Émouvante collision de deux solitudes
Le Bonheur d’Emma est une oeuvre modeste, gracieuse et émouvante, attachée aux personnages plus qu’à l’action, aux sentiments plus qu’aux gestes. L’histoire bondit sans interruption du mélo à l’absurde, du social au polar.
Parmi les petits bonheurs que procure Le Bonheur d'Emma, celui de la douce familiarité est le plus frappant. En effet, le premier long métrage de l'Allemand Sven Taddicken, coup de coeur au Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, se situe quelque part entre Agatha Christie (dans la façon de déjouer les attentes) et Jiri Menzel (pour la chronique paysanne joyeuse et folle). Des références d'hier pour une oeuvre hors du temps et des modes sur la collision de deux solitudes. Une oeuvre modeste, gracieuse et émouvante, attachée aux personnages plus qu'à l'action, aux sentiments plus qu'aux gestes.
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Le Bonheur d'Emma
(Emma's Glück)
De Sven Taddicken.
Avec Jordis Triebel, Jurgen Vogel, Hinnerk Shonnemann, Karis Neuhauser. Scénario: Ruth Toma, Claudia Schreiber, d'après le roman de cette dernière.
Image: Daniela Knapp. Montage: Andreas Wodraschke. Musique: Christoph Blaser, Steffen Kahles. Allemagne, 2006, 99 min.
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Quoique les gestes ont leur importance. Emma (magnifique Jordis Triebel, dans son premier rôle au grand écran), qui comme l'héroïne de Flaubert vit dans un désert sentimental, empoigne sa carabine quand un soupirant vient la relancer dans sa ferme décrépite et menacée de saisie. À l'inverse, la jeune femme solitaire, amoureuse des bêtes, abat dignement ses cochons au terme d'un émouvant rituel de câlins et de baisers. Entre la compagnie des hommes et celle des bêtes, Emma a fait son choix, trouvé un équilibre. Lequel est bouleversé lorsque la voiture d'un cancéreux en fuite (Jurgen Vogel) fait des tonneaux jusqu'à sa porte, en pleine nuit. Outre le jeune homme inconscient, la jeune fermière, fauchée comme les blés, trouve à bord une forte somme que celui-ci a dérobée à son ami et employeur.
C'est là le point de départ d'une histoire d'amour, de mort, de trahison et d'abnégation que le scénario (tiré du roman de Claudia Schreiber) décline comme une chanson en trois temps, Sven Taddicken se chargeant, et fort bien, de l'harmonie changeante, qui bondit sans interruption du mélo à l'absurde, du social au polar. On croit savoir où le récit nous emmène, il nous conduit ailleurs. Quand on croit qu'il n'ira plus là où on l'attendait, il y va. Avance, recule, à gauche, à droite, Le Bonheur d'Emma se vit comme un circuit pédestre en montagne.
Les belles images de Daniela Knapp (Edukators), aux tonalités chaudes (ocre, sépia, etc.), campe l'intrigue dans une sorte de présent indéfini, aux enjeux intemporels, au charme suranné, rehaussant les profils des gentils clichés ruraux qui émaillent le récit: le policier transi d'amour pour la belle fermière, sa mère castratrice sur la banquette arrière, la douce crapule enfermée dans l'étable, etc. Dommage qu'avec deux bonnes idées de dénouement dans sa manche, Sven Taddicken ait choisi de les exploiter toutes les deux. Divisant ainsi en deux l'impact de chacune, sans toutefois gâter rétrospectivement le petit bonheur tranquille de notre rencontre avec cette singulière (et très belle) fermière.
Collaborateur du Devoir
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Le Bonheur d'Emma
(Emma's Glück)
De Sven Taddicken.
Avec Jordis Triebel, Jurgen Vogel, Hinnerk Shonnemann, Karis Neuhauser. Scénario: Ruth Toma, Claudia Schreiber, d'après le roman de cette dernière.
Image: Daniela Knapp. Montage: Andreas Wodraschke. Musique: Christoph Blaser, Steffen Kahles. Allemagne, 2006, 99 min.
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Quoique les gestes ont leur importance. Emma (magnifique Jordis Triebel, dans son premier rôle au grand écran), qui comme l'héroïne de Flaubert vit dans un désert sentimental, empoigne sa carabine quand un soupirant vient la relancer dans sa ferme décrépite et menacée de saisie. À l'inverse, la jeune femme solitaire, amoureuse des bêtes, abat dignement ses cochons au terme d'un émouvant rituel de câlins et de baisers. Entre la compagnie des hommes et celle des bêtes, Emma a fait son choix, trouvé un équilibre. Lequel est bouleversé lorsque la voiture d'un cancéreux en fuite (Jurgen Vogel) fait des tonneaux jusqu'à sa porte, en pleine nuit. Outre le jeune homme inconscient, la jeune fermière, fauchée comme les blés, trouve à bord une forte somme que celui-ci a dérobée à son ami et employeur.
C'est là le point de départ d'une histoire d'amour, de mort, de trahison et d'abnégation que le scénario (tiré du roman de Claudia Schreiber) décline comme une chanson en trois temps, Sven Taddicken se chargeant, et fort bien, de l'harmonie changeante, qui bondit sans interruption du mélo à l'absurde, du social au polar. On croit savoir où le récit nous emmène, il nous conduit ailleurs. Quand on croit qu'il n'ira plus là où on l'attendait, il y va. Avance, recule, à gauche, à droite, Le Bonheur d'Emma se vit comme un circuit pédestre en montagne.
Les belles images de Daniela Knapp (Edukators), aux tonalités chaudes (ocre, sépia, etc.), campe l'intrigue dans une sorte de présent indéfini, aux enjeux intemporels, au charme suranné, rehaussant les profils des gentils clichés ruraux qui émaillent le récit: le policier transi d'amour pour la belle fermière, sa mère castratrice sur la banquette arrière, la douce crapule enfermée dans l'étable, etc. Dommage qu'avec deux bonnes idées de dénouement dans sa manche, Sven Taddicken ait choisi de les exploiter toutes les deux. Divisant ainsi en deux l'impact de chacune, sans toutefois gâter rétrospectivement le petit bonheur tranquille de notre rencontre avec cette singulière (et très belle) fermière.
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