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Venise en Toronto

Martin Bilodeau   7 septembre 2007  Cinéma
Pourquoi aller à Venise quand Venise vient à vous? C'est en tout cas la question qu'on se pose dans la Ville-reine, où s'ouvrait hier le 32e Festival international du film de Toronto (FIFT). Et pour cause: la majorité des gros canons de la Mostra, qui bat son plein dans la cité des doges, sont projetés ici, avec à peine quelques jours de décalage. L'éventail va du nouvel opus du vétéran Éric Rohmer (Les Amours d'Astrée et de Céladon) au premier long métrage du Québécois Stéphane Lafleur (Continental, un film sans fusil) en passant par la celebrity list au grand complet: Ang Lee avec Lust, Caution, campé dans le Shanghaï en guerre, Joe Wright avec l'exceptionnel (je pèse mes mots) Atonement, d'après le roman d'Ian McEwan, Sean Penn avec Into The Wild, Paul Haggis avec In The Valley Of Elah, Todd Haynes avec I'm Not There, variation en sept tableaux sur la vie de Bob Dylan, et Woody Allen avec Cassandra's Dream, plutôt mal reçu par la critique d'outre-Atlantique, mais bon, qui s'en privera?

Cela étant, la sélection de 349 films en provenance de 55 pays en a davantage à offrir. Au rayon du cinéma québécois, outre le film très attendu de Stéphane Lafleur, Denys Arcand amorce ici la phase damage control du lancement de L'Âge des ténèbres après son faux décollage à Cannes. François Girard termine ici sa route de la soie avec Silk, coproduction avec Keira Knightley, attendue sur nos écrans fin septembre. Le Cèdre penché, de Rafaël Ouellet, et Contre toute espérance, de Bernard Émond, sont également de la fête du septième art dans la Ville-reine.

Et cette fête s'ouvrait hier soir en grande pompe (ici, c'est big ou ça n'existe pas) avec, tradition oblige, un film canadian. À savoir Fugitive Pieces, troisième long métrage du Canadien Jeremy Podeswa (Eclipse, The Five Senses), produit par le géant au bras long Robert Lantos (c'est son dixième film à ouvrir le FIFT, après entre autres The Sweet Hereafter, Sunshine et Being Julia).

Lantos, cofondateur d'Alliance, qu'il avait quittée au tournant du millénaire pour se consacrer exclusivement à sa maison de production (Seredipity Point Films), inaugurait la semaine dernière une nouvelle boîte de distribution, Mamimum Films, dont Fugitive Pieces constitue la pièce inaugurale. Double spotlight, donc, pour un film qui, paradoxalement, parle d'ombre, et plus particulièrement des fantômes du passé qui hantent un écrivain (Stephen Dillane), incapable de donner un sens à sa vie après que ceux qui ont compté pour lui eurent disparu: sa famille, tuée sous ses yeux par les nazis en Pologne, puis son père adoptif, archéologue grec qui l'a élevé sur son île avant de l'emmener avec lui au Canada.

La première partie du film, très puissante, est construite à la façon d'un puzzle pour illustrer l'intervention des fragments de mémoire dans l'esprit du héros. Hélas, la seconde partie, plus linéaire, verse dans le pathos et le sentimentalisme à bon marché, sans que la mise en scène précise de Podeswa parvienne à l'en extirper. Résultat: un film qui ne va pas au bout de ses promesses, sinon celle de ne déplaire à personne. Ça, c'est canadien.

À propos de déplaire, Michael Moore sera de passage aujourd'hui à Toronto pour présenter son dernier-né: Captain Mike Across America, la chronique documentaire de la campagne qu'il a menée dans 62 campus d'une vingtaine d'États américains au cours des semaines qui ont précédé l'élection présidentielle de 2004, à l'issue de laquelle George W. Bush a été reporté au pouvoir. «Ce film raconte l'échec d'un cinéaste dans sa tentative de changer le cours des choses», nous prévient le satiriste dès le premier acte de cet opus mineur qui montre des personnalités aussi diverses que Gloria Steinem, Viggo Mortensen, Joan Baez et Roseanne Barr monter sur scène, qui en Arizona, qui en Ohio, pour lui prêter main-forte.

Or c'est à un véritable love fest pour Michael Moore que Michael Moore nous invite. Images de foule qui l'acclament, présentations flatteuses d'amis réchauffant la foule: ce film, à force d'en mettre, perd de sa force. Et cela, même si la rhétorique Moore, avec ses habiles constructions de sens, est toujours aussi efficace. Car le cinéaste connaît sa grammaire. Il mesure parfaitement la force d'impact de ses images, savamment montées pour forcer l'émotion. Impossible de ne pas être ému par ce soldat fondant en larmes devant la foule qui, sur commande de Moore, l'applaudit et le remercie de son sacrifice. Mais jusqu'où la vérité documentaire se rend-elle quand on amplifie le son des applaudissements? Où le mensonge de la fiction commence-t-il quand la caméra semble avoir si subtilement précédé le mouvement de cette «improvisation»?

On aura bien l'occasion de se poser d'autres questions du même ordre au cours des prochains jours alors que le FIFT, plus politisé que jamais, nous fera marcher sur la frontière du réel et de la fiction sur les route du Darfour (Darfur Now, produit et interprété par Don Cheadle), du Rwanda (J'ai serré la main du diable, avec Roy Dupuis en Roméo Dallaire), d l'Irak (The Battle For Heditah, du documentariste anglais Nick Broomfield) et de l'Algérie (Algérie, histoires à ne pas dire).

***

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  • Lapirog - Abonné
    7 septembre 2007 07 h 00
    La Ville-Reine est devenue depuis longtemps la métropole canadienne
    n'en déplaise aux médias montréalais qui n'osent pas lui reconnaitre ce bien mérité qualificatif: Toronto métropole du Canada et non ce ridicule ville-reine!Vive le Festival des films de Toronto et mille bravos à sa dynamique Direction.
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