Les recettes d'une jeune veuve
Café Transit, du scénariste et cinéaste Kambozia Partovi, illustre le courage obstiné d’une veuve. Photo: K-films
D'un point de vue féministe, il peut sembler étrange que la libération d'une femme passe par les chaudrons. Dans le contexte social iranien, la chose relève pourtant de l'exploit, surtout pour Reyhan (Fereshteh Sadre Orafaei), une jeune veuve, mère de deux enfants, dont le destin est tout tracé: à la mort de l'époux, selon la tradition, le beau-frère occupe alors sa place.
Café Transit, du scénariste et cinéaste Kambozia Partovi, illustre le courage obstiné d'une femme qui s'attelle à donner une nouvelle vie au restaurant de son défunt mari, installé le long d'une route près de la frontière entre la Turquie et l'Iran. Ce désir d'indépendance ne plaît pas à Nasser (Parviz Parastoei), celui qui croyait pouvoir remplacer le disparu. Car non seulement Reyhan le défie, et couvre ainsi sa famille de honte, mais l'endroit porte un dur coup à celui de Nasser. Tandis qu'une clientèle de plus en plus internationale s'y régale, Nasser multiplie les embûches pour ramener sa belle-soeur à la raison, et au bercail. Surtout que Zacharia (Nikolas Padapopulus), un camionneur grec, apprécie autant la cuisinière que ses bons petits plats.
Alors que le film semble parfois vouloir copier, au propre comme au figuré, les bonnes recettes du Festin de Babette et d'autres films culinaires (certaines séquences font vraiment saliver), Kambozia Partovi fait du parcours de Reyhan un véritable chemin de croix. Loin de transformer son combat en «success story», il préfère illustrer l'oppression insidieuse dont est victime cette femme qui n'aspire à rien de plus que de faire vivre décemment sa famille. Le tableau est parfois caricatural, surtout du côté des hommes, alors que Nasser reste campé dans son rôle d'emmerdeur tandis que Zacharia apporte un exotisme un peu convenu (même avec une jambe dans le plâtre, il effectue quelques pas de danse à la Zorba le grec) dans cet univers d'une rigidité morale pesante.
Si Café Transit met parfois l'eau à la bouche, ce récit d'émancipation ne propose aucune recette miracle, juste un portrait sensible et parfois pessimiste d'une société en changement, comme malgré elle.
***
Café Transit
Réalisation et scénario: Kambozia Partovi. Avec Fereshteh Sadre Orafaei, Parviz Parastoei, Nikolas Padapopulus, Svieta Mikalishina. Image: Mohammed Reza Sokout. Montage: Jafar Panahi, Jacques Witta. Musique: Ali Birang. Iran, 2006, 105 min.
* V.o., s.-t.f.: Cinéma du Parc.
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Collaborateur du Devoir
Café Transit, du scénariste et cinéaste Kambozia Partovi, illustre le courage obstiné d'une femme qui s'attelle à donner une nouvelle vie au restaurant de son défunt mari, installé le long d'une route près de la frontière entre la Turquie et l'Iran. Ce désir d'indépendance ne plaît pas à Nasser (Parviz Parastoei), celui qui croyait pouvoir remplacer le disparu. Car non seulement Reyhan le défie, et couvre ainsi sa famille de honte, mais l'endroit porte un dur coup à celui de Nasser. Tandis qu'une clientèle de plus en plus internationale s'y régale, Nasser multiplie les embûches pour ramener sa belle-soeur à la raison, et au bercail. Surtout que Zacharia (Nikolas Padapopulus), un camionneur grec, apprécie autant la cuisinière que ses bons petits plats.
Alors que le film semble parfois vouloir copier, au propre comme au figuré, les bonnes recettes du Festin de Babette et d'autres films culinaires (certaines séquences font vraiment saliver), Kambozia Partovi fait du parcours de Reyhan un véritable chemin de croix. Loin de transformer son combat en «success story», il préfère illustrer l'oppression insidieuse dont est victime cette femme qui n'aspire à rien de plus que de faire vivre décemment sa famille. Le tableau est parfois caricatural, surtout du côté des hommes, alors que Nasser reste campé dans son rôle d'emmerdeur tandis que Zacharia apporte un exotisme un peu convenu (même avec une jambe dans le plâtre, il effectue quelques pas de danse à la Zorba le grec) dans cet univers d'une rigidité morale pesante.
Si Café Transit met parfois l'eau à la bouche, ce récit d'émancipation ne propose aucune recette miracle, juste un portrait sensible et parfois pessimiste d'une société en changement, comme malgré elle.
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Café Transit
Réalisation et scénario: Kambozia Partovi. Avec Fereshteh Sadre Orafaei, Parviz Parastoei, Nikolas Padapopulus, Svieta Mikalishina. Image: Mohammed Reza Sokout. Montage: Jafar Panahi, Jacques Witta. Musique: Ali Birang. Iran, 2006, 105 min.
* V.o., s.-t.f.: Cinéma du Parc.
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