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Les 6es Sommets du cinéma d'animation - Toujours plus haut, toujours plus beau

André Lavoie   17 novembre 2007  Cinéma
Non seulement la tradition se renouvelle, mais elle se bonifie, attirant un public jeune, curieux, avide de couleurs éclatantes et de formes étonnantes. Vous désirez savoir tout ce qui a animé le petit monde du cinéma d'animation au cours de la dernière année? Pour la sixième année consécutive, la Cinémathèque québécoise, en collaboration avec l'organisme Antitube de Québec, a concocté un voyage vers les Sommets, ceux d'un cinéma qui se moque des barrières de langues et des limites des plateaux de tournage: marionnettes, pixels, photographies, papier découpé ou cellulos, toutes les techniques sont bonnes pour recréer un monde qui n'appartient qu'à lui, et lui seul.

Répartis sur deux programmes présentés pendant deux jours, d'abord au Musée de la civilisation à Québec (les 17 et 18 novembre) et la semaine suivante à Montréal à la Cinémathèque (les 23 et 24 novembre), les Sommets du cinéma d'animation offrent un total de 22 petits bijoux qui ont fait les belles soirées des festivals d'Annecy, d'Ottawa et de Cannes, entre autres. Si certains nous arrivent auréolés de prix (le plus scintillant de tous étant le sublime Madame Tutli-Putli, de Chris Lavis et Maciek Szczerbowski, une production de l'ONF), d'autres gagneront vite la palme des coeurs. Et comme plusieurs cinéastes adoptent la manière scabreuse ou macabre pour dépeindre le monde qu'ils ont sous les yeux, ou dans leur imaginaire, les spectateurs apprécieront davantage le panorama s'ils sont majeurs, vaccinés et croient que l'animation ne se résume pas qu'à Hanna-Barbera.

D'ailleurs, ceux dont l'enfance a été bercée par leurs cartoons — c'est mon cas, on ne choisit pas toujours son époque... — auront suffisamment de mémoire pour rigoler devant Battle of the Album Covers, de Rohitash Rao et Abraham Spear. Au temps glorieux du vinyle et du rock, les pochettes affichaient une outrance aujourd'hui disparue et que les deux cinéastes détournent pour en souligner le ridicule: Metallica, Madonna et Iron Maiden passent un mauvais quart d'heure pendant qu'on rigole ferme.

Le détournement de sens est également pratiqué avec brio par le cinéaste belge Éric Ledune, dont le film est un éventail exceptionnel de techniques (animation d'objets, pixillation, dessins sur papier, etc.). Dans Do-It-Yourself, dont l'ironie glace parfois le sang, un narrateur plutôt jovial fait la lecture des techniques de torture les plus sophistiquées, celles utilisées par la CIA en Amérique latine pour faire parler les fauteurs de troubles, et surtout leurs familles. En utilisant des poissons comme cobayes, le cinéaste semble prendre le contenu de ce «guide» à la légère, mais c'est pour mieux montrer la cruauté de ceux qui l'ont rédigé...

Claude Cloutier, celui dont je me régalais adolescent de ses bandes dessinées dans le magazine Croc (Dieu Ouellette, La Légende des Jean-Guy), préfère détourner des contes de fées dans Isabelle au bois dormant, retrouvant la même fébrilité qui avait fait le succès de Du big bang à mardi matin (2000). Quand une belle princesse n'arrive pas à sortir d'un profond sommeil, même le prince charmant appelé à la rescousse n'y peut rien; dans le monde de Cloutier, aucune seconde ne se perd... et tout se transforme dans un délire absurde et délicieux.

Si plusieurs films donnent une idée assez juste de l'état de notre monde, ne brillant pas toujours par leur optimisme (Cold Calling, de Nick Mackie, Mauvais temps, de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol, The Tourists, de Malcolm Sutherland), d'autres s'amusent à en recréer de nouveaux, superbes déballages de formes insolites, d'atmosphères envoûtantes. C'est ce qui se dégage de manière délibérément électrisante dans Énergie!, de l'Allemand Thorsten Fleisch. Le cinéaste utilise une décharge de 30 000 volts, rien de moins, sur du papier photographique pour livrer un film allumé, dans tous les sens du terme. Et on retrouve ce même sentiment de vertige devant un territoire inconnu dans Bildfenster / Fensterbilder, une autre réussite allemande, de Bert Gottschalk. Avec un matériel que certains jugent préhistorique (la pellicule 8 mm), il manipule des images de buildings, les plus tristes et les plus anonymes, pour construire un paysage urbain qui ne ressemble à aucun autre.

Preuve du succès de ces Sommets pas comme les autres, d'autres activités se greffent aux deux programmes proposés. C'est ainsi que les admirateurs de l'oeuvre irrévérencieuse de Claude Cloutier pourront faire quelques arrêts sur image à la Cinémathèque, puisqu'une exposition est consacrée aux dessins de son plus récent film, question de prolonger le plaisir vécu dans la salle. À Québec, le mouvement Kino va inviter les kinoïtes en herbe à tourner, comme toujours à la vitesse de l'éclair, un film d'animation. Même si quelques réalisateurs des diverses cellules Kino ont déjà exploré les possibilités de l'image animée, ce Kabaret Kïno, présenté le dimanche

18 novembre à 18h30, sera entièrement consacré aux héritiers possibles de Norman McLaren. Certains d'entre eux atteindront peut-être, et plus vite qu'on ne le croit, de nouveaux sommets...

Collaborateur du Devoir

***

Les 6es Sommets du cinéma d'animation

À Québec, les 17 et 18 novembre au Musée de la civilisation

Pour information: www.antitube.org

À Montréal, les 23 et 24 novembre à la Cinémathèque québécoise

Pour information: www.cinematheque.qc.ca
 
 
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