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Tous les coups (bas) sont permis

André Lavoie   3 novembre 2007  Cinéma
Dans Le prix à payer, Odile (Nathalie Baye), qui a décidé de fermer boutique en faisant chambre à part, calme ses angoisses dans les grands magasins.
Dans Le prix à payer, Odile (Nathalie Baye), qui a décidé de fermer boutique en faisant chambre à part, calme ses angoisses dans les grands magasins.
Ceux qui se penchent sur la psyché du couple contemporain s'entendent pour dire que la peur de la solitude favorise parfois sa longévité. À ce triste constat, la cinéaste française Alexandra Leclère ajoute une autre explication, nettement plus terre à terre: si l'argent mène le monde, il dicte aussi les rapports hommes-femmes. Dans Le prix à payer, une comédie caustique que certains comparent un peu vite avec les meilleures provocations de Bertrand Blier, celui par exemple de Trop belle pour toi, le fric devient une sorte de ciment bas de gamme — l'histoire ne dit pas s'il est fabriqué au Québec...

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Le prix à payer
Réalisation et scénario: Alexandra Leclère. Avec Christian Clavier, Nathalie Baye, Gérard Lanvin, Géraldine Pailhas, Patrick Chesnais. Image: Jean-François Robin. Montage: Carlos Conti. Musique: Valérie Lindon. France, 2007, 95 min.
***

Cette obsession financière minait aussi les rapports dans Les Soeurs fâchées, son premier long métrage, creusant un fossé déjà large entre une bourgeoise parisienne et sa soeur, dont chaque sortie loin de sa province constitue un exploit. Dans Le prix à payer, d'autres duos dépareillés se forment et se déforment, alliances entre femmes, amitiés faisant fi des écarts de classes sociales, guerre des sexes sur fond de magasinage où les sacs arborant les griffes prestigieuses deviennent autant d'armes de destruction massive.

Le théâtre des opérations se partage entre deux logements, l'un somptueux et l'autre modeste, où s'affrontent deux couples qui, malgré leurs différences, semblent au même point de non-retour. Jean-Pierre (Christian Clavier), un patron plein aux as, est désespéré par la froideur de son épouse, Odile (Nathalie Baye), qui a décidé de fermer boutique en faisant chambre à part, calmant ses angoisses dans les grands magasins. Il avoue son désarroi à Richard (Gérard Lanvin), son chauffeur, qui le comprend très bien puisque sa compagne, Caroline (Géraldine Pailhas), déterminée à devenir écrivain, vit une relation symbiotique avec son ordinateur. Pour tenter de regagner ses faveurs, Richard conseille à Jean-Pierre de couper les robinets financiers: «Pas de cul, pas de fric» devient son mantra. Les deux hommes s'engagent alors dans une lutte conjugale sans merci où tous les coups (bas) sont permis.

Alexandra Leclère prend tout son temps avant de mettre le feu aux poudres, montrant d'abord un foyer familial luxueusement idyllique, qu'elle filme avec une fascination évidente. Cette mise en place, parfois lancinante, atténue l'onde de choc qu'elle veut ensuite provoquer, ne maniant pas avec la même dextérité le cynisme et la méchanceté des maîtres dont on croit qu'elle se réclame. Elle possède tout de même l'art des dialogues mordants («Ne me touche pas, c'est pas encore l'heure!») et réussit à lever le voile sur une certaine hypocrisie bourgeoise dont plusieurs vont se délecter.

Le véritable plaisir de cette comédie de moeurs se concluant de manière consensuelle — et aux fines limites de l'invraisemblable tant le dégoût d'une des deux conjointes semble si profond que toute réconciliation apparaît impossible — réside dans ce formidable quatuor d'acteurs dont la cinéaste connaît le passé cinématographique. Elle les amène ainsi à défendre des personnages déjà vus ailleurs sans donner l'impression de la redite, des rôles taillés sur mesure pour le physique banal de Christian Clavier, l'élégance raffinée de Géraldine Pailhas, celle, toujours inspirante, de Nathalie Baye et, bien sûr, l'éternelle gueule de lendemain de veille de Gérard Lanvin. Leur complicité est d'ailleurs flamboyante lorsque, tous réunis autour d'un repas aux qualités culinaires discutables, triomphe le caractère perfide des protagonistes. On aimerait que le dîner se prolonge ou qu'il contamine, par sa férocité, un film trop gentil sur des gens supposément méchants.

Collaborateur du Devoir






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