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Sombre méditation sur la condition humaine

André Lavoie   25 septembre 2009 06h35  Cinéma
source films du losange
Nous, les vivants, de Roy Andersson: un monde au bord du chaos, rongé par la solitude et accablé par une absurde fatalité.
source films du losange Nous, les vivants, de Roy Andersson: un monde au bord du chaos, rongé par la solitude et accablé par une absurde fatalité.
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Nous, les vivants
Réalisation et scénario: Roy Andersson. Avec Jessica Lundberg, Elisabet Helander, Björn Englund, Leif Larsson. Image: Gustav Danielsson. Montage: Anna Märta Waern. Musique: Benny Andersson. Suède, 2007, 94 min. V.o. avec sous-titres français.
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Ingmar Bergman l’a considéré comme son héritier, celui qui allait permettre au cinéma suédois de se décliner, à l’extérieur des frontières scandinaves, sur un autre mode que celui imposé par le réalisateur des Fraises sauvages et de Fanny et Alexandre. Or Roy Andersson, sans doute flatté du compliment, n’allait pas s’engager dans une même boulimie créatrice. C’est ainsi qu’en près de 40 ans de carrière, ce grand réalisateur de films publicitaires (un aspect de son talent qu’il se garde bien d’afficher lorsqu’il passe du petit au grand écran) n’a signé que quatre longs métrages et ne semble pas vouloir augmenter la cadence.

Non seulement l’homme prend son temps, mais il n’hésite pas, avec Nous, les vivants, à explorer davantage la démarche singulière entreprise dans son film précédent, Chansons du deuxième étage (2000): une succession ininterrompue de tableaux quasi statiques où chaque mouvement de caméra ressemble à un tremblement de terre et décrivant des situations incongrues peuplées de personnages à la fois banals et atypiques. D’un portrait à l’autre, un même constat se dégage, celui d’un monde au bord du chaos, rongé par la solitude et accablé par une absurde fatalité.

Dans Chansons du deuxième étage, certaines vignettes frôlaient littéralement le délire et le burlesque, illustrant à la fois la virtuosité du réalisateur ainsi que son profond pessimisme face à une humanité déréglée. C’est ce second aspect qu’Andersson expose avec plus de sobriété dans Nous, les vivants, une méditation sur la condition humaine, toujours campée dans une ville européenne aux contours indéfinissables et baignant dans un brouillard persistant. Même les éclairages diffus finissent par donner à ces pantomimes du désespoir tranquille des allures cadavériques. On croise donc sans surprise des musiciens qui empoissonnent la vie de leurs voisins ou de leur conjoint, un psychiatre méprisant ses patients, un automobiliste pris dans un embouteillage qui confie à voix haute ses cauchemars et une jeune fille naïve brûlante d’un désir nullement partagé pour le guitariste d’un groupe rock.

Ces portraits teintés de mélancolie et d’un brin de misanthropie sont presque toujours délicieusement frappés d’une curieuse touche d’étrangeté déstabilisante, comme si Andersson ne voulait pas totalement céder au fatalisme. Dans ce monde dont on doit comprendre qu’il s’approche d’une destruction inéluctable— la dernière image est sans équivoque —, les juges n’hésitent pas à boire une bonne bière au tribunal et les témoins d’une exécution à la chaise électrique y amènent leur sac de maïs soufflé pour mieux jouir du spectacle.
La sincérité de Roy Andersson dans Nous, les vivants, un beau clin d’oeil à Goethe, est toujours aussi foudroyante et sa manière, toujours plus raffinée. Mais on ne peut s’empêcher aussi d’y voir la répétition d’un procédé qui lui avait bien réussi sept ans plus tôt et avec lequel il continue de prendre un grand plaisir. Un peu comme s’il fredonnait une nouvelle chanson mais assortie d’une vieille mélodie connue de tous.

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