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De puissants relents de propagande

Martin Bilodeau   15 décembre 2007  Cinéma
source warner brothers
Divertissement haut de gamme, I Am Legend dégage de puissants relents de propagande chrétienne.
source warner brothers Divertissement haut de gamme, I Am Legend dégage de puissants relents de propagande chrétienne.
La première scène de I Am Legend tient du fantasme pour amateurs de jeux vidéo. Dans une belle voiture sport rouge qui semble sortir tout droit du concessionnaire (bonjour la vraisemblance), Will Smith, au volant, fend l'air dans un New York désert et en friche, dévalant avenues lézardées de mauvaise herbe et trottoirs figés dans le temps, frôlant les obstacles mais sans souci de heurter qui que ce soit, son berger allemand, rompu à l'exercice, sagement assis sur le siège du passager.

***
I Am Legend
(Je suis une légende)
De Francis Lawrence. Avec Will Smith, Alice Braga, Dash Mihok, Charlie Tahan, Salli Richardson, Willow Smith. Scénario: Mark Protosevich, Akiva Goldsman, d'après le roman de Richard Matheson. Image: Andrew Lesnie. Montage: Wayne Wahrman. Musique: James Newton Howard. États-Unis, 2007, 100 min.
***

Nous sommes, nous l'apprendrons bientôt, en 2012. Trois ans plus tôt, un virus a décimé 90 % de la population mondiale, faisant des survivants des zombies glabres et nocturnes. Robert Neville (Smith, parfait amuseur public) a eu plus de chance. Militaire haut gradé et chercheur scientifique de premier plan (une combinaison commode pour un «dernier homme» en mode de survie), il a été épargné et, depuis, il erre seul dans Manhattan, devenu son terrain de jeu de jour, également son vivier puisqu'il y capture des créatures dans le but de découvrir l'antidote au virus, tâche à laquelle il s'active chaque jour dans son laboratoire high-tech et alimenté en électricité (!?), situé, autre commodité, au sous-sol de son «brownstone» de Greenwich Village.

Francis Lawrence (Constantine) aurait pu poursuivre sur la lancée de sa première séquence et livrer un blockbuster futile et décérébré en accroissant le niveau de difficulté pour son héros, d'une scène d'action et de péril à l'autre. C'est quasiment regrettable qu'il ne l'ait pas fait tant ce divertissement haut de gamme — sorte d'Apocalypto de fin du monde et de Children of Men des pauvres — dégage de puissants relents de propagande chrétienne. On aurait dû voir venir, avec cet Élu errant tel un Messie dans le Manhattan endormi, ressassant les souvenirs de l'Armageddon dont il a été le témoin (son épouse et sa fille sont mortes sous ses yeux), sur les cendres duquel il espère reconstruire un monde meilleur.

I Am Legend est tiré du roman de Richard Matheson, paru en 1953, alors qu'un vent de conservatisme soufflait sur les États-Unis et que l'armée américaine broyait du rouge en Corée. Toute ressemblance avec l'actualité n'est pas fortuite, si bien qu'à défaut de passer à l'histoire du cinéma, I Am Legend est appelé à devenir un des films les plus révélateurs de son époque: rectitude politique, angoisse écologique, impuissance des instances politiques et militaires... Tous les maux du jour sont présents et alignés de façon à nous diriger vers une solution unique: le retour à la foi et à la croyance en un dieu sauveur.

Si le discours ne suffit pas à racoler une bonne partie du public sensible à ces questions, l'autre se rend pieds et poings liés, d'une part grâce à la direction artistique stupéfiante (New York transformé en jungle altermondialisée, avec orignaux et lions), d'autre part grâce à une réalisation musclée, diablement efficace et ultimement racoleuse, de Francis Lawrence. Lui-même semble se demander s'il met en scène une réflexion philosophique sur la fin du monde, à la 28 Days Later, ou un film de monstres, façon Alien. Il est vrai que, dans une production aussi myope, la frontière entre les deux ne peut pas être nette.

Collaborateur du Devoir






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  • François Tessier
    Inscrit
    dimanche 16 décembre 2007 14h21
    90% du cinéma Américain est de la propagande
    « Monsieur Bilodeau: TOUS les blockbuster américains sont oeuvre de propagande: c'est la fonction même de leur cinéma. Ce cinéma impérialiste n'est pas un art: il est fait pour vendre et faire de l'Argent. En plus de faire vendre pop corn et boissons gaseuses (américaines), le cinéma américain vend son drapeau, ses armes, ses valeurs de droite conservatrice, sa surconsommation, ses chârs, sa bouffe dégénérée... sa culture d'attardés, et sa musique abrutissante à souhaits.

    Le cinéma américain, hormi un faible proportion, est fait pour VENDRE. C'est un produit et il domine le box office mondiale. Si ça, ce n'est pas de la propagande, ciel, je me demande ce que c'est! »

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