Trois fois l'année cinéma - André Lavoie
The Bourne Ultimatum
Le film de l'année - Tous ceux qui rêvent (de moins en moins secrètement) de la criminalisation de l'avortement devraient voir 4 mois, 3 semaines et 2 jours, du cinéaste roumain Christian Mungiu. Le film se déroule sous le règne de Nicolae Ceausescu et montre avec un dépouillement exemplaire la chape de plomb morale qui recouvrait le pays à cette époque. Dans ce monde sans joie, deux jeunes femmes, en l'espace de 24 heures dans le corridor lugubre des avortements clandestins, perdront bien des choses, dont une partie de leur âme. Mungiu, lui, a remporté la Palme d'or à Cannes.
La meilleure mise en scène
Comme certains de mes collègues et sûrement plusieurs spectateurs, je n'ai pas grandi en écoutant Bob Dylan, encore moins en suivant les aléas de sa carrière. Malgré cette méconnaissance, la fascination pour I'm Not There, de Todd Haynes, est totale: ces multiples vies de Dylan forment une superbe mosaïque de délicieux mensonges et de touchantes tranches de vie, incarnées par des acteurs fabuleux dont... Cate Blanchett en Bob version électrique et fellinienne.
Le meilleur scénario
D'une scénariste de la série télévisée Six Feet Under, en l'occurrence Nancy Oliver, on ne pouvait qu'espérer intelligence, ingéniosité et sensibilité. On aura tout cela, et plus encore, dans Lars and the Real Girl, de Craig Gillepsie, sur la relation fusionnelle entre un homme timide (Ryan Gosling, bouleversant de vérité) et... une poupée gonflable. On en vient à aimer cette femme de latex avec la même ferveur que tous ces personnages attachants, bien déterminés à jouer le jeu de ce simple d'esprit pour lui redonner sa dignité.
Le blockbuster de l'année
Plus tourmenté que James Bond, moins rigolo qu'Indiana Jones, Jason Bourne, une brillante invention du romancier Robert Ludlum, s'est révélé un sacré héros de cinéma. Avec The Bourne Ultimatum, le cinéaste britannique Paul Greengrass met la touche finale à une trilogie filmée à haute vitesse et de haute tenue. D'un épisode à l'autre, Matt Damon ne faisait qu'un avec cette bête traquée, souvent solitaire mais jamais à bout de ressources. Du cinéma musclé, avec une tête sur les épaules.
Le film québécois de l'année
Avec une retenue exemplaire et grâce à une mise en scène d'une simplicité qui force l'admiration, Stéphane Lafleur fait une entrée remarquée dans la cour des grands avec Continental, un film sans fusil. Sa vision du monde contemporain n'est pas nécessairement des plus réjouissantes mais grâce à quelques touches poétiques, il donne à ses personnages, en apparence sans histoire, une étoffe de vérité qui ne cesse d'émouvoir.
Le film le plus attendu de l'année
Avant longtemps, on étudiera scrupuleusement L'Âge des ténèbres, de Denys Arcand, mais pas dans les départements d'études cinématographiques. Les futurs «marketeux» analyseront l'impact des reports et autres discours contradictoires qui ont entouré la sortie de ce film, prévue au printemps, pour ensuite subir le massacre par la critique française avant d'atterrir sur nos écrans dans une fin de course désolante. Meilleure chance la prochaine fois.
Le film français de l'année
J'éprouve une affection particulière pour deux oeuvres sensibles et délicates, jamais flamboyantes mais d'une sincérité remarquable: Quand j'étais chanteur, de Xavier Giannoli, et Le Pressentiment, de Jean-Pierre Darroussin. Le premier met en vedette un Gérard Depardieu qu'on croyait disparu à jamais (sobre et émouvant) et le second, un acteur devenu réalisateur qui filme comme il joue, c'est-à-dire avec finesse.
Le pire cauchemar
Toujours plus nombreux dans la vie d'un critique zélé que d'un cinéphile du dimanche, les titres se bousculent mais j'opterais pour Ma tante Aline, de Gabriel Pelletier. Voir ce film deux semaines après sa sortie dans une salle complètement vide donne une bonne idée de l'étendue du désastre.
Le prix de la persévérance
Ses derniers films ressemblaient à un interminable chemin de croix et sa carrière, à une lente agonie. Tous les critiques avaient prédit sa mort (professionnelle) et devant Le Courage d'aimer, aucune rémission ne semblait possible. Or voilà que Claude Lelouch nous arrive avec Roman de gare, un film pétillant d'intelligence, sans caméra tourbillonnante ni chabadabada. Tourné sous un pseudonyme, c'est tout de même du pur Lelouch, du grand Lelouch. Enfin.
Le retour le plus inattendu
De Paul Verhoeven, je n'espérais plus rien, sauf peut-être une montagne de vulgarité et un cortège de fausses blondes. Devant Black Book, son meilleur film depuis des lustres marquant aussi son retour dans son pays natal, les Pays-Bas, il ne perd pas ses bonnes habitudes (voir la scène de teinture de l'héroïne...) mais a retrouvé un tonus qui lui manquait depuis le désastre de Showgirls. Un film de guerre d'une cruauté habile, un récit captivant au rythme trépidant et d'une moralité perverse.
***
Collaborateur du Devoir
La meilleure mise en scène
Comme certains de mes collègues et sûrement plusieurs spectateurs, je n'ai pas grandi en écoutant Bob Dylan, encore moins en suivant les aléas de sa carrière. Malgré cette méconnaissance, la fascination pour I'm Not There, de Todd Haynes, est totale: ces multiples vies de Dylan forment une superbe mosaïque de délicieux mensonges et de touchantes tranches de vie, incarnées par des acteurs fabuleux dont... Cate Blanchett en Bob version électrique et fellinienne.
Le meilleur scénario
D'une scénariste de la série télévisée Six Feet Under, en l'occurrence Nancy Oliver, on ne pouvait qu'espérer intelligence, ingéniosité et sensibilité. On aura tout cela, et plus encore, dans Lars and the Real Girl, de Craig Gillepsie, sur la relation fusionnelle entre un homme timide (Ryan Gosling, bouleversant de vérité) et... une poupée gonflable. On en vient à aimer cette femme de latex avec la même ferveur que tous ces personnages attachants, bien déterminés à jouer le jeu de ce simple d'esprit pour lui redonner sa dignité.
Le blockbuster de l'année
Plus tourmenté que James Bond, moins rigolo qu'Indiana Jones, Jason Bourne, une brillante invention du romancier Robert Ludlum, s'est révélé un sacré héros de cinéma. Avec The Bourne Ultimatum, le cinéaste britannique Paul Greengrass met la touche finale à une trilogie filmée à haute vitesse et de haute tenue. D'un épisode à l'autre, Matt Damon ne faisait qu'un avec cette bête traquée, souvent solitaire mais jamais à bout de ressources. Du cinéma musclé, avec une tête sur les épaules.
Le film québécois de l'année
Avec une retenue exemplaire et grâce à une mise en scène d'une simplicité qui force l'admiration, Stéphane Lafleur fait une entrée remarquée dans la cour des grands avec Continental, un film sans fusil. Sa vision du monde contemporain n'est pas nécessairement des plus réjouissantes mais grâce à quelques touches poétiques, il donne à ses personnages, en apparence sans histoire, une étoffe de vérité qui ne cesse d'émouvoir.
Le film le plus attendu de l'année
Avant longtemps, on étudiera scrupuleusement L'Âge des ténèbres, de Denys Arcand, mais pas dans les départements d'études cinématographiques. Les futurs «marketeux» analyseront l'impact des reports et autres discours contradictoires qui ont entouré la sortie de ce film, prévue au printemps, pour ensuite subir le massacre par la critique française avant d'atterrir sur nos écrans dans une fin de course désolante. Meilleure chance la prochaine fois.
Le film français de l'année
J'éprouve une affection particulière pour deux oeuvres sensibles et délicates, jamais flamboyantes mais d'une sincérité remarquable: Quand j'étais chanteur, de Xavier Giannoli, et Le Pressentiment, de Jean-Pierre Darroussin. Le premier met en vedette un Gérard Depardieu qu'on croyait disparu à jamais (sobre et émouvant) et le second, un acteur devenu réalisateur qui filme comme il joue, c'est-à-dire avec finesse.
Le pire cauchemar
Toujours plus nombreux dans la vie d'un critique zélé que d'un cinéphile du dimanche, les titres se bousculent mais j'opterais pour Ma tante Aline, de Gabriel Pelletier. Voir ce film deux semaines après sa sortie dans une salle complètement vide donne une bonne idée de l'étendue du désastre.
Le prix de la persévérance
Ses derniers films ressemblaient à un interminable chemin de croix et sa carrière, à une lente agonie. Tous les critiques avaient prédit sa mort (professionnelle) et devant Le Courage d'aimer, aucune rémission ne semblait possible. Or voilà que Claude Lelouch nous arrive avec Roman de gare, un film pétillant d'intelligence, sans caméra tourbillonnante ni chabadabada. Tourné sous un pseudonyme, c'est tout de même du pur Lelouch, du grand Lelouch. Enfin.
Le retour le plus inattendu
De Paul Verhoeven, je n'espérais plus rien, sauf peut-être une montagne de vulgarité et un cortège de fausses blondes. Devant Black Book, son meilleur film depuis des lustres marquant aussi son retour dans son pays natal, les Pays-Bas, il ne perd pas ses bonnes habitudes (voir la scène de teinture de l'héroïne...) mais a retrouvé un tonus qui lui manquait depuis le désastre de Showgirls. Un film de guerre d'une cruauté habile, un récit captivant au rythme trépidant et d'une moralité perverse.
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Collaborateur du Devoir
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