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Le fatras de la pilule

Odile Tremblay   2 octobre 2007  Cinéma
P aul Arcand, qui nous avait déjà donné le documentaire Les Voleurs d'enfance, n'est pas un homme de cinéma, mais un journaliste-enquêteur. Soit! Quand même Les Voleurs d'enfance, démagogique au possible, contestable dans sa forme, avait soulevé de vrais drames humains et révélé à plusieurs Québécois les problèmes de l'enfance maltraitée comme les carences de la DPJ. En plus, il resserrait mieux son thème que cette fois, avec le magma du Québec sur ordonnance. Mais pouvait-il faire pire? Les questions posées dans ce film sont pourtant cruciales: pourquoi le Québec est-il surmédicalisé? Pourquoi est-il si facile d'obtenir des antidépresseurs pour vous et du Ritalin pour vos enfants? Etc.

Si Paul Arcand avait suivi un filon, il s'en serait mieux tiré, sans doute. L'enquête qui soulève quelques problèmes cruciaux, dont cette surmédicalisation collective à l'aveugle et les grenouillages du lobbying pharmaceutique, perd sa force de frappe à cause du nombre excessif de lièvres qu'il poursuit, du fouillis de ses thématiques, du simplisme et de la démagogie de son ton. La mise en scène part dans toutes les directions, avec une piètre qualité de l'image, par-dessus le marché.

Tranchons là: Québec sur ordonnance est un des films les plus mal réalisés qu'il m'ait été donné de voir. Une vraie catastrophe. Confus au possible, avec des surimpressions, des effets d'un kétaine inouï. Bonjour les montagnes et les fontaines de pilules multicolores!

Les soldats marchant au pas de l'oie! Et le bébé vagissant béatement dans son berceau comme figure de la pureté non pervertie par les médicaments cornus et fourchus. L'Éden avant la chute!

Dans la marmite

Prenez une marmite. Mélangez les erreurs médicales, les médicaments vendus sur Internet, les enfants Ritalin, les accointances des médecins et des vendeurs de pilules, les ordonnances signées par-dessus la jambe, les patients surmédicalisés dos à dos avec les cas lourds, les effets secondaires mal documentés, le marché noir de la pilule, le laxisme de plusieurs pharmaciens, les conseillers des ministres de la santé recrutés par l'industrie pharmaceutique. Et j'en passe. Ça fait beaucoup. Beaucoup trop pour creuser un sujet en profondeur.

Quand des interprètes s'en mêlent pour mimer les rapports troubles entre les médecins et les représentants pharmaceutiques, ça devient encore plus amateur. En témoigne cette belle jeune femme venant aguicher le médecin pour lui vanter les médicaments de sa compagnie. C'est un peu court...

Un indicateur du lobby pharmaceutique, à la voix modifiée, est campé de dos par une silhouette de jeune voyou présenté dans le décor sordide d'un fond de cour plein de graffitis. Sa silhouette inquiétante dans tout son être et son environnement ne correspond même pas au profil du criminel économique type visé ici. L'image carbure aux symboles si évidents dans l'équation industrie pharmaceutique-criminalité qu'elle égare l'effet de dénonciation escompté.

Toutes ces informations, tous ces témoignages, ces jeux de rôles sont présentés en vrac sans montage apparent, dans la plus pure cacophonie visuelle. Et fallait-il vraiment que Paul Arcand retienne les services du Doc Mailloux comme expert-conseil? Rien qui permette de rehausser la crédibilité d'ensemble...

Restent quelques questions essentielles posées. Sur un marché des médicaments parti en peur, sur la moindre tristesse traitée comme une dépression, sur un Québec gelé comme une barre avec la bénédiction de l'État. Mais il manque un jardinier pour émonder et un réalisateur pour diriger la baraque. Belle occasion manquée, vraiment!

***

Québec sous ordonnance

Réalisation et scénario: Paul Arcand.

Images: Jean-Pierre Saint-Louis, Laurent Beauchemin, François Vincelette.

Musique: Serge Fiori. Montage: Paul Jutras.
 
 
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  • Elizabeth Leroux
    Inscrite
    mardi 2 octobre 2007 09h47
    Une réflexion avortée et mal structurée
    Je suis absolument d'accord avec Mme Tremblay. Étant moi-même médecin, je ne connais que trop bien la complexité des thèmes abordés. Une série de documentaires télé aurait permis de mieux sonder chaque aspect (médication psychiatrique, cardiovasculaire, pédiatrique...) Ce cafouillis de clichés sur fond d'anecdotes est tristement destiné à conforter les patients dans leur opinion que tout le monde les abuse: le MD, le pharmacien, les compagnies, et que le gouvernement ignorant et impuissant stagne. Où sont les statistiques globales et objectives qui nous auraient montré les résultats d'une réelle recherche? Le film s'achève sur un piètre constat, mal documenté, et sans suggestion constructive. Une réflexion à peine amorcée sur un sujet pourtant primordial.
    Elizabeth Leroux, MD

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 2 octobre 2007 11h20
    Bravo Mme Tremblay
    À vous lire, il faudrait croire que tous doivent s'abstenir de voir le film d'Arcand tellement il est mauvais. Où alors trouver l'information, même mal présentée, que contient ce film?
    Roland Berger
    London, Ontario

  • real@realo.ca
    Abonné
    mardi 2 octobre 2007 14h18
    encore...
    encore une belle production de cinémaginaire.....

  • Louise Chenel
    Inscrite
    lundi 8 octobre 2007 13h17
    Un film que tous devraient voir
    Permettez-moi de souligner que ce n'est pas un film mais un documentaire. L'accent a-t-il a être mis sur les prises de vue ou le summum de la technologie cinématographique? Comme documentaire, il fait très bien son travail. Le sujet ne pouvait pas être traité en partie, car la surmédicalisation au Québec est un fait réel et il faut que les gens commencent à comprendre les mécaniques derrières les apparences. C'est un enjeu financier des plus vicieux et les compagnies pharmaceutiques vont devoir rendre des comptes un jour ou l'autre; heureusement ça commence à sortir au grand jour. Ça fait déjà un bon bout de temps que la Commission des Citoyens pour les droits de l'homme, avec plus de 130 bureaux à travers le monde, met en garde la population contre les dangers des médicaments psychiatriques. Et nous ne sommes pas les seuls. Vous devriez vraiment vous renseigner sur les effets secondaires. Ceux mentionnés dans le film ne sont que les plus courants. Et est-ce que vous aimeriez franchement avoir l'attitude des gens qui disent en prendre depuis un certain temps et que maintenant ils sont bien? Pour ma part, je considère la joie de vivre et le bonheur de vivre comme quelque chose de plus vivant et de vraiment plus excitant que ce qu'ils nous disent.
    Visitez le site www.droitshumains.ca pour plus d'informations sur les intentions de la psychiatrie. Si vous aimez vos enfants et vos proches, renseignez-vous honnêtement. Il y a des solutions qui améliorent des vies et il y a la psychiatrie.

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