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Sous les remous de l'Holocauste

Odile Tremblay   4 septembre 2007  Cinéma
Le cinéaste français Claude Miller
Photo : Jacques Grenier
Le cinéaste français Claude Miller
Un secret, film de clôture du 31e FFM, ayant pour thème la déportation des Juifs sous l'Occupation, a remporté hier le Grand Prix des Amériques ex aequo avec Ben X, de Nic Balthazar. Entretien avec le cinéaste Claude Miller, venu accompagner son film au FFM, dont la sortie québécoise est prévue le 5 octobre. On ne connaissait guère les origines judaïques du cinéaste français Claude Miller, pour la simple et bonne raison qu'il n'en avait jamais trop parlé. Pas plus que de la déportation d'une grande partie de sa famille. «Je crois que j'avais peur de plonger dans ce thème-là, dit-il. J'étais trop marqué. Mais Un secret constitue pour moi une sorte d'hommage à mes parents.»

Il est né en 1942. dans une famille ashkénaze. «Les 9/10 de ma famille, oncles, tantes, grands-parents, ne sont jamais revenus des camps. Avec mes parents, on avait fui la ville pour la campagne. C'est ce qui nous a sauvés, comme le héros d'Un secret.»

En tombant sur ce roman autobiographique de Philippe Grimbert, Miller s'est senti en terrain familier: mêmes origines petites-bourgeoises, même judaïsme de laïcité vécu avec une sorte d'irritation autrefois par le père, même refus paternel du port de l'étoile jaune. «Le narrateur d'Un secret n'a pas d'identité parce qu'un secret de famille lui cache la lumière. Comme lui, j'étais un enfant craintif, traumatisé par cette expérience terrible.»

Romancier et cinéaste avaient des atomes crochus, des racines communes. «On est devenus des grands amis.» Grimbert a même hérité d'un petit rôle dans le film, celui du passeur clandestin.

Le cinéaste de La Classe de neige, de Mortelle randonnée et de La Petite Lili a abondamment puisé les scénarios de ses films à des romans et au théâtre. Il trouve que la littérature fait des bonnes histoires.

On lui fait remarquer qu'il existe sans doute deux sortes de cinéastes sortis des remous de l'Holocauste: ceux qui font un film rapidement sur le sujet-choc pour mieux s'en débarrasser, comme Claude Berri avec Le Vieil Homme et l'enfant. Et ceux qui, à la suite d'une longue carrière, parviennent enfin à extirper d'eux-mêmes une oeuvre sur ces temps maudits, à l'instar de Polanski avec Le Pianiste ou de lui-même avec Un Secret.

Avec sa coscénariste Natalie Carter, il a planché sur le roman de Claude Grimbert, découvrant à l'usage, stupéfait: «Mais ce livre ne comporte aucun dialogue!» Tout était à inventer. Ça lui plaisait. «Le roman était réputé inadaptable, mais le cinéma est capable de tout. Mon film est devenu un mille-feuilles, avec cinq ou six époques entrelardées, de la couleur pour le passé, du noir et blanc pour le présent.»

Claude Miller se dit bien conscient que sa distribution, qui comportait Cécile de France, Ludivine Sagnier et Julie Depardieu, n'avait pas trop l'air juive et ne l'était guère non plus. Patrick Bruel est venu apporter une crédibilité à sa galerie de personnages. «Pas seulement parce qu'il est juif, mais par son type de charisme. Pour les plus jeunes, il est avant tout un chanteur populaire, mais les gens de ma génération l'ont d'abord connu en tant qu'acteur.» Très sportif dans le roman, le personnage du père est devenu moins athlétique, histoire de s'adapter au physique de Bruel.

Le cinéaste aimait dans le récit de Grimbert (de son vrai nom Grinberg, sacrifié par son père pour ses résonances trop juives) cette série d'êtres imparfaits avalés par la machine de l'Holocauste, qui ne sont pas un troupeau de victimes, mais aiment, trichent, font des choses répréhensibles. «La mère est une sorte de Médée, qui sacrifie son fils pour se venger et s'immole aussi. Elle verse du poison dans la vie d'un couple. Qui oserait inventer une histoire pareille? Elle est véridique, pourtant.»

Claude Miller n'a que des bons mots pour Cécile de France, qui s'est entraînée à la plongée quatre mois durant pour correspondre à son profil de championne olympique et modeler son corps aux exigences de l'athlétisme aussi. À Ludivine Sagnier, que Miller avait déjà mise en scène dans La Petite Lili, il a demandé de demeurer séduisante mais sans y accorder d'importance, pour permettre à sa rivale (Cécile de France) d'irradier de beauté.

La nature fut une alliée pour le cinéaste. Une grande partie d'Un secret est tournée dans la Creuse, avec ses cours d'eau, sa végétation, ses arbres, sa beauté. «La splendeur de la nature apporte du relief aux histoires d'amour et d'horreur. La nature se fout de tout.»

Un des écueils des films sur l'Holocauste, si nombreux depuis quelques années, c'est le pathos. En mettre trop? Pas assez? Miller affirme avoir eu du mal à faire son montage. Il craignait de verser dans la sophistication abusive, a retranché des scènes trop appuyées, surtout lors du dénouement: une réconciliation entre fantômes et vivants. Autre refus: mettre une musique trop présente, malgré l'avis de ses producteurs, qui désiraient une émotion soulignée à gros traits. «Tout est question de distance. Ajouter du pathos me semblait indécent. On n'a pas le droit avec des sujets pareils. L'histoire parle d'elle-même.»

Son dénouement lui a semblé, après coup, assez proche de celui de La Liste de Schindler, de Spielberg.

Un secret ne sortira en France que le 3 octobre, mais Claude Miller est déjà ailleurs. Il a écrit avec son fils Nathan un film qu'ils coréaliseront à quatre mains: une histoire de rapports mère-fils, tirée d'un fait divers français. «Ensuite, j'ai un projet avec le Québec. Un film qui se déroulera en partie dans un train qui traverse le Canada. Deux femmes, l'abandonnée et sa rivale, rouleront vers leur destin. Le Québec, j'y viens si souvent, et Yves Jacques est un peu ma mascotte. Il a un petit rôle dans Un secret, en a tenu des plus importants dans certains de mes films précédents, reviendra ailleurs. À lui et à vous, je dis donc: à bientôt!»






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mardi 4 septembre 2007 07h53
    Ça mérite bien une suite en Palestine
    « Très bien ce sujet.

    Ce cinéastre devrait, pour continuer cette histoire d'horreur, tourner aussi un film sur le l'accaparement, par les juifs israéliens, des terres de nombreux Palestiniens qui sont confinés dans des camps depuis plus de 50 ans en plus d'en avoir emmurés d'autres avec leur fameuse clôture "qui rappelle l'ex. de Berlin" et de les occuper militairement avec assasinats sélectifs et autrement, en ignorant les nombreuses résolutions de l'ONU, avec l'accord des États-Unis, leur puissant protecteur qui leur fournit les armes modernes qui tuent mieux.

    Faut dire aussi que le Canada de Harper est aussi d'accord avec Israël qui a détruit le Liban au complet, il y a pas si longtemps et et provoqué de nombreux morts chez les civils libanais pour un simple enlèvement de 2 de soldats israéliens.

    Beau sujet de film ça M. Miller mais, je ne crois pas qu'il va oser, vu que ces juifs ont changé leur statut de victimes en celui de bourreaux. »

  • benjamin teitelbaum
    Inscrit
    mardi 4 septembre 2007 11h37
    La seule réaction au commentaire de M. Gilles Bousquet est la défintion en anglais d'un abruti
    « asinine
    - asininely
    - blockheaded
    - brainless
    - brainlessly
    - dully
    - foolish
    - more stupid
    - most stupid
    - purblindly
    - stupid
    - thumb
    - unintelligent
    - unintelligently
    - emotionless
    - insensate
    - insensately
    - insensible
    - insensibly
    - more unfeeling
    - most unfeeling
    - unfeeling
    - unfeelingly »

  • Marcelo Rodriguez
    Inscrit
    mardi 4 septembre 2007 14h33
    Re: Ca merite bine une suite en Palestine ou Veuillez bien verifier vos sources
    « Je suis pas en total dessacord avec Gilles Bousquet, mais je vois pas les similitudes entre la souffrance des juifs en Europe et la souffrance des Palestiniens. Les Palestiniens en devraient faire de son mieux et creer un etat democratique et tolerant a cote d'Israel comme ca a ete resolu par l'ONU dans les annees 50 et categoriquement refuse par eux. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    mercredi 5 septembre 2007 07h02
    @ Benjamin Teitelbaum
    « Les nombreux arguments de M. Teitelbaum vont finir par me convaincre de son point de vue.

    On peut lire dans le Petit Larousse grand format que la définition de BENJAMIN est : Personnage biblique, fils de Jacob, de la tribut des benjaminites, établis dans le sud de la Palestine. »

  • loiselet
    Abonné
    mercredi 5 septembre 2007 08h28
    À M.Benjamin
    « La réflexion de M.Bousquet est mieux réfléchie...On sait bien que les israélistes radicaux ont le monopole de la vérité et beaucoup de sous. Vive l'intelligence des modérés dans cet éternel conflit. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 5 septembre 2007 13h47
    Le silence
    « Pour en revenir au film de monsieur Miller je partage entièrement sa vision de ne pas mettre de musique trop présente dans son film. Il faut avoir visité un se ces camps (Strudof en Alsace) pour comprendre qu'il n'y a que le silence comme attitude devant tant de haine planifiée. Je partage aussi l'avis de monsieur Bousquet que la crise palestinienne devrait être le sujet d'un autre de ses films pour faire suite à son film "Le secret".

    Claude L'Heureux, Québec »

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