60e Festival de Cannes - 35 cinéastes pour 60 ans de festival
Michael Moore lançait son controversé documentaire Sicko
Photo : Agence France-Presse
Hors compétition, Sicko de Michael Moore fut le documentaire-choc du festival. Attaquant cette fois le système de santé américain, le pamphlétaire enfourche une cause juste, avec souvent de bonnes interviews et son sens du punch. Mais «le diable es
Cannes — Le Devoir n'a pas été publié durant deux jours, et les événements et les projections se sont bousculés. Allons-y d'un petit récapitulatif.
Dimanche, jour officiel du 60e anniversaire du Festival de Cannes, était projeté le film collectif événementiel Chacun son cinéma.
35 grands cinéastes, dont 15 Palmes d'or, s'étaient éclatés trois minutes sur le thème de la salle de cinéma: Polanski, Angelopoulos, les Frères Coen et Dardenne, Moretti, Wenders, Van Sant, Wong Kar Wai, Zhang Yimou, Cronenberg, Egoyan, Lars Von Trier, etc. Sur le lot, une seule femme, ce qui est scandaleusement insuffisant: Jane Campion la cinéaste de La Leçon de piano. Ou plutôt une femme et demie, car Michael Cimino est en processus de changement de sexe... Le continent africain est oublié, à part l'Égypte de Chahine. Autre scandale! Gilles Jacob, le président du Festival de Cannes, avait commandé et monté les segments.
Résultat inégal, on s'en doute, mais collectif plutôt relevé dans l'ensemble, surtout les courts métrages du Japonais Takeshi Kitano, du Brésilien Walter Salles, du vétéran portugais Manoel de Oliveira et du Chinois Chen Kaige.
Les cinéastes se sont présentés en grappe devant les journalistes, et ça c'est très mal passé. Oh! il y a eu quelques propos intéressants sur l'avenir du cinéma et des salles. Les avis étaient partagés, mais Cronenberg voyait tout en noir.
Dans l'ensemble, les questions posées par des journalistes — ceux qui ont pris le micro ne connaissaient visiblement pas les cinéastes devant eux — étaient si sottes, que Polanski a décidé d'arrêter le massacre. «Vous ne vous intéressez pas au cinéma. Ça doit être à force de jouer sur vos ordinateurs débiles. Vous nous faites perdre notre temps. Allons bouffer!» Et il a quitté la salle en courant.
Le soir, tout ce beau monde, avec la fine fleur de la planète cinéma, montait les marches pour célébrer cet anniversaire. Cannes sait y faire quand même...
***
Hors compétition, Sicko de Michael Moore fut le documentaire-choc du festival. Attaquant cette fois le système de santé américain, le pamphlétaire enfourche une cause juste, comme toujours, avec souvent de bonnes interviews et son sens du punch. Bien des malades se font arnaquer aux États-Unis par leurs compagnies d'assurance privées.
Moore repêche des cas pathétiques qui pleurent abondamment. Mais quand il se promène ailleurs, au Canada, en France en Grande Bretagne, où le système de santé est public, il ne peut s'empêcher de décrire des pays de Cocagne, sans noter les problèmes locaux. On y dit par exemple que les Canadiens attendent en moyenne 20 minutes aux urgences des hôpitaux! «Le diable est dans les détails», assurent les Américains, et son absence de rigueur le discrédite trop souvent. Et pas une seule voix pour contredire sa thèse à l'écran! Pire encore, lorsqu'il entraîne à Cuba ses patients américains soignés là-bas comme des princes (tu parles, avec Moore derrière...), sa naïveté dépasse les bornes. À Cuba, il y a d'excellents médecins, mais on a de la difficulté à trouver des aspirines!
Moore risque la prison au retour de Cannes, pour avoir violé les embargos américains dans l'épisode cubain. Son film peut ne pas être distribué, ses bobines confisquées. Mais l'État américain n'a pas intérêt à en faire un martyr.
Le cinéaste demande par ailleurs à ceux, blogueurs et documentaristes, qui remettent en question ses méthodes de le juger sur la justesse de ses causes. On veut bien, mais ses ficelles sont tellement grosses, parfois, qu'il décourage quelques bonnes volontés...
En compétition
- Le Coréen Kim Ki-Duk a signé un film ovni, étrange objet, beau, quoique un peu artificiel. Souffle est un film sur l'amour et la mort. Pour se venger d'un mari qui la trompe, une jeune femme va séduire un condamné à mort dans sa prison et exorcise les démons de son couple. La cellule des prisonniers, qui ne communiquent que par caresses ou par coups, constitue le lieu le plus énigmatique du film. De belles images, un mystère flottant, mais un manque de substance.
- Le directeur artistique de la sélection officielle, Thierry Frémaux, assure qu'elle est placée cette année sous le signe des directeurs photo. De fait, la virtuosité technique des caméras occupe le premier plan... sauf pour le film Tehilim du Français Raphaël Nadjari (tourné à Jérusalem). Cette histoire, platement filmée, aborde un thème intéressant toutefois: la disparition d'un père après un accident d'auto, qui perturbe ses proches, surtout son fils adolescent (excellent Michael Moshonov). La perte, l'angoisse et l'action salvatrice sont les moteurs de l'action. Tehilim, très réaliste, rappelle le cinéma des frères Dardenne, mais sur un mode mineur, sans le souffle transcendant.
- Beaucoup plus fort, courageux, mais insoutenable de dureté (plus encore que son précédent Dog Days) Import Export de l'Autrichien Ulrich Seidl. Dans la lignée des oeuvres de Michael Haneke, ce film tourné en Autriche et en Ukraine suit deux trajectoires de malheur. Entre pornographie sordide, hospice pour personnes âgées, prostitution, mort et violence, le film, avec un oeil impitoyable d'humour désespéré, faisant jouer de vrais travailleurs du sexe et des patients en phase terminale, fut un coup de poing asséné aux cinéphiles.
- Saisissant aussi le film du Mexicain Carlos Reygadas, Stellet Licht. Le réalisateur de Japon et de Batalla en el Cielo, sur un rythme lent, des images magnifiques, un scénario minimaliste et des émotions filmées à vif, explore ici les domaines de l'amour et de la foi. Dans une communauté mennonite du Nord du Mexique, où les paysages nordiques comme la langue scandinave des protagonistes évoquent tout sauf le Mexique, il filme un triangle amoureux. Un fils de pasteurs trompe sa femme pour l'amour d'une autre, et sa conscience le taraude. La beauté des scènes en plans fixes, la lente mécanique de la tragédie de rédemption évoque Bergman, en plus muet, mais avec une puissance évocatrice remarquable.
Dimanche, jour officiel du 60e anniversaire du Festival de Cannes, était projeté le film collectif événementiel Chacun son cinéma.
35 grands cinéastes, dont 15 Palmes d'or, s'étaient éclatés trois minutes sur le thème de la salle de cinéma: Polanski, Angelopoulos, les Frères Coen et Dardenne, Moretti, Wenders, Van Sant, Wong Kar Wai, Zhang Yimou, Cronenberg, Egoyan, Lars Von Trier, etc. Sur le lot, une seule femme, ce qui est scandaleusement insuffisant: Jane Campion la cinéaste de La Leçon de piano. Ou plutôt une femme et demie, car Michael Cimino est en processus de changement de sexe... Le continent africain est oublié, à part l'Égypte de Chahine. Autre scandale! Gilles Jacob, le président du Festival de Cannes, avait commandé et monté les segments.
Résultat inégal, on s'en doute, mais collectif plutôt relevé dans l'ensemble, surtout les courts métrages du Japonais Takeshi Kitano, du Brésilien Walter Salles, du vétéran portugais Manoel de Oliveira et du Chinois Chen Kaige.
Les cinéastes se sont présentés en grappe devant les journalistes, et ça c'est très mal passé. Oh! il y a eu quelques propos intéressants sur l'avenir du cinéma et des salles. Les avis étaient partagés, mais Cronenberg voyait tout en noir.
Dans l'ensemble, les questions posées par des journalistes — ceux qui ont pris le micro ne connaissaient visiblement pas les cinéastes devant eux — étaient si sottes, que Polanski a décidé d'arrêter le massacre. «Vous ne vous intéressez pas au cinéma. Ça doit être à force de jouer sur vos ordinateurs débiles. Vous nous faites perdre notre temps. Allons bouffer!» Et il a quitté la salle en courant.
Le soir, tout ce beau monde, avec la fine fleur de la planète cinéma, montait les marches pour célébrer cet anniversaire. Cannes sait y faire quand même...
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Hors compétition, Sicko de Michael Moore fut le documentaire-choc du festival. Attaquant cette fois le système de santé américain, le pamphlétaire enfourche une cause juste, comme toujours, avec souvent de bonnes interviews et son sens du punch. Bien des malades se font arnaquer aux États-Unis par leurs compagnies d'assurance privées.
Moore repêche des cas pathétiques qui pleurent abondamment. Mais quand il se promène ailleurs, au Canada, en France en Grande Bretagne, où le système de santé est public, il ne peut s'empêcher de décrire des pays de Cocagne, sans noter les problèmes locaux. On y dit par exemple que les Canadiens attendent en moyenne 20 minutes aux urgences des hôpitaux! «Le diable est dans les détails», assurent les Américains, et son absence de rigueur le discrédite trop souvent. Et pas une seule voix pour contredire sa thèse à l'écran! Pire encore, lorsqu'il entraîne à Cuba ses patients américains soignés là-bas comme des princes (tu parles, avec Moore derrière...), sa naïveté dépasse les bornes. À Cuba, il y a d'excellents médecins, mais on a de la difficulté à trouver des aspirines!
Moore risque la prison au retour de Cannes, pour avoir violé les embargos américains dans l'épisode cubain. Son film peut ne pas être distribué, ses bobines confisquées. Mais l'État américain n'a pas intérêt à en faire un martyr.
Le cinéaste demande par ailleurs à ceux, blogueurs et documentaristes, qui remettent en question ses méthodes de le juger sur la justesse de ses causes. On veut bien, mais ses ficelles sont tellement grosses, parfois, qu'il décourage quelques bonnes volontés...
En compétition
- Le Coréen Kim Ki-Duk a signé un film ovni, étrange objet, beau, quoique un peu artificiel. Souffle est un film sur l'amour et la mort. Pour se venger d'un mari qui la trompe, une jeune femme va séduire un condamné à mort dans sa prison et exorcise les démons de son couple. La cellule des prisonniers, qui ne communiquent que par caresses ou par coups, constitue le lieu le plus énigmatique du film. De belles images, un mystère flottant, mais un manque de substance.
- Le directeur artistique de la sélection officielle, Thierry Frémaux, assure qu'elle est placée cette année sous le signe des directeurs photo. De fait, la virtuosité technique des caméras occupe le premier plan... sauf pour le film Tehilim du Français Raphaël Nadjari (tourné à Jérusalem). Cette histoire, platement filmée, aborde un thème intéressant toutefois: la disparition d'un père après un accident d'auto, qui perturbe ses proches, surtout son fils adolescent (excellent Michael Moshonov). La perte, l'angoisse et l'action salvatrice sont les moteurs de l'action. Tehilim, très réaliste, rappelle le cinéma des frères Dardenne, mais sur un mode mineur, sans le souffle transcendant.
- Beaucoup plus fort, courageux, mais insoutenable de dureté (plus encore que son précédent Dog Days) Import Export de l'Autrichien Ulrich Seidl. Dans la lignée des oeuvres de Michael Haneke, ce film tourné en Autriche et en Ukraine suit deux trajectoires de malheur. Entre pornographie sordide, hospice pour personnes âgées, prostitution, mort et violence, le film, avec un oeil impitoyable d'humour désespéré, faisant jouer de vrais travailleurs du sexe et des patients en phase terminale, fut un coup de poing asséné aux cinéphiles.
- Saisissant aussi le film du Mexicain Carlos Reygadas, Stellet Licht. Le réalisateur de Japon et de Batalla en el Cielo, sur un rythme lent, des images magnifiques, un scénario minimaliste et des émotions filmées à vif, explore ici les domaines de l'amour et de la foi. Dans une communauté mennonite du Nord du Mexique, où les paysages nordiques comme la langue scandinave des protagonistes évoquent tout sauf le Mexique, il filme un triangle amoureux. Un fils de pasteurs trompe sa femme pour l'amour d'une autre, et sa conscience le taraude. La beauté des scènes en plans fixes, la lente mécanique de la tragédie de rédemption évoque Bergman, en plus muet, mais avec une puissance évocatrice remarquable.
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