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Dans l'oeil du caméléon

Contre-enquête, premier long métrage de Frank Mancuso, gagne nos écrans vendredi prochain

Odile Tremblay   23 février 2008  Cinéma
Dans le film Contre-enquête du Français Frank Mancuso, Laurent Lucas incarne le suspect, seul dans une cellule de prison.
Photo : Pascal Ratthé
Dans le film Contre-enquête du Français Frank Mancuso, Laurent Lucas incarne le suspect, seul dans une cellule de prison.
Laurent Lucas est un des rares acteurs à travailler à haute fréquence des deux côtés de la mare atlantique. L'interprète français, en vedette ici dans Sur les traces d'Igor Rizzi de Noël Mitrani, dans La Capture de Carole Laure, dans Toi de François Delisle et bientôt dans Maman est chez le coiffeur de Léa Pool, a beau avoir fondé une famille à Montréal et jouer au hockey avec ses enfants, le cinéma hexagonal ne l'a jamais oublié. Ses rôles dans Harry, un ami qui vous veut du bien, Lemming, Qui a tué Bambi?, etc., demeurent inscrits dans la mémoire cinéphilique française. Et le téléphone sonne en provenance de Paris, avec des rôles au bout.

On le verra dès vendredi dans le film Contre-enquête du Français Frank Mancuso, le plus souvent au fond d'une cellule, écrivant au père de l'enfant qu'il est accusé d'avoir tuée. Coupable? Innocent? Le flottement est au programme. En vedette: Jean Dujardin incarne le père endeuillé et révolté, policier de son état.

Ambigu

Lucas incarne le suspect, seul dans une cellule de prison. Une courte scène l'opposera à Dujardin. Il aime travailler en studio, surtout dans ce faux silence où l'espace sonore sera occupé par la voix hors champ.

«Je ne suis pas si ambigu que ça, assure Laurent Lucas. Mais mon visage n'est pas très expressif, si bien que les gens projettent ce qu'ils veulent dessus. J'ai été élevé dans le silence et l'observation. D'où mon masque.»

Mais ce sourire indécis, aux contours qui retroussent...

C'est d'ailleurs l'avis du cinéaste Frank Mancuso, rencontré en janvier à Paris, qui imagina tout de suite Lucas dans le rôle du vrai ou faux méchant. «Il a une drôle de tronche, avec ce regard ambigu qui peut être inquiétant.»

Frank Mancuso fut flic durant vingt ans à la Police judiciaire, aux stupéfiants, à la répression du banditisme à la division antiterroriste. En 1990, alors en service au Quai des orfèvres à Paris, il a servi de consultant puis de coscénariste sur une série télé, participant ensuite au scénario de 36, quai des Orfèvres d'Olivier Marchal. L'intrigue collait à son univers familier, plein de danger et d'excitation, celui des policiers et des bandits qu'ils traquent.

Aux yeux de Laurent Lucas, Mancuso est un grand flic, un homme qui s'est collé à ses situations extrêmes et en a tiré cette prestance et cette connaissance intime des pires pulsions humaines.

Mancuso m'explique qu'un policier doit être un caméléon qui s'habille et se comporte comme ceux qu'il traque en les croisant sur le terrain mais qui se met un beau costume au bureau. Comme Dujardin dans ce Contre-enquête.

Mancuso voulait aborder le thème de la vengeance, mais en montrant à quel point elle est ardue et coûte cher à son auteur. «Mon scénario est crédible, assure-t-il. Je me suis inspiré de ces parents croisés sur ma route, qui ne pouvaient faire leur deuil de leurs enfants assassinés. Ces meurtres d'enfants sont les plus terribles à traiter dans le métier. Et comme père, je m'identifie aux parents. Dans la vie, tout peut basculer en un instant. C'est ce que l'expérience m'a enseigné. Mon personnage est déchiré entre ses devoirs policiers et sa douleur paternelle. Cette tension m'apparaissait un excellent départ d'intrigue.»

Mancuso voulait dès le départ Jean Dujardin pour incarner cet alter ego. L'acteur a rencontré des flics, les a écoutés. «Mancuso m'a fait gommer mon côté cynique, explique Dujardin. Je ne pouvais me cacher derrière un ricanement. Et ce drame humain m'a happé.»

Le film fut assez mal accueilli en France. Certains lui ont reproché son rythme, d'autres ont attaqué le fond de l'intrigue, à cause du flic qui se fait justice lui-même. Jean Dujardin, l'interprète du flic en question, s'en avouait révolté. «J'ai même entendu dire que c'était un film facho. Mais le héros que j'incarne est un homme désespéré, qui ne se prétend un modèle pour personne. Il dit même: "Je suis déjà mort."»

En tout cas, Frank Mancuso n'a pas remisé son crayon. Il prépare le scénario d'un polar métaphysique, une histoire qui jonglera avec la disparition d'une femme sur la route des vacances. L'histoire du couple d'Anglais qui a perdu sa fille au Portugal lui a inspiré cette aventure, dans laquelle rêve, expérience et fait divers se donneront rendez-vous à l'écran.

***

Odile Tremblay était l'invitée d'Unifrance Film pour réaliser à Paris les entrevues avec Jean Dujardin et Frank Mancuso.
 
 
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  • ANDRE BURGY
    Inscrit
    samedi 23 février 2008 15h24
    le flic parfait...
    L'image du policier qui va faire justice lui-même dérange la corporation. Normal! cela écorne l'image du justicier parfait. Et pourtant, ce sont des femmes et des hommes comme les autres avec leurs qualités et leurs faiblesses. Il est vrai que lorsqu'on évoque leur côté (heureusement) humain, c'est plus souvent pour montrer du doigt leurs faiblesses que leurs qualités, de quoi se montrer assez chatouilleux !

    Personnellement (je ne suis pas flic), si une femme ou un homme s'était attaqué(e) à mon enfant, j'aurais aussi fait justice moi-même, quitte à le payer au prix fort... la justice est tellement injuste, parfois. Très en phase avec la problématique du film.

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