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Panne d'essence

André Lavoie   30 juin 2007  Cinéma
Lucie Laurier et Guillaume Lemay-Thivierge dans Nitro, une escapade sans queue ni tête dépassant les limites du bon goût bien plus que de vitesse.
Lucie Laurier et Guillaume Lemay-Thivierge dans Nitro, une escapade sans queue ni tête dépassant les limites du bon goût bien plus que de vitesse.
En période estivale, le cinéma québécois se fait de plus en plus machiste et arbore, comme un drapeau du Québec pendant les fêtes de la Saint-Jean, un nationalisme de façade: imitons les recettes de la série B dans une langue française qui n'obtiendrait guère la mention A. Après Bon cop, bad cop, pas question de baisser le niveau des décibels, ou d'élever le quotient intellectuel de nos nouveaux héros, virils et besogneux. C'est du moins la commande livrée par Alain Desrochers dans Nitro, une romance échevelée sur quatre roues, un film de chars pourvus de coussins gonflables au goût de guimauve. Six ans après La Bouteille, c'est un véritable virage à 180 degrés pour le cinéaste.

Au-delà des pitounes à bagnoles (l'une est incarnée par Bianca Gervais, visiblement ravie de faire reculer la cause du féminisme) et des poursuites effrénées dans les rues de Montréal, Nitro se cherche une légitimité; que dire, une respectabilité. Car Nitro, ce n'est pas qu'un mélange de sueur, de gazoline et de bitume; pour défier le code de la route, les personnages n'ont aucun scrupule, car certains d'entre eux cherchent rien de moins qu'un coeur. Et dire que ce n'est même pas une métaphore...

En effet, Max (Guillaume Lemay-Thivierge), autrefois un voleur doué et un pilote redoutable devenu aujourd'hui citoyen respectable, ne peut se résoudre à voir sa compagne (Myriam Tallard) mourir sans qu'un donneur se manifeste. Il décide alors de forcer le destin en enfreignant toutes les règles, achetant la complicité d'un fonctionnaire avant d'aller jouer dans la cour de l'avocat (Martin Matte, pour qui une mine patibulaire signifie intensité... ), un mafioso qui ignore qu'un de ses valets pourrait servir les visées de Max. L'affaire tourne mal et, sans trop lui donner le choix, Max enrôle Morgane (Lucie Laurier), son ancienne compagne toujours rivée au volant de puissants bolides, comme complice.

Pour atténuer ce chaos de carrosserie, le scénariste Benoît Guichard imbrique quelques moments à portée sociale, entre autres sur la réalité économique des greffes d'organes, ou encore des scènes larmoyantes sur la famille idyllique de Max. Ces «moments tendres» sont autant de pauses — ou plutôt de freins — à cette escapade sans queue ni tête dépassant les limites du bon goût bien plus que de vitesse, souvent portée par des dialogues faussement philosophiques. Cela trahit surtout la banalité de cette entreprise de gros sous, financée en partie grâce au succès commercial de C.R.A.Z.Y. par les fameuses enveloppes à la performance... automobile?

Ce n'est pas vraiment une surprise: Guillaume Lemay-Thivierge affiche une véritable aisance et un aplomb du tonnerre dans la peau d'un personnage qui doit déployer d'énormes prouesses physiques. Et la caméra d'Alain Desrochers se place toujours à un angle stratégique pour nous prouver qu'elles sont souvent les siennes, rarement celles d'un cascadeur. Est-ce que cela suffit à donner à Nitro le carburant nécessaire pour parvenir au fil d'arrivée? Même s'il forme avec Lucie Laurier un duo explosif et accrocheur (ce qui n'est vraiment pas le cas lorsqu'il partage l'écran avec Myriam Tallard), il en faut plus, ou plutôt moins, pour éviter à Nitro la panne d'essence. Quant au coeur, il a sans doute ses raisons mais elles sont ici étouffées par le rugissement des moteurs et noyées dans la profondeur des décolletés.

***

Nitro

Réalisation: Alain Desrochers. Scénario: Benoit Guichard. Avec Guillaume Lemay-Thivierge, Lucie Laurier, Martin Matte, Raymond Bouchard. Image: Bruce Chun. Montage: Éric Drouin. Musique: FM Le Sieur. Québec, 2007, 107 min.
 
 
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