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Un revenant à la Cinémathèque

Olivier Barrot   17 novembre 2007  Cinéma
Olivier Barrot, rédacteur en chef de la revue Senso, que les téléspectateurs de la chaîne TV5 connaissent bien pour son émission Un livre un jour, présente le mardi 20 novembre, à 18h30, à la Cinémathèque québécoise, un cycle de six présentations de films choisis parmi les grands classiques du cinéma français. Nous publions ici sa présentation d'Un revenant (1946).

C'est le type même du très bon film méconnu. Christian-Jaque est plus souvent ignoré de la critique, au motif injuste qu'il ne serait pas un «auteur». Or, c'est un remarquable technicien, souvent couronné par le succès public et quelquefois habité par un univers authentique et personnel. N'oublions pas que c'est à lui que l'on doit, entre autres, Les Disparus de Saint-Agil, Boule de suif, ou encore le très curieux Voyage sans espoir. Écrit par Henri Jeanson au mieux de son talent, Un revenant fut tourné à Lyon en 1946, au coeur des traboules, ces passages dissimulés entre les immeubles, et des brumes hivernales.

Un chorégraphe devenu célèbre, Louis Jouvet, revient dans sa ville quittée vingt ans plus tôt à la suite d'une tragique rupture amoureuse. Il va se venger des membres de sa famille qui l'ont autrefois trahi. Assez sinistre histoire fondée sur un fait divers réel, Un revenant trace un portrait réaliste et peu reluisant de la bourgeoisie locale, et en particulier des «soyeux» de la capitale des Gaules, enfermée dans ses rancoeurs et ses mesquineries.

C'est presque de l'humour noir que nous offrent ici Christian-Jaque et Jeanson, digne du meilleur Anouilh ou Marcel Aymé. Surtout, Un revenant se voit servi par des interprètes probablement à leur apogée. Comme toujours en de tels cas, ce sentiment de perfection provient de ce que les acteurs de films sont tous issus du théâtre, et qu'ils ont fréquemment parcouru ensemble les mêmes planches. À les voir, à les entendre, on éprouve l'impression de fréquenter une troupe, aussi douée pour le boulevard que pour les classiques.

Au reste, c'est Arthur Honegger, membre du Groupe des Six assemblé par Cocteau et grand compositeur reconnu, qui signe la partition et que l'on voit diriger l'orchestre. Jouvet excelle à manier une ironie cruelle, promenant sa longue silhouette de la colline de Fourvière à la place Bellecour, filmées comme avec tendresse par des cinéastes pourtant tout ce qu'il y a de plus parisiens.

Marguerite Moreno, en vieille tante à héritage, se fait sur le tard sa complice mordante: il est dans ce film une scène positivement inoubliable que partagent une Moreno grandiose et un Jouvet admiratif et pour une fois muet. Ne manquez pas d'observer la façon dont celui-ci regarde sa partenaire, qu'il venait d'imposer peu avant comme créatrice de La Folle de Chaillot de Giraudoux.

Beaux-frères rivaux en affaires et en bassesses, Louis Seigner et Jean Brochard vous dégoûteront à coup sûr de tout embourgeoisement. Henri Jeanson les a dotés de patronymes insidieux, qui conviennent exactement à la noirceur de leurs menées: Edmond Gonin et Jérôme Nisard. Quant à Gaby Morlay, crispante à souhait, elle rappelle que les victimes peuvent parfois ne s'en prendre qu'à elles-mêmes. Heureusement, un François Perier juvénile, une Ludmilla Tcherina rayonnante rééquilibrent une oeuvre caustique, pessimiste, tout embuée des incertitudes de l'après-guerre.

On espérait une autre vie, on retombe dans les conventions d'autrefois. Vous conserverez longtemps en mémoire la scène cruciale et cruelle à la gare de Perrache, où Jouvet quitte Gaby Morlay sur ces mots: «Mieux vaut se souvenir sur du Mozart que sur du Meyerbeer»...

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