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Autopsie d'une épidémie silencieuse

Lisa-Marie Gervais   30 août 2007  Cinéma
La cinéaste Maryse Chartrand. Derrière, la photo de Samuel Beaudry, son défunt mari.
Photo : Jacques Grenier
La cinéaste Maryse Chartrand. Derrière, la photo de Samuel Beaudry, son défunt mari.
De retour d'un long périple autour du monde avec son mari et ses trois enfants, Maryse Chartrand avait reçu le financement nécessaire pour réaliser un long métrage sur son aventure familiale. Deux jours plus tard, on trouvait son mari pendu. Le film heureux sur le voyage de sa vie est devenu Le Voyage d'une vie, un documentaire sur son deuil et cet éternel tabou du suicide chez les hommes.

Elle ne l'avait pas vu venir. Il n'y avait eu ni souffrance ni angoisse pendant le tour du monde qu'elle avait fait avec son mari, Samuel, et ses trois enfants. Il n'y avait pas eu la moindre goutte de désarroi dans le bleu turquoise de la mer qui baignait les îles Tonga ou les côtes de la Nouvelle-Zélande. Pas le moindre soupçon de doute dans le regard paternel de Samuel, qui semblait si fier de voir ses enfants apprendre à faire de la plongée sous-marine ou essayer de parler espagnol avec les enfants des bidonvilles au Honduras. Ou si, peut-être un peu. Des inquiétudes liées à l'argent, à l'emploi qu'il allait falloir trouver au retour, aux petits tracas quotidiens. Mais rien de cette souffrance aiguë que provoque la dépression, qui peint tout en noir et qui a fait en sorte que Samuel Beaudry a mis fin à ses jours le 14 octobre 2005, âgé d'à peine 50 ans.

Maryse Chartrand venait de recevoir de Canal Vie l'approbation finale pour le projet de film sur son aventure familiale autour du monde, qu'elle voulait réaliser avec Samuel. Elle a dû s'atteler à remanier son scénario. «Très rapidement, j'ai compris que j'allais garder la même base, mais en intégrant le suicide. C'était devenu impératif. C'était, pour moi, une façon de survivre. Sinon, je serais morte intérieurement», raconte Maryse Chartrand, qui a longtemps travaillé dans le milieu de la publicité.

Produit par Lucie Tremblay et tourné avec une équipe restreinte de gens dans l'entourage de Maryse Chartrand, ce long métrage propose un parcours tout en douceur, très intimiste, sur son voyage, sa vie de famille et son deuil. «Un projet de coeur», selon sa propre expression, dans lequel chacun a mis du sien. Michel Rivard a même accepté de composer la musique. Des entrevues de spécialistes entrecoupent une trame sensible d'images éclatantes de vérité, tournées par Samuel avec une caméra amateur. On y voit les enfants qui dégustent une noix de coco, Andréanne, l'aînée, qui se dispute avec son frère et sa soeur, la camionnette qui flanche en pleine autoroute en Nouvelle-Zélande quelques heures après l'avoir achetée... Impossible de ne pas s'identifier à cette famille qui, en quelque sorte, nous offre une télé-réalité sur son quotidien en voyage. Mais parmi toutes ces scènes de joie, des images de tristesse et de souffrance doublées des commentaires en voix off de la veuve qui tente de comprendre, par exemple celles de l'enterrement de Samuel, remplies de larmes et de souffrance, qui ouvrent le documentaire. Le ton est donné. «Mais les enfants ont été consultés tout au long du processus. Ils m'ont donné leur accord sur tout», explique cette mère de 45 ans.

Une épidémie silencieuse

Chiffres à l'appui, l'ampleur du phénomène ne ment pas: le suicide est la première cause de décès chez les hommes de 15 à 45 ans. Le nombre de suicides est près de deux fois plus élevé que le nombre de décès dans des accidents de la route. Et, faut-il le rappeler, le Québec est la province qui a le plus haut taux de suicide au Canada, voire parmi tous les pays industrialisés. Les femmes seraient deux fois plus nombreuses que les hommes à faire une dépression, mais ceux-ci se suicideraient quatre fois plus qu'elles, a constaté Maryse Chartrand au cours de sa quête pour comprendre les motivations du suicide de son mari. Très tôt, elle s'est heurtée à cette réalité taboue. Depuis, sa motivation personnelle est devenue une motivation collective. Elle s'est sentie investie d'une mission: briser le silence. «Il faut comprendre que le suicide n'est pas une question de choix», affirme-t-elle.

Elle déplore tous les mythes qui entourent encore le suicide et la dépression. «Il n'y a pas de honte à avoir une maladie mentale. On a l'impression que ça touche à notre identité et que ça affecte notre créativité, mais regardez Dédé Fortin. Une personne dépressive n'en est pas moins intelligente, elle a une valeur humaine», insiste-t-elle.

Samuel Beaudry, son mari, était un dépressif saisonnier. Son boulot dans le milieu publicitaire en faisait la proie d'un stress constant. De retour de voyage, il a eu du mal à s'adapter au quotidien, à «enfiler son costume pour retourner au travail», comme il le dit lui-même dans le film. Afin d'assurer la sécurité financière de sa famille, il avait acheté un édifice à logements. L'élément déclencheur de sa foudroyante dépression? Des calculs qui lui ont démontré que son achat était un gouffre financier et qu'il allait entraîner sa famille dans la faillite. Plutôt que d'affronter cet échec, il s'est procuré une corde pour se pendre dans le garage de l'édifice. C'est un locataire qui l'a découvert.

«Je suis remontée dans les calculs budgétaires, et il avait fait une erreur sans s'en rendre compte. Si au moins il m'en avait parlé, mais il gardait tout ça pour lui», dit Maryse Chartrand.

Biologique ou psychologique?

Tout au long du film, les spécialistes interrogés expliquent en grande partie le suicide par un désordre neurologique, un manque de sérotonine, ce neurotransmetteur qui a des effets antidépresseurs. Selon Janie Houle, chercheuse au Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE), cette thèse n'apporterait qu'une maigre part de réponses à cette question. «La connaissance au chapitre des hypothèses biologiques est très lacunaire. On en sait encore bien peu de choses», note-t-elle. Pour sa thèse de doctorat, Mme Houle a étudié des hommes ayant fait des tentatives de suicide et a tenté d'établir un lien entre ce geste tragique et le rôle masculin traditionnel. Ses résultats, publiés dans la revue américaine Journal of Affective Disorders, ont démontré que l'adhésion au modèle traditionnel agit de façon négative sur les facteurs de protection et de risque. «Par exemple, les hommes qui adhèrent à ce rôle vont moins demander d'aide et ainsi recevoir moins de soutien. [...] Par conséquent, les hommes vont vivre davantage de détresse psychologique et seront plus favorables au suicide. Ce sont des facteurs de risque», soutient cette psychologue et professeure affiliée à l'UQAM.

Mme Houle a également pu étudier le rôle joué par le fait d'être père dans le suicide. «Souvent, les gens disent qu'ils ne se sont pas suicidés à cause de leurs enfants. Alors, après un divorce, le père qui n'a pas la garde perd le contact et a du mal à se sentir important auprès de son enfant. J'ai justement remarqué que les hommes qui avaient tenté de se suicider étaient des pères qui avaient de la difficulté à avoir une relation proche avec leur enfant», a-t-elle indiqué, précisant que son étude ne porte que sur un petit échantillon d'hommes. «Je ne pense pas que ça s'applique dans le cas de [Samuel], mais je suis persuadée que c'est un facteur extrêmement important.»

Sans apporter de réponse, le long métrage de Maryse Chartrand a néanmoins le mérite de poser les bonnes questions. Et, à voir ces images de tour du monde à couper le souffle agrémentées d'une réflexion à voix haute sur le suicide, il semble bien que la réalisatrice en herbe ait réussi son pari: faire un long métrage qui joigne «l'utile à l'agréable». «C'est un film pour les hommes. C'est la main que je n'ai pas pu tendre à Samuel parce que lui-même ne me l'avait pas tendue. Je la tends maintenant à tous les hommes», conclut-elle.

- Le Voyage d'une vie prendra l'affiche au Cinéma du Parc le 14 septembre et sera présenté en avant-première le 10 septembre, à l'occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide.






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Vos réactions

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  • Michel M
    Inscrit
    mercredi 29 août 2007 22h56
    La cause du suicide
    « Il faudrait regarder si Samuel avait pris du Lariam (Mefloquine). Ce medicament contre la malaria a des effets secondaires psychologiques qui peuvent mener au suicide.
    J'ai fait un beau voyage au tour du monde moi aussi, et je me suis retrouvé déprimé sans aucune raison apparente, jusqu'a ce que je découvre que ce médicament pouvait causer cela. Alors, imaginez les soldats en zone de guerre qui prennent ca.

    http://www.lariaminfo.org/ »

  • Claude Stordeur
    Abonné
    mercredi 29 août 2007 23h28
    Un suicide collectif
    « C'est dans la force de l'âge, en plein projet dur à soulever et à supporter que ces hommes passent à l'action, comme leur père ils n'en parlent pas de leurs souffrances... "Un homme ne pleure pas, ne parle pas... il se suicide..."
    Et voila toute une génération d'homme qui se pend plutôt que de remettre en question leurs questionnements.
    Avant les hommes mourraient au travail, à la guerre, dans les famines, maintenant ils meurent du travail, de la non possibilité de se distraire autrement qu'en travaillant. Qui vous dit que ce travail il l'aime, que ce travaille l'aime?
    Et puis les exigences des proches guidées par l'ambition de faire mieux que son père ou son voisin, ça tue certain tout envie de rester en vie.
    Pensez-vous qu'on vas faire une commission pour savoir si et pourquoi? Comme celle sur la phobie des pédophiles?
    Il est plein d'amour un homme mais y sait pas comment le dire, sa maman lui a pas apprit...et c'est pas l'exemple de son père qui vas compenser. »

  • Barbara St-Louis
    Abonnée
    jeudi 30 août 2007 01h39
    Quelle force pour surmonter tant de détresse
    « Un tour du monde qui se termine par un suicide,celui de l'être aimé, le père,le mari, l'amoureux.Cela est presque révoltant, car le sentiment d'impuissance qu'une telle tragédie doit provoquer est, je présume, indescriptible...Il n'y pas de mots justes, de mots précis pour explique une horreur pareille.Et voilà qu'une dame , pour ne pas sombrer dans le désespoir,, fait un film qui mettra en parallèle le voyage et la fin du voyage,la vie et la mort pour essayer d'expliquer , pour tenter de comprendre, pour que cela ne se reproduise plus, pour rejoindre ceux qui vivent ce désespoir et qui n'en parlent pas...Je dis bravo devant tant de courage, tant de force et de bonté!J'ai beaucoup d'admiration pour madame Chartrand et je serai au cinéma du Parc, pour elle, pour son oeuvre et pour apprendre à vivre comme elle a su le faire.Bravo!!! barbara@tlb.sympatico.ca »

  • Benoît Gagnon
    Abonné
    jeudi 30 août 2007 02h50
    Le suicide est aussi un acte libre. par Benoît Gagnon
    « Camus disait "y-a-t`il une valeur qui faut la peine que la vie soit vécue? La réponse est individuelle. Le suicide pose la question aux proches de celui-ci sur la valeur qui font vivre et sur la société. Le jugement que porte l`être humain suicidaure est de deux ordres,1)Ma souffrance est inacceptable,2)la vie est un non sens. Notre opinion sur le suicide est donc une affaire de conviction personnelle. Il est parfois difficile d`accepter la liberté de l`autre. »

  • Sébastien Gagnon
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 04h16
    Quel courage!
    « Une belle leçon de courage de l'avoir réalisé ce film! Bravo Mme Chartrand! J'aimerais que quelqu'un que je ne nommerai pas voit ce film.

    Par ailleurs, je crois qu'il faudra après avoir tout digérer ça, penser s'attaquer aux causes, aux fondements même du problème. Malheureusement, je suis certains qu'ils sont nombreux. Un à la fois...

    Vous avez fait un bon pas. Il s'agit de garder le rythme sans se retourner.

    bravo

    sbg
    montréal »

  • therese versailles
    Inscrite
    jeudi 30 août 2007 06h00
    Pourquoi le Québec est bon premier partout
    « Pourquoi le Québec est-il bon premier partout: Le plus haut taux de suicides, le plus haut taux de décrochages, le plus haut taux de divorces, le plus haut taux d'homosexualité....
    Y a-til quelqu'un quelque part qui trouve que trop c'est trop?
    Y aurait-il des facteurs communs à ce phénomène du "bon premier" partout?
    Pourrions nommer ce phénomène: un "génocide" d'une population à son insu et sans coup férir?
    Et est-ce un génocide "implosif et suicidaire" ou par des facteurs déclencheurs exrérieurs dont nous n'avons pas encore pris conscience?
    Oui brisons le silence. Il en est plus que temps... »

  • yannic jetté
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 08h45
    mes sympathies
    « Sujet d'actualité s'ilen est...se rendre compte qu'on vit dans un monde pourri avec des valeurs tellement loin de l'amour et la justice...On a un ami en guadeloupe qui a fait le meme saut il ya peu..ce que je me rapelle de lui c'est qu'il détestait son métier de pharmacien...le capitalisme n'as pas de futur, il faut arreter de vivre dans ce merdier sans en questionner les fondements..one world, one love, let's get together before it dies yanik »

  • Chantal Mercier
    Inscrite
    jeudi 30 août 2007 11h19
    Autopsie d'une épidemie silencieuse
    « J'aimerais beaucoup regarder " Voyage d'une vie" , est-ce que cela serait possible ailleurs au Québec? ou par DVD? »

  • René Brisebois
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 11h47
    Le courage d'être différent
    « Il a fallu une femme pour dire tout haut ce que bien des hommes pensent tout bas. Le suicide chez les hommes au Québec est une calamité liée à notre situation minoritaire dans la jungle capitaliste nord-américaine anglo-saxonne. Les hommes passent à l'acte, les femmes, aux nerfs plus solides, survivent à leur dépression, même si maganées. Mais ce qui tue surtout les Québécois, c'est le conformisme, voire ce besoin forcené d'être comme les autres, c'est-à-dire nos voisins canadiens-anglais ou américains, en faisant tout pour leur être identiques par peur de paraître inférieurs. Et comme l'économie, c'est leur économie, et notre belle langue française, une langue de seconde zone nous mettant souvent dans une situation moins reluisante que celle du premier immigrant fraîchement débarqué, bien plus chez lui dans ce beau Canada utopique des Trudeau et Harper, la lutte est la plupart du temps inégal, sinon perdu d'avance. Mais le comble de la connerie dans cette épidémie silencieuse qui prend les dimensions d'un génocide en douce - au Canada, on le sait, seuls les Autochtones se suicident d'avantage que les French Canadians -, c'est la loi du silence entourant le sujet même du suicide chez les Québécois de sexe masculin. Autre conformisme niaiseux, donc, puisqu'on nous a dit qu'il ne fallait pas en parler au risque d'aggraver le problème et alors que ceux qui nous on offert leur conseil ne vivent pas du tout une situation de la même ampleur que la nôtre. Pour finir, je tiens donc à remercier Maryse Chartrand d'avoir levé le tabou et de nous avoir secoué les puces. Ayant perdu moi-même un proche, un grand-frère et Québécois précieux et dynamique qui travaillait curieusement dans un domaine similaire à celui du mari de Maryse, avec tous les aléas que cela comprend, je souhaite que ce film ouvre enfin une porte pour que la collectivité dans son ensemble prenne la parole et parle ouvertement d'un sujet qui n'a rien de honteux, mais qui est inhérent à cette destinée que nous partageons avec les Amérindiens et les Inuits nos frères, soit de n'être pas du tout pareils à nos voisins se croyant bien au-dessus du reste du monde. »

  • Ulysse G
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 12h15
    Imaginer une société plus confortable pour l'homme
    « Après la révolution féministe, la révolution masculiniste tarde à démarrer mais pourrait être nécessaire.

    On accuse l'attitude des hommes face à la vie, face à leur rôle dans la société, mais je me demande dans quelle mesure sont-ils aussi victimes d'un contexte qui les contraint. L'inconfort, qui a rendu nécessaire la révolution féministe, n'était pas causé par l'attitude des femmes elles mêmes, mais par l'attitude des hommes par rapport au femmes et à ce que la société attendait des femmes. Pourquoi ne serait-ce pas le cas pour l'homme actuellement. Si le taux de suicide au Québec est plus élevé qu'ailleurs dans le monde, est-ce parce que l'homme Québécois est différent des autres hommes de cette planète, où parce que le Québec est une société différente des autres? Je suppose qu'il y a plus de variables potentiellement influente dans l'ensemble de notre société qu'à l'intérieur des hommes eux même.

    Les symptômes d'un inconfort sont évidents, mais les hommes eux-mêmes ne peuvent définir la problématique de leur condition actuelle. Il faut explorer tous ensemble et tâcher d'écarter les tabous (dont je n'ose parler ici car ils sont tabous - ça le dit n'est-ce pas?). Je me permets de rêver d'une exploration de solutions sans limites. Faut-il retourner notre société à l'envers? Refonder la société québécoise sur un modèle matriarcal? Polygame? Qui sait? En tout cas si le problème persiste et qu'on n'arrive pas à le saisir, il faut changer d'attitude. »

  • Gilles Joly
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 13h06
    Commentaires à M. Benoît Gagnon
    « M. Gagnon, j'ai trouvé votre point de vue original. Je vous cite : « Notre opinion sur le suicide est donc une affaire de conviction personnelle. Il est parfois difficile d`accepter la liberté de l`autre. »

    Le suicide étant pour vous affaire de conviction personnelle, j'en déduis que cette conviction découlerait d'un choix libre; en conséquence, par respect pour la liberté individuelle, vous croyez que nous devrions reconnaître et accepter la liberté de l'autre d'en finir. Bien qu'élégant sur le plan intellectuel, laissez-moi vous expliquer pourquoi j'aurais beaucoup de difficulté à accepter ce raisonnement.

    Personne, à part les tortionnaires, ne reconnaît les aveux d'un prisonnier obtenus par la torture. Chacun sait que l'accusé ne parlait pas librement. La personne suicidaire se retrouve dans une situation un peu semblable. Exagéré? Si peu. La seule différence, est que la torture physique peut être vue, entendue, documentée, alors que la torture intérieure est presque invisible.

    J'ai vécu deux phases suicidaires en 2001 et 2004. Lors de ce dernier épisode, un diagnostic de maladie bipolaire fut enfin établi. Si quelqu'un pense, parce que je suis toujours vivant, que je n'étais pas sérieux, la personne est mal informée et se trompe.

    Ce que je peux dire simplement M. Gagnon, c'est qu'il est impossible de penser librement, quand on est submergé par la peur, la honte et le désespoir. En dépression et sous l'emprise de pensées et de sentiments tous très négatifs, on devient une marionnette qui laissée à elle-même ne peut que souhaiter sa propre fin pour stopper la souffrance.

    Les spécialistes affirmeraient peut-être qu'il n'est pas prouvé que tout suicide procède d'une dépression. Même si la preuve scientifique n'en est pas faite, j'imagine difficilement, hormis une minorité de cas, un suicide qui ne soit pas relié à un déséquilibre mental.

    Pour ces raisons, M. Gagnon, j'affirme que le dessein ou l'acte de se suicider n'est pas une conviction choisie en connaissance de cause et ne procède pas d'une liberté individuelle qui devrait être respectée.

    Je pense aujourd'hui, à la lumière de mon expérience personnelle limitée, que l'information à la population est la piste la plus prometteuse pour diminuer les dégâts:

    o répondre avec succès aux craintes des gens, qui se ferment aux questions de prévention du suicide, parce qu'y sont associées mort et maladie mentale;
    o continuer à faire savoir que lorsque bien informé, on peut identifier à temps une personne suicidaire dans un grand nombre de cas;
    o dans la plupart des cas, les paroles à dire et les actes à poser face à une personne suicidaire, sont relativement simples;
    o une majorité de personnes suicidaires accepteront l'intervention d'un proche, qui aura abordé le sujet franchement;
    o qu'une fois sous traitement (médicaments), les probabilités de rétablissement sont grandes.

    Je suis bien content aujourd'hui, M. Gagnon, que des personnes de mon entourage, malgré leur malaise et leur inexpérience, soient intervenues lorsque j'ai effectué un petit voyage en enfer, et qu'elles n'aient pas considéré mon suicide potentiel comme une liberté fondamentale à respecter. »

  • Luc Boivin
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 14h05
    Moi je trouve ca cruel...!
    « Moi je trouve que c'est un acte de lâcheté...beau moyen pour fuir ses responsabilités et c'est très cruel pour les membres de la famille. On a tous des épreuves à traversé dans la vie, on a tous une croix à porter. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    jeudi 30 août 2007 15h04
    Rompre le silence!
    « Bonjour Mme Gervais,

    Ce ne sont pas tous les dépressifs qui vont penser au suicide. Toutefois, il faut avoir vécu la dépression pour comprendre qu'après ce n'est plus comme avant. Le regard des autres n'est plus le même. Ces autres nous regardent comme si nous étions maintenant des êtres fragiles. Notre regard sur nous-mêmes change lui aussi. Alors, forcément, quand on tente de retourner sur le marché du travail, on se sent différent. Cette différence, on la voit non seulement dans le miroir tous les matins, mais on la projette aussi sur les autres quand on arrive en entrevue d'emploi.

    Pourquoi ce trou dans votre CV? Le coeur vous serre. Pourquoi cette maladie? La gêne vous envahit. Surtout ceux qui ont été victimes de harcèlement de la part de leur patron, ils ne peuvent pas le dire, parce que cela va semer le doute sur eux, pas sur leur ancien patron. C'est encore plus difficile si vous avez négocié votre départ. À cause des clauses de confidentialité, vous ne pouvez pas dire pourquoi vous êtes parti sans rompre cette confidentialité et mettre le règlement en péril. Et quand on vous demande des références, qu'est-ce que vous faites? Vous devez donner comme référence le nom de votre patron, parce que si vous ne le donnez pas personne ne va comprendre.

    Que vous soyez franc et honnête ou que vous cachiez la vérité que vous ne pouvez pas dire, le résultat est le même, les spécialistes ont vu ce trou. S'ils ne l'ont pas vu, les tests le leur ont indiqué. Résultat : vous n'avez pas l'emploi.

    Votre histoire, cachée ou révélée, fait alors le tour de la province, surtout si vous travaillez dans un milieu très spécialisé. Vous devenez alors un pestiféré. On vous reçoit en entrevue par principe, juste parce que vous avez les compétences et que vous pouvez constituer un bon étalon pour les autres candidats. Vous faites ça pendant un an, deux ans, trois ans. Et à chaque fois, vous devez vivre une nouvelle petite dépression situationnelle parce que vous devez expliquer à votre femme, à vos enfants que vous n'avez pas eu l'emploi. Vous devez expliquer à vos proches que vous n'avez toujours pas d'emploi. Quand vous rencontrez vos amis, ils abordent presque toujours ce sujet. Vous devez leur expliquer que même si vous êtes bon - vous le savez vous que vous êtes bon - personne ne veut de vous. Alors, forcément, ils ont un doute sur vous. Ils vous donnent des conseils. « As-tu vu un psychologue? As-tu vu un chasseur de têtes? Ça doit être ton image, ta présentation! Toute vérité n'est pas bonne à dire! » Vous recevez une pluie de conseils.

    Comme vous êtes écoeuré, vous cessez toute recherche d'emploi. Vous vous mettez à tondre des pelouses et à tailler des haies comme les héros de Jean-Paul Dubois et de Jim Harrison que vous connaissez parce que vous allez souvent à la bibliothèque. Vous vous occupez de la maison, de votre famille, vous faites le taxi pour les enfants, vous vous faites une nouvelle vie sans emploi. Vous écrivez un roman, des textes, des articles. Ceux qui vous lisent vous félicitent. Vous êtes heureux.

    Vous faites aussi du bénévolat. On utilise gratuitement votre expertise que vous avez développée tout au long de votre carrière. Vous devenez une référence sur votre conseil d'administration. Vous êtes membres de tous les comités. Vous devenez même président du comité de sélection du directeur général de l'établissement à cause de votre grande expertise dans le domaine! On vous emmène dans les congrès où vous faites fureur parce que vous êtes le seul à réussir à mettre Joseph Facal en boîte. Il faut le faire! On vous applaudit à tout rompre. Mais vous n'avez toujours pas d'emploi.

    Arrive le jour où un emploi est affiché dans votre journal préféré dans lequel vous écrivez souvent. Une job qui correspond exactement à vos compétences. Une job dans un organisme public voué à la défense des droits des personnes vulnérables. Vous vous dites qu'eux vont comprendre le trou dans votre carrière. Vous leur expliquez dans votre lettre d'offre de service. Vous leur dites tout ce que vous avez fait pendant ce trou, croyant qu'ils vont y attacher de l'importance. Toutes ces heures, ces jours, ces années que vous avez consacrés bénévolement à des personnes handicapées, ils vont bien les voir!

    Les jours passent et le téléphone ne sonne pas. Alors, vous vous dites que c'est parce qu'ils ne vous ont pas lu sur le sujet des droits de la personne qu'ils ne vous ont pas appelez. Vous leur faites alors parvenir vos textes, y compris le dernier pour lequel vos amis juges et avocats vous ont félicité. Rien à faire.

    Vous savez alors que vous ne pourrez jamais changer le regard que les autres posent sur vous. Mais vous voulez vivre et la seule façon de continuer à vivre c'est de changer votre rapport à l'autre, cet autre pour qui vous n'existez plus. Alors vous écrivez, parce qu'écrire devient un geste de vie, la preuve que vous êtes toujours vivant!

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Alain Lesage
    Inscrit
    jeudi 30 août 2007 22h32
    Des services inadéquats pour les hommes qu'on ne comprends pas assez.
    « Pour avoir milité pendant plus de 10 ans pour la condition paternelle des pères séparés de leurs enfants par une justice inique, je me réjouis, malgré le grand malheur de cette dame et de ses enfants, auquel je compatis de tout coeur, de voir un tel travail de conscientisation être réalisé enfin sur ce problème malheureux !

    Jusqu'à maintenant aucune commission d'enquête ne s'est penchée sur le problème. Le gouvernement dépense moins d'un million en prévention et en information sur le suicide. Alors, que plusieurs millions le sont pour la sécurité et l'acool au volant. Et pourtant le suicide, demeure la principale cause de décès des hommes dans la force de l'âge.

    Un réel problème dont on ne s'occupe pas assez.....

    Le Rapport Rondeau "tabletté", fait état du manque criant de ressources auprès des hommes.
    Et le sociologue Germain Dulac, dans son livre "Aidez les hommes... aussi" fait lui le constat de l'inadéquacité des interventions des intervenants sociaux-sanitaires auprès des hommes.

    'Looser' dans les téléromans, ridiculisés dans les commerciaux, l'homme québécois reste-il encore une valeur négligable auprès de ses enfants, un laissé pour compte auprès des services sociaux ?

    Alain Lesage »

  • LATOUR Laurent
    Inscrit
    vendredi 31 août 2007 04h34
    Aprèes un tunnel, le paysage est toujours différent...
    « Bonjour à tous,

    Depuis quelques mois, j'ai mis une alerte Google sur le thème du suicide, pour être plus efficace dans sa prévention en ma qualité de médiateur, suite à la vague de suicides enregistrés dans certaines entreprises françaises.
    J'ai été frappé de voir la richesse des écrits sur ce thème sur de site canadiens ou suisses, et le silence des français sur ce thème, qui pourtant ne les épargne pas .
    J'ai trouvé ce matin un article dans « le temps de Genève » : »Les Suisses mieux dans leur tête »surhttp://www.letemps.ch/template/societe.asp?page=8&contenuPage=&article=213871&quickbar=, puis j'ai lu votre article et les différentes réactions.
    Je partage plus particulièrement celle de Louis Lapointe, car j'ai moi aussi vécu une situation de burnout suite à un conflit professionnel qui m'opposait à une compagnie pétrolière, en ma qualité de directeur d'une technopole.
    J'ai finalement quitté cet emploi l'année dernière, avec le projet de devenir maire de ma commune de 85000 habitant, Pau, dans le sud ouest de la France.
    Loin de dramatiser à posteriori cette expérience, j'ai souhaité en retiré la « substantifique moelle ».
    Cette épreuve m'a permis de renforcer mes qualités, de faire un bilan sur ma vie et de mieux me connaître, avec mes forces, mais aussi mes faiblesses.
    Mais je ne m'estime pas « propriétaire » de cette nouvelle situation, car j'ai eu la chance d'être accompagné, par ma famille essentiellement, même si je lis toujours le doute dans le regard de certains de mes proches.
    Mais s'il faut savoir compter sur ses certitudes, le doute est aussi une richesse, car il vous permet l'ouverture aux autres, et il est facteur de nouvelles compétence.
    Lorsque l'on rentre dans un tunnel, il ne faut pas s'attendre à retrouver à la sortie le paysage que l'on a quitté.
    Tourner une page, c'est en découvrir une autre.
    Et si l'élève est prêt, le Maître arrive...
    A ceux qui cherchent encore un sens à leur vie et qui sont parfois tentés de le trouver dans le refuge de la mort, je confirme que l'épreuve fortifie...
    C'est pourquoi le bonheur convenu de vacances autour du monde, qui ne constitue pas une épreuve, n'est peut être pas le meilleur remède à une situation délicate, professionnelle ou financière.
    Mais l'on n'est pas toujours acteur de sa propre vie...Je ne jette donc la pierre à personne.
    Et puis « celui qui sait, c'est celui que tait ».
    Voilà pourquoi les tabous ont la vie si dure.
    Tout comme le climat de votre belle province que j'ai découvert en 1990, lorsqu'une de mes soeur et son mari habitaient à Montréal.
    Cordialement
    Laurent LATOUR
    Pau France
    sosmediation@neuf.fr »

  • Denis Blanchette
    Abonné
    vendredi 31 août 2007 10h18
    Que d'inepties
    « J'ai lu un peu tout le monde et je n'en reviens pas ! La publicitaire a trouvé un nouvel angle pour son film; ce sera sa thérapie.

    Pour certains, il faudrait parler, communiquer, demander de l'aide. Pourtant, ces mêmes gens qui proposent ces solutions seront les premières à se boucher les oreilles et à ne vouloir rien entendre le moment venu.

    Ici, a-t-on oublié qu'un homme a mis fin à sa vie par désespoir ? Un suicide, ça ne se fait pas en 3 jours; c'est un état qui se construit peu à peu jusqu'à ce qu'un événement-déclencheur survienne.

    De toute façon, qui s'en préoccupe au Québec ? Après tout ce n'est qu'un homme ! »

  • David Morneau
    Abonné
    mercredi 5 septembre 2007 23h19
    Très touché
    « J'ai entendu aujourd'hui à la radio la sortie de votre documentaire, et, tout à coup, je me suis demandé s'il ne s'agissait pas du récit de voyage que l'on pouvait lire dans le défunt (et regreté) Guide ressources. Et oui, c'est la même Maryse Chartrand. Un choc! J'ai eu comme l'impression d'avoir eu une certaine intimité en lisant le compte rendu mensuel de ce voyage, ce qui sans doute m'a tellement touché en apprenant la fin tragique de Samuel. Je suis impatient d'aller voir le documentaire. Merci pour tous ceux et celles qui n'ont pas toujours les mots à mettre sur leur détresse et qui semble insurmontable, je crois que votre parole rend justice au drame trop souvent silencieux que sont la dépression et sa conséquence parfois fatale.

    David M. »

  • Folliculaire nouvelles non censurées
    Inscrit
    jeudi 6 septembre 2007 10h48
    comment se suicider?
    « Je prépare un communiqué de presse au sujet du comment se suicider. J'ai écrit un texte afin de sensibiliser la population à ce fléau: http://newsnoncensures.blogspot.com/2007/08/comment-se-suicider.html »

  • Isabelle Ste-Marie
    Inscrite
    dimanche 10 février 2008 16h00
    En pleurs...
    « Je ne sais pas où aller ni ou où écrire.
    Ce que je sais c'est que mon mesage n'est pas une urgence et n'est pas un: Au secours.
    Je ne suis ni de près ni de loin (enfin je l'espère) lié au suicide.
    Mais parce qu'il y a un mais, je viens de terminer d'écouter le documentaire de madame Maryse Chartrand sur le suicide de son mari.
    J'ai pleuré, j'ai été énormément toucher et je veux leur écrire mais je ne sais pas où je peux le faire.
    Ces gens m'ont appris, m'ont touché.
    Je veux leur faire un calin vistuel.
    -xxx- Isabelle -xxx- »

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