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Entretien avec Alain Chabat, en vedette dans Prête-moi ta main - Alain Chabat, mission séduction

André Lavoie   28 août 2007  Cinéma
Alain Chabat affiche une assurance tranquille et une élégance qui tranchent avec l’image de bouffon qu’il cultive depuis 20 ans.
Photo : Pascal Ratthé
Alain Chabat affiche une assurance tranquille et une élégance qui tranchent avec l’image de bouffon qu’il cultive depuis 20 ans.
Alors que nous discutions du métier d'acteur, Alain Chabat a lancé, comme une évidence: «Sur un plateau de tournage, je suis très docile.» Je n'ai eu aucun mal à le croire tant son ton de voix posé, son assurance tranquille et son élégance tranchent avec l'image de bouffon qu'il cultive depuis 20 ans, d'abord à la télévision avec Les Nuls et après, au cinéma (Gazon maudit, Didier, Chouchou).

De passage au FFM pour la promotion de son nouveau film, Prête-moi ta main, Alain Chabat vient le défendre à titre de scénariste, de producteur et d'acteur, ayant confié la réalisation à Éric Lartigau «qui n'était pas vraiment fou à l'idée de tourner une comédie romantique», précise-t-il. Le résultat, selon Chabat, a donné un heureux mélange de leurs idées, Lartigau s'inspirant du genre mais de manière «moins calibrée, plus tordue».

Il n'hésite pas non plus à qualifier son personnage de «pathétique», un homme qui, à 43 ans, laisse sa mère (fabuleuse Bernadette Lafont) et ses cinq soeurs mener sa vie... et faire son repassage. Mais pour Luis, qui exerce le métier de «nez» pour une parfumerie, c'est la fin de la récréation: il doit trouver une fiancée, un cauchemar pour ce don Juan. Plutôt que d'avoir la corde au cou, il décide de louer les services d'Emma (Charlotte Gainsbourg), la soeur d'un collègue, pour jouer l'amoureuse... et décamper la veille du mariage. Évidemment, les choses ne se passent pas comme prévu.

Dans cette fantaisie conjugale, on retrouve les pitreries qui ont fait le succès d'Alain Chabat, comme celles décrivant la jeunesse de Luis («Ça me semblait ridicule de jouer un mec de 20 ans, mais c'est une idée d'Éric, il trouvait ça marrant!»). Le scénariste a su aussi contourner certains clichés, nous faisant découvrir la profession de... nez. «Au début, le personnage avait un métier inintéressant et on voulait une pression professionnelle forte. Il aurait pu être dans le cinéma ou la pub, mais ce sont des boulots souvent vus au cinéma. Dans ce milieu, il y a des enjeux financiers énormes. Il s'agit d'un métier très artistique, très féminin, alors que Luis est très macho. C'est un peu idiot, mais le fait qu'il ne puisse pas sentir le personnage de Charlotte, je trouvais ça amusant.»

Étonnantes partenaires

Charlotte Gainsbourg est d'ailleurs étonnante dans le rôle de cette jeune femme frondeuse, négociatrice redoutable lorsqu'il s'agit de ses cachets, et finalement plutôt fleur bleue. Alain Chabat était d'accord pour retrouver une actrice qu'il n'avait que croisée (dans Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants et La Science des rêves), le premier choix d'Éric Lartigau, tout comme celui de Bernadette Lafont, évident. «On voulait une femme de tête, raconte Chabat au sujet de Lafont. Quand on voit ce personnage, on se dit qu'elle a dû aller à Woodstock, fumer des pétards et gravir l'Himalaya.» D'autres images nous viennent en tête devant cette figure incontournable du cinéma français. Un peu diva, la dame? «Elle est très disciplinée, curieuse de tout, insiste Chabat. Plus tard, elle raconte des trucs comme [là il se permet une petite imitation amusante]: "Tu sais, j'ai très envie d'aller au Vietnam à vélo." Je parie qu'elle va le faire!»

Même s'il n'a pas à rougir du succès de Prête-moi ta main (3,7 millions de spectateurs en France), rien ne bat celui d'Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre en 2001 avec plus de 14 millions d'entrées, Chabat portant tous les chapeaux, celui de cinéaste... et de Jules César. Un nouvel épisode signé par lui est possible, mais Claude Berri, le producteur, tient à des visions différentes de chaque aventure des valeureux Gaulois. Sans compter les déclarations très négatives d'Albert Uderzo un an après la sortie du film «alors qu'Anne, la fille de Goscinny, et Uderzo lui-même avaient validé toutes les étapes, du scénario au montage final»; il espère un jour avoir le fin mot de l'histoire. Pour le moment, Chabat rêve plutôt de conquérir Hollywood, ou d'y mener à terme divers projets, «sans se perdre dans cette machine», dont un remake d'Un petit jeu sans conséquences, une délicieuse comédie que revisiterait nulle autre qu'Ang Lee. La mission séduction est loin d'être terminée.

***

Collaborateur du Devoir

***

- Prête-moi ta main sera présenté au FFM le 29 août à 15h40 - QL 10 et en salles à Montréal et à Québec le 31 août.
 
 
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