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Un film réussi, à l'ombre du Labyrinthe de Pan

Martin Bilodeau   29 décembre 2007  Cinéma
Belen Rueda, dans L’Orphelinat. Le film de Juan Antonio Bayona est traversé de plusieurs instants de grâce qui transcendent temporairement les conventions auxquelles le scénario s’accroche.
Belen Rueda, dans L’Orphelinat. Le film de Juan Antonio Bayona est traversé de plusieurs instants de grâce qui transcendent temporairement les conventions auxquelles le scénario s’accroche.
Angles de prise de vue inusités, contre-plongées inquiétantes sur la façade d'un château gothique, musique sourde et angoissante, portes dissimulées aux gonds grinçants, etc. Décidément, l'Espagnol Juan Antonio Bayona a réquisitionné tout l'attirail du cinéma fantastique afin de faire frémir son modeste quoique captivant et bien rythmé premier long métrage produit sous la tutelle de Guillermo Del Toro. On reconnaît d'ailleurs à son Orphelinat semblable mélange de conte pour enfants et d'éléments d'horreur qui caractérisaient Le Labyrinthe de Pan, réalisé par ce dernier.

Trente ans après avoir quitté l'orphelinat où elle a grandi, Laura (Belen Rueda, aperçue dans La Mer intérieure) fait avec son mari l'acquisition du vieux château maritime qui l'abritait afin de transformer l'endroit en résidence pour enfants handicapés. Peu après son arrivée toutefois, Laura est inquiétée par le comportement étrange de son fils adoptif Simon, un enfant solitaire et malade, entouré d'amis imaginaires. Arrachés au monde réel? Ou à celui des morts? La visite inattendue d'une vieille travailleuse sociale ainsi qu'une série d'incidents insolites survenus au château font grimper de plusieurs crans l'angoisse de la mère. Laquelle atteint son paroxysme lorsque Simon disparaît.

Parce que la comparaison avec Le Labyrinthe de Pan est inévitable et désavantageuse, il arrive qu'on reproche à L'Orphelinat son prosaïsme et sa mise en scène appuyée, au détriment de la poésie et de l'invention. De fait, s'il existe une différence entre un film réussi et une oeuvre accomplie, L'Orphelinat et Le Labyrinthe de Pan en constituent la meilleure illustration.

Cela dit, le film de Bayona est traversé de plusieurs instants de grâce qui transcendent temporairement les conventions auxquelles le scénario s'accroche. J'en veux pour preuve la puissante et frissonnante séance de spiritisme où une médium, défendue par une Geraldine Chaplin fantômatique, se transporte dans le passé afin de rencontrer les enfants disparus de l'ancien orphelinat. Le son, la musique, le grésillement de la radio, les images dans la pénombre quasi complète, conspirent à faire de la séquence un morceau d'anthologie. Dans un registre tout autre, la conclusion foudroyante d'émotion et d'originalité nous réconcilie avec le voyage parfois cahoteux qui nous y a conduit.

***

Collaborateur du Devoir

***

L'Orphelinat (Orfanato)

De Juan Antonio Bayona. Avec Belen Rueda, Fernando Cayo, Roger Princep, Mabel Ribera, Geraldine Chaplin, Montserrat Carulla. Scénario: Sergio G. Sanchez. Image: Oscar Faura. Montage: Elena Ruiz. Musique: Fernando Velazquez. Espagne, 2007, 106 min.






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