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Trois fois l'année cinéma - Odile Tremblay

Odile Tremblay   29 décembre 2007  Cinéma
L’Âge des ténèbres. Ce mariage du burlesque et du cynisme grinçait mais manquait d’huile.
L’Âge des ténèbres. Ce mariage du burlesque et du cynisme grinçait mais manquait d’huile.
Le film de l'année - Une oeuvre faite avec trois sous et une maîtrise éblouissante du langage cinématographique: 4 mois 3 semaines 2 jours du Roumain Christian Mungiu, Palme d'or hautement méritée du dernier Festival de Cannes. Cette histoire sinistre d'avortement clandestin sous Ceaucescu, portée par le jeu inoubliable d'Anamaria Marinca, ouvre sur des scènes d'anthologie, avec usage transcendant du plan-séquence.

La plus grande déception

L'Âge des ténèbres de Denys Arcand. Le poids de l'Oscar et du succès des Invasions barbares a pesé bien lourd sur les épaules du cinéaste québécois. Plus dure fut la chute, après la montée aux nues. Ce mariage du burlesque et du cynisme, sur le lit de la société québécoise post-moderne, grinçait mais manquait d'huile.

Le film le plus hardi

I'm Not There de Todd Haynes. Brillante entreprise: celle de faire incarner le chanteur Bob Dylan par plusieurs interprètes, dont un enfant noir et l'actrice Cate Blanchett. La mosaïque formelle du film épouse la fragilité du destin esquissé.

Le prix de la persévérance

À Carole Laure. On ne donnait pas cher de sa carrière de cinéaste amorcée avec Les Fils de Marie, puis CQ2. Force est de constater que l'ancienne muse de Gilles Carle s'améliore d'un film à l'autre. La Capture, son dernier long métrage, n'a guère fait recettes au Québec, mais étonne par sa maîtrise accrue du médium qu'elle manie.

Le pire cauchemar

Un Québec sur ordonnance de Paul Arcand, si mal réalisé (une honte!) que ce documentaire a noyé un sujet percutant, et fait oublier à tout le monde qu'on bouffait effectivement trop de médicaments au Québec!!!

Le film québécois de l'année

Continental, un film sans fusil de Stéphane Lafleur. Pour ses destins entrelardés qui savent si bien parler de solitude et d'angoisse, pour la finesse et l'humour dont il enrobe ses êtres en crise, pour son début et son dénouement dans une forêt initiatique, où le Petit Poucet ne retrouverait pas ses cailloux...

L'interprète de l'année

Le regretté Ulrich Mühe (mort depuis), révélation du film allemand La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck (qui a gagné l'Oscar du meilleur film en langue étrangère). Son personnage d'agent secret troublé, sous le régime communiste d'Allemagne de l'Est, fut une composition de haut vol.

Un coup de coeur

Coeurs d'Alain Resnais. Maniant la poésie, avec cette neige qui tombe entre chaque tableau comme un rideau fluide, et une folle galerie de personnages qui se frôlent sans se trouver, Resnais manifestait une fois de plus sa jeunesse éternelle.

Le film le plus courageux

Le Violon du Mexicain Francisco Vargas. Pour sa force de frappe et de résistance politique, pour son art de dénoncer les abus dont sont victimes les autochtones, sans pathos, avec une humanité supérieure, pour le jeu inoubliable de Don Angel Tavira.

Révélation chez les acteurs

Deux actrices françaises, plutôt méconnues jusque-là, ont vraiment étonné: Marina Hands, lumineuse dans Lady Chatterley de Pascale Ferran, et Marion Cotillard, puissante dans La Vie en rose d'Olivier Dahan sur la vie de la môme Piaf.

Le plus bel adieu

Celui du grand Ingmar Bergman, décédé le 30 juillet dernier dans son antre nordique, refusant les honneurs sur sa dépouille, après avoir donné au cinéma, du Septième Sceau à Saraband en passant par Les Fraises sauvages et Persona, un immense bouquet de chefs-d'oeuvre.
 
 
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