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L'hiver de force

François Lévesque   29 mars 2008  Cinéma
Michael Angarano et Kate Beckinsale dans Snow Angels, de David Gordon Green
Michael Angarano et Kate Beckinsale dans Snow Angels, de David Gordon Green
La constance dans l'oeuvre d'un cinéaste est chose précieuse, à plus forte raison quand ce dernier n'en est qu'à son quatrième long métrage. Dans ce roman de Stewart O'Nan qu'il adapte, David Gordon Green trouve un récit de la quotidienneté proche de ceux d'All the Real Girls et de George Washington.

Car Snow Angels est résolument ancré dans un réel sans fard. Loin des bleds d'un Sud alangui qu'il a par trois fois visité, Green pose sur les paysages hivernaux de ce hameau de Pennsylvanie le même regard dénué d'artifices. La recherche d'effets serait au demeurant inutile puisque chacun sait, depuis Peyton Place, qu'il n'est point de petite ville sans histoire.

Un matin d'hiver. Une fanfare répète sans enthousiasme sur le terrain de football humide. Le professeur de musique est aux abois. Un sermon guère convaincant exhorte les élèves à un peu de discipline. Un musicien échange un regard avec une jeune fille accoudée près des estrades. Il fait froid, mais l'humeur est à l'insouciance. Puis tout bascule.

Plusieurs semaines plus tôt. Dans un restaurant chinois typiquement occidental, Arthur (Michael Angarano, touchant et juste) laisse échapper un verre après avoir été bousculé par un client. C'est l'adolescent de tout à l'heure. Une serveuse, Annie (Kate Beckinsale, dans sa meilleure interprétation), vient l'aider à réparer les dégâts. Il se coupe. Elle l'avait pourtant prévenu. Arthur et Annie se connaissent bien. Elle fut jadis sa gardienne. Une complicité les unit toujours. Elle sait que les parents du jeune homme viennent de se séparer. Il sait qu'elle trouve ardu d'élever seule sa fillette après un divorce difficile. Surtout que Glenn (Sam Rockwell, hallucinant), l'ex en question, n'a pas renoncé à sa famille et a récemment trouvé en Jésus-Christ une oreille attentive.

David Gordon Green a ce don rare de croquer des moments qui n'ont de banal que les apparences. Son approche de l'image est à l'avenant. Dans ses compositions recherchées qui n'en ont pas l'air se cachent, çà et là, un instant de grâce, un moment de lyrisme inattendu. Et s'il s'intéresse à des thèmes maintes fois explorés, tels l'amour en bouton, le mariage à la dérive et la quête d'émancipation (on pense à American Beauty et à The Ice Storm), le cinéaste les aborde de manière crue, à la lumière grise de cet hiver morne.

Peu de choses peuvent être révélées de ce récit faisant la part belle aux non-dits, sinon qu'enclavés dans sa trame, certains destins trouveront une finalité douloureuse dans un dénouement qui n'épargne (presque) aucun détail au spectateur. Sans sombrer dans une approche pédagogique — le sujet eût pu le justifier —, évitant le confort de la distance clinique, le réalisateur choisit plutôt d'être l'intermédiaire stoïque de l'insoutenable. L'expérience s'avère éprouvante, mais la démarche est honnête et, peut-être, courageuse.

Îuvre rêche, Snow Angels s'abstient au final de jouer la carte de la désespérance. Un premier amour subsiste et, avec lui, une promesse. Peut-être.

Collaborateur du Devoir

***

Snow Angels

Écrit et réalisé par David Gordon Green, d'après le roman de Stewart O'Nan. Avec Kate Beckinsale, Michael Angarano, Sam Rockwell, Jeanetta Arnette, Griffin Dunne, Amy Sedaris, Olivia Thirlby, Nicky Katt, Tom Noonan. États-Unis, 2007, 106 minutes.






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