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Cinéma - La censure s'affiche

Paul Cauchon   27 février 2008  Cinéma
Dans le film City Lights de Chaplin, une scène où l'on voit une statue nue a été censurée. Quant au film de Claude Autant-Lara, Le Rouge et le Noir, il a été réduit de 185 minutes à 99: exit les baisers prolongés, les décolletés et les situations scabreuses.

L'histoire de la censure au Québec, c'est l'histoire de décisions qui nous semblent complètement absurdes aujourd'hui. L'époque où l'on sortait les ciseaux pour charcuter les films semble révolue. En est-on certain? La liberté d'expression, ce n'est jamais acquis pour la vie, rappelle l'avocat Claude-Armand Sheppard...

Le Cinéma du Parc à Montréal met à l'affiche ce vendredi, et pour deux semaines, Les Ennemis du cinéma, un documentaire de 52 minutes sur l'histoire de la censure au cinéma au Québec, réalisé par Karl Parent, avec la collaboration d'Yves Lever, qui avait publié il y a deux ans un dictionnaire de la censure.

Le film retrace de façon chronologique les relations houleuses entre les exploitants de salles et les créateurs d'un bord, et les autorités, religieuses ou politiques, de l'autre bord, qui ont tenté par tous les moyens de limiter l'accès à certains films.

Dès l'arrivée du cinéma au Québec, les autorités religieuses ont tenté d'encadrer les «vues animées», et Léo-Ernest Ouimet, célèbre propriétaire de salle, avait mené une bataille devant les tribunaux pour avoir le droit de présenter les films le dimanche, contre l'avis de l'église.

Pour mieux encadrer les films, le Bureau de la censure était créé en 1912, et il sera en fonction pendant 50 ans.

Mais ce qui frappe dans le documentaire de Karl Parent, c'est l'ampleur des coupes réalisées dans les films. Le Bureau de la censure a banni plus de 6000 oeuvres entre 1913 et 1967, et il en a charcuté encore plus, pour respecter les «bonnes moeurs». Certains films étrangers comportaient même des scènes refaites au Québec pour mieux correspondre à la morale catholique!

Une époque révolue?

Si la censure est d'abord une histoire de morale, à la fin des années 1960, elle devient politique, particulièrement avec l'interdiction de certains films à l'Office national du film (ONF), jugés trop à gauche ou trop nationalistes. Le documentaire mentionne particulièrement Cap d'espoir de Jacques Leduc, On est au coton de Denys Arcand et 24 heures ou plus de Gilles Groulx.

Cette époque semble révolue, mais Yves Lever prévient que la censure demeure possible: «La STM vient tout juste d'interdire une affiche de théâtre dans le métro, rappelle-t-il au Devoir. Et l'autocensure et le politiquement correct seraient un nouveau type de censure».

«La censure aujourd'hui, ce serait aussi la façon dont les multinationales contrôlent les contenus, ajoute Karl Parent. On parle d'une censure économique, commerciale.»

Les Ennemis du cinéma: une histoire de la censure au Québec sera projeté au Cinéma du Parc du 29 février au 12 mars. Chaque projection sera suivie d'un montage de 20 à 25 minutes d'extraits de films et d'entrevues supplémentaires.

Par ailleurs, chaque projection sera présentée par une personnalité invitée. Le cinéaste Pierre Falardeau ouvre le bal lors de la projection du 29 février. Parmi les autres présentateurs, on retrouvera au fil des jours le psychanalyste André Lussier, l'historien Yves Lever, les critiques Robert Lévesque et Francine Laurendeau, les réalisateurs Denis Héroux, Jacques Leduc, Roger Cardinal, et ainsi de suite.






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  • Guy Borremans
    Inscrit
    mercredi 27 février 2008 17h48
    Non d'une pipe...
    « Je me souviens, fins des années cinquantes, m'être levé en assistant a un film qui s'apellait me semble-t-il " Montparnasse". Il y avait eu une surimpression sur écran, après une scène de baise entre le peintre Modigliani et Jeanne Hébuterne sa femme, qui expliquait " Mais qu'ils s'étaient mariés avant cette scène, devant dieu..." J'ai hurlé je ne sais plus quoi...Mais j'ai hurlé, étonné de ma propre audace, devant cette sublime hypocrisie. Mon premier film " La Femme-Image" deux ou trois ans plus tard, ne fut simplement jamais commercialisé, parce que nous étions convaincus que de toute façon il n'aurait pas droit de passer devant le public, à cause de cette même censure. Imaginez, on y voyait une femme nue...La première sans doute dans les annales du cinéma québécois. Trois ans plus tard, L'Escouade de la moralité intima l'ordre à Jean-Paul Mousseau de décrocher des murs de son café galerie de la rue Sainte-Catherine, parcequ'on y voyait aussi le torse nu et le sexe, de la même comédienne. Diable, je m'éxécutais avant qu'on ne m'exécute (au figuré). Faut le dire, à l'époque les choses étaient, si on peut dire plus claires, On montrait ce que les Saints-Offices, interdisaient à la vue de nous pauvres pécheurs, et crac le couperet tombait. Aujourd'hui on est plus subtils. On ne vous encourage pas, on ne vous dénonce pas mais on vous éloigne. Et puis, n'y a-t-il pas plus indécent qu'un sexe bandé ou une sein gonflé, en Politique, en publicité, en marketing ? Pourquoi ne pas censurer les gouvernants, qui sans relâche nous proposent monts et merveilles, pour se dédire la minute ou ils placent leurs culs (pardon) sur le velours rouge des parlements. Aujourd'hui, nous sommes de mieux en mieux rodés à l'auto-censure. J'ai comme la nostalgie d'une époque où les surréalistes écrivaient une lettre au Vatican, adressée au "Pape-Chien". Eux ils en avaient des joyeuses. Des vertes et des pas mûres, à dire et à placarder. Citoyens, soyez vigilants, la pilule du bonheur est toujours de plus en plus disponible. Et bientôt sans ordonnances. N'oublions pas que l'étiquette "Sans Nom" est en fait une marque déposée. La vraie obscénité n'est plus dans les images de corps nus. Qu'ils bougent ou non.
    À propos, il serait peut-être bon de rapeller que j'étais le cameraman de Gilles Groulx sur "Vingt Quatre Heure ou plus" et que l'ONF, consciente de mon désir d'accéder au poste de réalisateur me fit comprendre qu'ils ne pouvaient accéder à ma demande, car, textuellement, je serai arrivé quatre mois plus tard avec un scénario de film de cul. On sait depuis le succès de ce genre de films (Quarante pour cent des locations de Vidéo club et du trafic sur l'Internet étant de films érotiques. Peut-être que l'ONF, s'ils avaient à l'époque eu un peu plus de "Vues sur le futur" auraient-ils permis à des cinéastes, de mieux équilibrer l'envahissement grandissant, si non total, et la conception on ne peut-plus machistes, donc de l'exploitation des femmes, du monde de "L'érotisme" par la Maffia, aujourd'hui.
    C'est un adulte qui parle (Juste en cas). »

  • Jean-Paul Le Bourhis
    Abonné
    mercredi 27 février 2008 21h35
    La censure cherche des poux partout partout
    « Oui, elle cherche des poux et oui, elle est partout comme Dieu, plus que Dieu peut-être car il semble avoir déserté certains de ses temples. Il a permis qu'on les transforme en condos. La critique exerce la pire forme de censure, celle à laquelle j'ai eu l'immonde joie de goûter, un boycott d'enfer, lisse et rond, ovule impénétrable, créateur de morts-nés. Mes hommages à l'immense écrivain Gilbert Larocque qui y a goûté encore plus que moi.Comme tu n'es plus là, Gilbert, permets-moi de les emmerder en ton nom... merci de me donner ton absolution.
    Quand j'étais pensionnaire au début des années soixante, j'amenais des livres de la maison. En rentrant au collège, il fallait passer à l'inspection. C'était comme à la douane, on ouvrait nos valises, on saisissait les livres à l'index, c'est-à-dire à peu près tous. J'en amenais parfois une bonne dizaine avec l'espoir qu'il m'en resterait un ou deux. Parfois, c'était trop demandé, on me les confisquait tous - Les Thibault de Roger Martin du Gard, Le petit arpent du bon dieu, Jeanne la mince. Noeud de vipères... les frères du Sacré-Coeur me regardaient comme si j'étais le plus étrange oiseau de la création. On censurait notre courrier aussi. Toutes nos lettres avaient déjà été ouvertes quand on nous les remettait. Je pensais avoir tout vu, tout subi... je pensais, oui... je ne pense plus. La censure au Québec est devenue d'autant plus féroce qu'elle s'est faite sournoise et s'exerce en niant comme l'inquisition jusqu'à son existence. On boycotte. On tue à l'encre sympathique mêlée de vitriol. Plus de problème à parler de cul, à montrer ses craques et ses fosses. Joli progrès, mes très chers!... J'ai en horreur, très charmants et efficaces censeurs, à peu près tout ce que vous portez aux nues. En horreur, oui, parfaitement, en horreur, sainte horreur. »

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