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Une invitation au dialogue

Le cinéaste israélien Eran Kolirin excelle à créer ces petites bulles de vie qui crèvent la surface de l'écran, émouvantes, pathétiques

Odile Tremblay   8 mars 2008  Cinéma
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La Visite de la fanfare
Réalisation et scénario: Eran Kolirin. Avec Sasson Gabai, Ronit Elkabetz, Saleh Bakri, Khalifa Natour. Image: Shai Goldman. Musique: Habib Shehadeh Hanna. Montage: Arik Lahav Leibovitz.
***

Lauréat du prix coup de coeur d'Un certain regard au dernier Festival de Cannes, La Visite de la fanfare, d'Eran Kolirin, a récolté éloges et lauriers partout sur son passage. Ce succès coïncide avec un renouveau du cinéma israélien, qui a pris de la graine depuis deux ans et dont les fils rivalisent d'originalité.

Entre tous, La Visite de la fanfare se révèle particulièrement exquis. En invitant en plus au dialogue entre les cultures dans une région du monde où l'impasse semble totale, ce film, sur une trame d'une diabolique simplicité, réussit sa démonstration avec une rare maîtrise. Ce premier long métrage, drôle et tendre, surfe sur les atouts d'une langue seconde et maladroite, ici l'anglais, pour forcer le comique corporel à entrer en scène.

L'histoire est celle d'une fanfare égyptienne, celle de la police d'Alexandrie, invitée en Israël, laquelle, faute d'être accueillie avec les honneurs, débarque par accident dans un bled du désert et doit passer la nuit au petit bonheur la chance chez des inconnus.

Sasson Gabai incarne avec une merveilleuse rigidité, qui laisse poindre de terribles failles, Tewfiq, le colonel égyptien qui régente la petite troupe. L'Israélienne Ronit Elkabetz (l'actrice de Mon trésor), avec une sensualité aux antipodes du parapluie qu'a avalé l'homme en uniforme, entre dans la peau d'une femme chaude et forte, avec une gouaille fabuleuse. Une des révélations du film est Saleh Bakri, magnifique jeune acteur égyptien, ici dans la peau du tombeur de ces dames, qui les aborde dans un anglais approximatif mais brûlant.

Entre ces habitants du désert et la fanfare de la méditerranéenne Alexandrie, les liens semblent impossibles. Ils sont partout. Ces films égyptiens qui ont bercé l'enfance des Israéliens à la télé, ces chansons d'Oum Kalsoum appréciées par les deux camps... Ils sont frères, eux qui se croyaient ennemis.

C'est par le partage de l'intimité, des rêves et des misères de chacun que le pont entre ces deux peuples s'érige ici. Et le cinéaste excelle à créer ces petites bulles de vie qui crèvent la surface de l'écran, émouvantes, pathétiques, palpitantes.

Certaines scènes sont des morceaux d'anthologie. Lorsque le beau Haled, dans un patinodrome du village, montre à un don Juan israélien maladroit comment draguer une fille, gestes à l'appui, on tombe dans le grand burlesque muet à la Chaplin et à la Keaton, mais aussi dans les gags tatiesques. Quand des membres de la fanfare, recueillis par un pauvre homme que sa femme rejette, entonnent Summertime avec les Israéliens, un ange passe, tellement c'est beau, drôle et juste. On en redemande. Quel film charmant! Rien à jeter, vraiment.
 
 
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