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Le crépuscule des brigands

André Lavoie   16 juin 2007  Cinéma
Les suites suscitent toujours une certaine méfiance: supposément moins accomplies et moins originales, brassant les mêmes ingrédients livrés dans un enrobage différent pour créer l'illusion de la nouveauté. Nos craintes sont souvent fondées, et les exemples pouvant nous contredire n'abondent pas.

Les deux premiers Parrain de Coppola faisaient mentir les oiseaux de malheur, et voilà que Johnnie To, qui s'en inspire ouvertement, fait de Triad Election une réussite plus achevée qu'Election (toujours à l'affiche au Cinéma du Parc). En fait, il s'agit moins d'une suite que d'une variation sur les mêmes thèmes (l'ivresse du pouvoir, les méthodes musclées et archaïques des triades chinoises, la corruption policière), et le spectateur qui n'aurait pas vu le premier volet ne se sentirait ni égaré ni négligé.

L'heure des choix

Certains connaissent déjà les complots qui agitent la société Wo Shing de Hong Kong: la dernière élection du nouveau parrain de cette triade, tenue tous les deux ans, fut plus tendue que jamais. L'heureux élu, Lok (Simon Yam), a amadoué son plus proche rival avant de l'éliminer de manière expéditive. C'est de nouveau l'heure des choix et Lok, bien installé sur son trône, voudrait rompre la tradition et obtenir un autre mandat. Il voit d'ailleurs d'un mauvais oeil le prestige entourant son possible successeur, Jimmy (Louis Koo), un homme d'affaires prospère au style ténébreux, rêvant de multiplier les liens commerciaux avec la Chine.

Jimmy ambitionne également d'accomplir des réformes au sein de la triade, et surtout de s'engager sur le chemin de l'honnêteté. Il sera alors coincé entre Lok, barbare au sourire carnassier, et Xi (Yao Yung), le chef de la sécurité chinoise, qui le place devant un choix impossible: devenir à la fois parrain et informateur pour la police...

Pour en souligner le caractère archaïque, Johnnie To amorce ce second volet sur des images d'archives de Hong Kong, à l'époque où la ligne d'horizon n'était pas encore obstruée par les gratte-ciel. Il prend ainsi la mesure du décalage entre les vieux rituels sanglants des triades et la modernité tapageuse qui contamine l'ancienne colonie britannique. Jimmy incarne d'ailleurs très bien ce dilemme, non seulement tiraillé entre le bien et le mal mais, pour mener des affaires au pays du capitalisme stalinien, entre les réflexes brutaux d'autrefois et les belles manières hypocrites d'aujourd'hui.

Mais ce n'est pas ce qui fait de Triad Election une réussite exemplaire. Fortement épuré du bavardage explicatif qui tapissait le scénario d'Election, le film propose une vision crépusculaire, souvent glauque et sordide, de ce monde qu'il avait précédemment décrit d'une façon moins spectaculaire. Orchestrant avec brio une suite de règlements de comptes où personne n'est épargné, pas même les «oncles» faisant office de vieux sages, celui que l'on considère comme le dernier des grands du film d'action de Hong Kong donne à chaque bagarre les allures d'un ballet.

Après l'élimination des quelques têtes folles qui irritaient autant leurs compagnons d'armes que les spectateurs, Triad Election oppose deux hommes au style décontracté, élégants même dans leurs basses oeuvres (et certaines sont particulièrement dégoûtantes). Simon Yam et Louis Koo représentent, version complet-cravate, l'avenir bien incertain de l'univers des triades, fragilisé par d'autres crapules qui vénèrent d'autres dieux et s'inspirent d'autres codes.

Triad Election
Réalisation et scénario: Johnnie To. Avec Simon Yam, Louis Koo, Lam Ka-tung, Nick Cheung. Image: Cheung Siu-keung. Montage: Law Wing-cheong. Musique: Robert Ellis-Geiger. Hong Kong, 2006, 92 min.

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