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Cinéma - Lafleur au fusil

Martin Bilodeau   10 septembre 2007  Cinéma
Le Québécois Stéphane Lafleur rentre à peine de Venise, où son premier long métrage a été fort bien accueilli. Et pour cause: Continental, un film sans fusil, est l'oeuvre québécoise la plus forte et la plus aboutie de la cuvée 2007. Ce film choral sur les destins de quatre solitaires fait souffler un vent frais dans le large couloir séparant le cinéma racoleur commandité par certains gros distributeurs de la Belle Province et les gardiens de la ligne dure du cinéma d'auteur (Émond, Delisle, etc.).

«J'aimerais que mon film fasse le pont entre les deux», m'avoue Stéphane Lafleur, rencontré hier matin dans le hall de son hôtel. «Le cinéma devrait nous élever, pas nous tirer vers le bas», explique le cofondateur du mouvement Kino en référence aux notes d'espoir sur lesquelles s'achève son très beau film sur les décalages entre l'émotion et l'expression, porté par quatre figures ordinaires: une réceptionniste d'hôtel célibataire (Fanny Mallette) désirant si ardemment un enfant que sa bicyclette est déjà dotée d'un siège pour bébé; un vendeur d'assurances (Réal Bossé) écartelé entre son nouvel emploi et sa petite famille; un brocanteur vieillissant et ruiné (Gilbert Sicotte) cherchant le salut dans les vidéopokers; enfin, une hygiéniste dentaire (Marie-Ginette Guay) alternant entre la colère et le désespoir depuis la disparition inexpliquée de son mari.

Une disparition qui, ouvrant le film, instaure un climat un brin mystérieux et force une interprétation ouverte de ce qui est donné à voir: «On ne laisse pas assez de place aux spectateurs dans le cinéma», déplore Lafleur, qui refuse de voir son film comme une réflexion sur la solitude. «C'est un film sur la cohabitation, sur les rencontres ratées, sur nos maladresses dans la communication.» Il est vrai qu'à travers les rencontres, souvent furtives et accidentelles, Continental, un film sans fusil montre à quel point la famille humaine est plus soudée qu'il n'y paraît. C'est tout à l'honneur de Stéphane Lafleur d'avoir extrait l'essence humaine dans cette oeuvre simple, précise, admirablement construite, dont la sécheresse de la mise en scène renvoie au désert intérieur des personnages.

Il aura donc fallu le festival de Venise pour nous apprendre, et celui de Toronto pour confirmer, qu'un auteur québécois est né. «À Toronto, ils ont une relation de fidélité avec leurs réalisateurs», confirme celui qui y a déjà débarqué trois fois, ses courts métrages sous le bras. «Une fois qu'un de tes films est sélectionné, ils veulent tout savoir sur ce qui s'en vient. Si bien qu'on a envie de revenir.» Avec ou sans fusil, Stéphane Lafleur reviendra. Mais d'ici là, il rentrera. Son film, une des pièces de résistance du prochain Festival du nouveau cinéma, prendra l'affiche au Québec le 9 novembre.

***

Il suffit de passer quelques jours à Toronto pour comprendre pourquoi David Cronenberg, qui y réside, est à ce point obsédé par le chaos et le tranchage de carotides. La ville dans laquelle il imagine ses films (et les tourne, pour la plupart) est un modèle d'organisation, de discipline et, de mon humble point de vue de Montréalais, de civisme. Ce qui lui vaut d'ailleurs d'être décrite par les étrangers comme «New York, géré par des Suisses».

Dieu merci, on ne voir rien de cela dans son nouvel opus, Eastern Promises, avec lequel j'ai soigné ce week-end mon premier blues de festivalier. En fait de remède contre la fatigue, l'humanité n'a encore rien produit de plus puissant. Un avis qui semble partagé par l'ensemble de la presse réunie ici dans la Ville reine, laquelle a réservé un accueil chaleureux au captivant et intelligent thriller du king du cinéma canadien. La saveur locale s'arrête là puisque Eastern Promises a été tourné à Londres, avec une distribution internationale dominée par les excellents Viggo Mortensen et Naomi Watts. Le premier joue un dur à cuire gravissant les échelons de la puissante mafia russe locale. La seconde est une sage-femme désireuse de retrouver la famille d'une jeune russe morte en accouchant, et qui comme la défunte poussera, par naïveté, la mauvaise porte. Deux ans après A History of Violence, Cronenberg poursuit sa réflexion sur la monstruosité intérieure et les prisons du destin. À travers une histoire diablement brutale et efficace, qui tient en haleine et, à plusieurs reprises, nous force à baisser les yeux. Au risque de passer pour un vrai sadique, je suis sorti de là le coeur content.

Dieu merci, on ne voir rien de cela dans son nouvel opus, Eastern Promises, avec lequel j'ai soigné ce week-end mon premier blues de festivalier. En fait de remède contre la fatigue, l'humanité n'a encore rien produit de plus puissant. Un avis qui semble partagé par l'ensemble de la presse réunie ici dans la Ville reine, laquelle a réservé un accueil chaleureux au captivant et intelligent thriller du king du cinéma canadien. La saveur locale s'arrête là puisque Eastern Promises a été tourné à Londres, avec une distribution internationale dominée par les excellents Viggo Mortensen et Naomi Watts. Le premier joue un dur à cuire gravissant les échelons de la puissante mafia russe locale. La seconde est une sage-femme désireuse de retrouver la famille d'une jeune russe morte en accouchant, et qui comme la défunte poussera, par naïveté, la mauvaise porte. Deux ans après A History of Violence, Cronenberg poursuit sa réflexion sur la monstruosité intérieure et les prisons du destin. À travers une histoire diablement brutale et efficace, qui tient en haleine et, à plusieurs reprises, nous force à baisser les yeux. Au risque de passer pour un vrai sadique, je suis sorti de là le coeur content.

Le coeur encore content, je suis allé me frotter au nouveau film d'Éric Rohmer, un de mes cinéastes fétiches. Les Amours d'Astrée et de Céladon s'inscrit moins dans la continuité des Comédies et proverbes que dans celle des Perceval le Gallois et autres Jeux de société. À 87 ans, le cinéaste de Ma Nuit chez Maud raconte une légende du Ve siècle, telle qu'elle a été réimaginée au XVIIe par Honoré d'Urfé dans son roman L'Astrée. On reconnaît dans ce divertissement sur les amours compromises d'un berger accusé à tort d'infidélité et d'une bergère bouleversée par son apparent suicide le goût de Rohmer pour les malentendus du coeur et les faiblesses de l'âme. De tous ses films, c'est le souvenir de L'Amie de mon amie qui remonte ici. Au désavantage toutefois de ce divertissement mineur, dont la musique des mots paraît appuyée, le jeu des acteurs, souvent forcé, et la pertinence, un peu vaine malgré l'évident mérite du film à faire (re)connaître un auteur oublié.
 
 
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  • Christian Rasselet - Abonné
    13 septembre 2007 01 h 59
    bon repos avant le FNCM d'octobre
    Je le lis toujours aussi fidèlement et avec autant de plaisir. Tes textes compensent pour mes lacunes de plus en plus marquées avec l'âge. Mes hernies discales ne me permettent plus de rester trop longtemps assis dans un fauteuil si comfortable soit-il. Si ça continue je vais devroir me promener avec un siège adapté!

    Cordialement

    Christian Rasselet
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