Des femmes puissamment incarnées
source tva films
Les quatre femmes de Borderline, de la réalisatrice Lyne Charlebois: Angèle Coutu, Sylvie Drapeau, Laurence Carbonneau et Isabelle Blais
On salue ici le travail d'adaptation des deux romans de Marie-Sissi Labrèche, Borderline et La Brèche, fort bien tissés dans un scénario qui glisse habilement d'une époque à l'autre. Écrites dans l'urgence, les oeuvres d'autofiction de Marie-Sissi Labrèche possédaient une force âpre, mais le style relâché sentait vite le procédé. Le scénario, plus lisse, meilleur en fait, a remporté son pari de transposition cinématographique.
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Borderline
Réalisation: Lyne Charlebois. Scénario: Lyne Charlebois et Marie-Sissi Labrèche, d'après les romans La Brèche et Borderline de Marie-Sissi Labrèche. Avec Isabelle Blais, Jean-Hugues Anglade, Angèle Coutu, Sylvie Drapeau, Laurence Carbonneau, Pierre-Luc Brillant, Marie-Chantal Perron. Image: Steve Asselin. Musique: Benoît Jutras. Montage: Yvann Thibodeau.
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Ici, le film, à travers trois époques (enfance, vingtaine et trentaine), suit la vie de Kiki, élevée à l'ombre d'une mère psychotique et d'une grand-mère affligée d'une araignée dans le plafond. Devenue à l'adolescence dépendante affective et sexuelle, l'héroïne (Isabelle Blais) trouvera sa rédemption dans l'écriture, après une aventure avec son directeur de thèse, personnage équivoque.
Lyne Charlebois, qui réalise son premier long métrage mais s'était déjà taillé une carrière à la télévision dans les vidéoclips et les courts métrages, a multiplié ses approches esthétiques, parfois avec justesse, parfois forçant la note.
Borderline est surtout l'occasion de vraies prouesses d'actrices. Le registre de jeu d'Isabelle Blais n'a jamais connu pareille étendue. Elle livre une double performance, incarnant Kiki à deux périodes différentes de sa vie, enchevêtrées: à
20 ans, sur la ligne de rasoir entre raison et folie, à 30 ans, déjà en reprise d'équilibre. La Kiki de vingt ans, blonde, autodestructrice, adepte de l'automutilation, se jetant dans les lits de passage, est rendue avec beaucoup de force par l'actrice, qui s'est placée au bord du gouffre. Cette Kiki exhibitionniste, déséquilibrée, captée caméra à l'épaule, se révèle la mieux filmée de toutes, avec un vertige de rythme collé à son esprit qui chavire.
Les scènes de nudité et de baise, surtout à 30 ans, ne sont pas ses meilleures, peut-être parce que l'actrice s'y sent moins à l'aise. Par ailleurs, une certaine virtuosité de caméra, avec contre-plongée surtout, a tendance à reléguer dans ces cas les acteurs au statut de simples éléments de la mise en scène. Ailleurs, des expressions ambiguës du visage, des demi-teintes de jeu permettent à Isabelle Blais de montrer différentes facettes de son personnage. C'est dans ces eaux troubles qu'elle nage le mieux.
Sylvie Drapeau, en mère catatonique muette, dont le corps, le visage si expressif et les yeux parlent mieux que des mots, livre une grande interprétation, toute d'intensité. Vraie révélation: Angèle Coutu en mémé butée et attachante, jouée avec un charisme fou, qui nous fait regretter sa présence, trop rare au cinéma. La Kiki enfant (Laurence Carbonneau) se laisse de son côté vite oublier, même si son rôle apparaît essentiel à la compréhension de son parcours de jeune femme.
Mais les personnages masculins demeurent dans l'ombre des femmes. Il faut dire que Borderline épouse avant tout le point de vue de l'héroïne. Le Français Jean-Hugues Anglade, dans la peau du professeur marié qui couche avec Kiki, parvient à humaniser quelque peu son héros, surtout antipathique. Le jeune Pierre-Luc Brillant, en tendre amoureux, hérite de quelques répliques fortes, mais sans parvenir à secouer les plumes d'homme rose attachées au rôle.
Borderline est un bon film, à la mise en scène parfois trop encombrante, sans unité transcendante, que trois grands rôles féminins, un regard cru sur une destinée troublante et d'habiles enchevêtrements temporels poussent vers le haut. Peu de films québécois explorent ces temps-ci la psyché féminine. On sait gré à celui-ci d'y naviguer avec des figures singulières, touchées par la folie et puissamment incarnées.
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Borderline
Réalisation: Lyne Charlebois. Scénario: Lyne Charlebois et Marie-Sissi Labrèche, d'après les romans La Brèche et Borderline de Marie-Sissi Labrèche. Avec Isabelle Blais, Jean-Hugues Anglade, Angèle Coutu, Sylvie Drapeau, Laurence Carbonneau, Pierre-Luc Brillant, Marie-Chantal Perron. Image: Steve Asselin. Musique: Benoît Jutras. Montage: Yvann Thibodeau.
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Ici, le film, à travers trois époques (enfance, vingtaine et trentaine), suit la vie de Kiki, élevée à l'ombre d'une mère psychotique et d'une grand-mère affligée d'une araignée dans le plafond. Devenue à l'adolescence dépendante affective et sexuelle, l'héroïne (Isabelle Blais) trouvera sa rédemption dans l'écriture, après une aventure avec son directeur de thèse, personnage équivoque.
Lyne Charlebois, qui réalise son premier long métrage mais s'était déjà taillé une carrière à la télévision dans les vidéoclips et les courts métrages, a multiplié ses approches esthétiques, parfois avec justesse, parfois forçant la note.
Borderline est surtout l'occasion de vraies prouesses d'actrices. Le registre de jeu d'Isabelle Blais n'a jamais connu pareille étendue. Elle livre une double performance, incarnant Kiki à deux périodes différentes de sa vie, enchevêtrées: à
20 ans, sur la ligne de rasoir entre raison et folie, à 30 ans, déjà en reprise d'équilibre. La Kiki de vingt ans, blonde, autodestructrice, adepte de l'automutilation, se jetant dans les lits de passage, est rendue avec beaucoup de force par l'actrice, qui s'est placée au bord du gouffre. Cette Kiki exhibitionniste, déséquilibrée, captée caméra à l'épaule, se révèle la mieux filmée de toutes, avec un vertige de rythme collé à son esprit qui chavire.
Les scènes de nudité et de baise, surtout à 30 ans, ne sont pas ses meilleures, peut-être parce que l'actrice s'y sent moins à l'aise. Par ailleurs, une certaine virtuosité de caméra, avec contre-plongée surtout, a tendance à reléguer dans ces cas les acteurs au statut de simples éléments de la mise en scène. Ailleurs, des expressions ambiguës du visage, des demi-teintes de jeu permettent à Isabelle Blais de montrer différentes facettes de son personnage. C'est dans ces eaux troubles qu'elle nage le mieux.
Sylvie Drapeau, en mère catatonique muette, dont le corps, le visage si expressif et les yeux parlent mieux que des mots, livre une grande interprétation, toute d'intensité. Vraie révélation: Angèle Coutu en mémé butée et attachante, jouée avec un charisme fou, qui nous fait regretter sa présence, trop rare au cinéma. La Kiki enfant (Laurence Carbonneau) se laisse de son côté vite oublier, même si son rôle apparaît essentiel à la compréhension de son parcours de jeune femme.
Mais les personnages masculins demeurent dans l'ombre des femmes. Il faut dire que Borderline épouse avant tout le point de vue de l'héroïne. Le Français Jean-Hugues Anglade, dans la peau du professeur marié qui couche avec Kiki, parvient à humaniser quelque peu son héros, surtout antipathique. Le jeune Pierre-Luc Brillant, en tendre amoureux, hérite de quelques répliques fortes, mais sans parvenir à secouer les plumes d'homme rose attachées au rôle.
Borderline est un bon film, à la mise en scène parfois trop encombrante, sans unité transcendante, que trois grands rôles féminins, un regard cru sur une destinée troublante et d'habiles enchevêtrements temporels poussent vers le haut. Peu de films québécois explorent ces temps-ci la psyché féminine. On sait gré à celui-ci d'y naviguer avec des figures singulières, touchées par la folie et puissamment incarnées.
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