des liens «inattendus». À quelques détails près, vous connaissez la suite...
Le problème du film, qui fait au passage l'éloge du multiculturalisme brésilien, tient moins à la familiarité désespérante qu'inspire son scénario qu'à la réalisation de Hamburger. Car le cinéaste a la main lourde, et pas toujours heureuse. Ainsi, il souligne à grands traits ce qui aurait pu être évoqué du coin de l'oeil — l'éveil sexuel du gamin —, puis évoque de façon quasi subliminale les signes d'instabilité politique qui sont au coeur du récit. La peur, le secret, l'urgence et la répression ne sont jamais pleinement ressentis.
On ressent néanmoins dans la mise en scène une recherche formelle, notamment à travers les cadrages démultipliés dans l'image, évoquant l'enfermement psychologique du garçon, et qui se dilatent jusqu'à disparaître au fil du récit. Au-delà de ces efforts artistiques, soutenus par une excellente photographie et une direction d'acteurs irréprochable (le petit Joelsas est épatant), L'année où mes parents sont partis en vacances s'enlise dans la routine. Et nous fait rêver au film que nous aurions vu si nous étions partis avec eux.
Collaborateur du Devoir
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L'année où mes parents sont partis en vacances
De Cao Hamburger. Avec Michel Joelsas, Germano Haiut, Daniela Piepszyk, Simone Spoladore, Eduardo Moreira, Caio Blat, Liliana Castro, Rodrigo dos Santos. Scénario: C. Hamburger, Bráulio Mantovani, Anna Muylaert, Claudio Galperin. Image: Adriano Goldman. Montage: Daniel Rezende. Musique: Beto Villares. Brésil, 2007, 104 min.
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