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Entretien avec Sophie Marceau, réalisatrice de La Disparue de Deauville - Par-delà les préjugés

André Lavoie   25 août 2007  Cinéma
Malgré sa propension à jouer avec ses cheveux comme si elle s’ennuyait, Sophie Marceau répond aux questions avec sérieux, et une franchise désarmante.
Photo : Jacques Grenier
Malgré sa propension à jouer avec ses cheveux comme si elle s’ennuyait, Sophie Marceau répond aux questions avec sérieux, et une franchise désarmante.
Au lendemain de son hommage rendu lors de l'ouverture du Festival des films du monde (FFM), Sophie Marceau paraissait encore émue, y voyant le signe d'une belle continuité, étant déjà lauréate d'un prix pour son premier long métrage en tant que cinéaste: Parlez-moi d'amour (2002).

Même si elle n'en a pas glissé mot lors de notre entretien dans une suite feutrée de son hôtel, cette distinction devait être un baume après la sortie française de son deuxième film, La Disparue de Deauville, avec Christophe Lambert, Robert Hossein et elle-même dans un double rôle. L'accueil ne fut guère enthousiaste, ce qui ne semble pas miner son moral, heureuse qu'elle est de venir le défendre ici.

Il faut dire qu'avant d'être tout cela, Sophie Marceau est d'abord une icône que la France aime adorer et détester, et ce, depuis ses débuts dans La Boum (1980), de Claude Pinoteau, à l'âge de 14 ans. Le titre avait un aspect prémonitoire pour celle qui a grandi devant les caméras et sous le regard de ses compatriotes. Qu'il soit question de sa liaison orageuse avec le cinéaste polonais Andrzej Zulawski (L'Amour braque, La Note bleue), de ses prises de bec notoires (avec la réalisatrice Véra Belmont pour Marquise) ou de l'inspiration qu'elle éveille malgré elle chez certains chanteurs (dans Au ras des pâquerettes, Alain Souchon évoque ses seins... ), Sophie Marceau suscite rarement l'indifférence.

Pourtant, malgré sa propension à jouer avec ses cheveux comme si elle s'ennuyait, Marceau (de son vrai nom Maupu, et l'idée ne venait pas d'elle) répond aux questions avec sérieux, et une franchise désarmante. La Disparue de Deauville a des allures de polar («un genre dynamique où on peut mettre plein de choses»), alors qu'un enquêteur (Lambert) pleurant la mort de son épouse poursuit une femme qui ressemble à une actrice morte depuis plus de 30 ans, fantasme d'un propriétaire d'hôtel (Robert Hossein) subitement disparu. Je n'ai pu m'empêcher d'y voir un curieux pastiche de Rebecca, d'Alfred Hitchcock, et d'Obsession, de Brian de Palma. «Je n'ai pas vu ces films, dit-elle sans gêne. Mais ça pourrait être pire comme références!» Et elle enchaîne: «Il ne faut pas se demander pourquoi on fait les choses, mais les faire.»

Venant d'elle, cela semble très simple. Même les origines de cette histoire où se mêlent secrets de famille, folie et amour du cinéma lui échappent. «Il y avait d'un côté cette idée de l'hôtel, un lieu de mystères, de fantômes, et la mort tragique de l'actrice Jane Mansfield dans un accident de voiture. J'aime réunir des éléments qui n'ont rien à faire ensemble mais dont je suis sûre qu'ils ont une corrélation.» C'est ce pari qu'elle tente dans ce film labyrinthique où le passé empoisonne le présent de quelques écorchés vifs. Même ses clins d'oeil au film noir, alors que Marceau se transforme sans mal en femme fatale, sont d'abord là pour servir le récit, et non par fétichisme: «Je ne suis ni nostalgique, ni passéiste... et ni cinéphile d'ailleurs.»

Elle n'hésite toutefois pas à citer Jean Cocteau, affirmant qu'«il faut copier les maîtres», elle qui en a connu quelques-uns, comme Maurice Pialat (Police) et Michelangelo Antonioni (Par-delà les nuages). Au sujet du grand cinéaste italien décédé le 30 juillet dernier, Sophie Marceau sait doser son oraison funèbre. «Même s'il était limité à l'époque sur le plan physique, il m'a émue lors du tournage: quel metteur en scène! Et on le sait à la seconde où on le voit travailler, même s'il n'avait pas tourné depuis 15 ans.» Du même souffle, elle reconnaît que le film n'était pas comparable au Désert rouge ou à L'Avventura, retenant surtout le plaisir de côtoyer un metteur en scène qui pensait et filmait «plus vite et plus loin». Sans doute une autre leçon à retenir d'un grand maître pour Sophie Marceau.

***

Collaborateur du Devoir

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- La Disparue de Deauville, aujourd'hui à 19h à l'Impérial et demain à 15h10 au Quartier latin, salle 10.
 
 
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