Noyé sous les bons sentiments
Une scène du film À vos marques... Party!, avec Mariloup Wolfe et Mélissa Désormeaux-Poulin.
Pendant la projection d'À vos marques... Party!, une image me revenait continuellement à l'esprit: celle d'une salle de montage au plancher propre et balayé, sans même un ruban de celluloïd qui traîne. Pourquoi cette image analogique (le montage ne se fait plus par découpage) dans un film qui s'adresse à la génération du numérique? Parce qu'à force de plans prolongés inutilement, de scènes superflues, de séquences qui avancent à un rythme pédestre, on a l'impression que l'ensemble de ce qui a été tourné par Frédérick D'Amours, un gars issu de la pub (ça se voit sans se voir), se retrouve dans le film. Sans aucun sacrifice au nom de la raison, ou de l'efficacité dramatique, ou de la valeur artistique, tout simplement.
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À vos marques... Party!
De Frédérick D'Amours. Avec Mélissa Desormeaux-Poulin, Mariloup Wolfe, Jason Roy Léveillée, Sylvie Moreau, Guy Jodoin, Maxime Desbiens-Tremblay, Catherine de Léan, Alexandre Despatie, Marina Orsini. Scénario: Caroline Héroux, Martine Pagé. Images: Jean-Pierre Trudel. Montage: Éric Genois. Musique: Mario Sévigny.
Québec, 2007, 119 minutes.
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Car précisons-le d'entrée de jeu: en visant les jeunes, À vos marques... Party! vise surtout... bas. Pas en bas de la ceinture — le film sur ce plan étant d'une louable dignité. Mais bas sur l'échelle de l'ambition, tout simplement. D'où la question: doit-on mesurer l'ambition d'une oeuvre au public auquel elle s'adresse?
Laissons la question en suspens pour l'instant et revenons au film, qui met en vedette Mélissa Désormeaux-Poulin, très juste dans le rôle d'une ex-championne de natation retirée de la compétition en raison d'une brûlure dont les circonstances nous sont racontées dès le générique. À sa dernière année du secondaire, elle est taciturne, renfermée, pas très heureuse. Maman actrice (Marina Orsini) vit à Vancouver, papa gâteau (Guy Jodoin) est le prof de gym de son école, une nouvelle amie (Mariloup Wolfe) lui est imposée par la directrice (Sylvie Moreau), le champion de natation de l'école a besoin d'aide en maths, son ennemie jurée (Catherine De Léan) lui fait des misères, bref, les circonstances la forcent à sortir de sa coquille, pour le meilleur et pour le pire. Je vous rassure: ce n'est pas Carrie, même si par moments on aurait souhaité qu'un bon bouillon d'hémoglobine sorte de sa torpeur cette comédie de bons sentiments qui annonce ses revirements deux bobines à l'avance.
Sur le plan de la mise en scène, on l'a vu, mais aussi sur le plan de la construction, À vos marques... Party! manque de cohérence. Le récit fait s'enchaîner des scènes d'une puissance dramatique inégale, accrochées à une bande sonore qui, justement, se veut accrocheuse. Or, entre l'image peu relevée et la musique dans le tapis, Frédérick D'Amours a manifestement choisi son camp. De fait, l'humour, les changements de température dramatique et les sentiments des personnages sont dictés exclusivement par la partition de Mario Sévigny. Laquelle change de registre d'une scène à l'autre, avec pour résultat de très visibles et très audibles ruptures de ton.
L'interprétation n'est hélas d'aucun secours. Plutôt réaliste chez les jeunes interprètes, forcée chez plusieurs adultes (Sylvie Moreau et Hélène Bourgeois-Leclerc ont l'air de sortir d'un sketch de RBO), celle-ci défend un assortiment disparate de clichés, d'archétypes et de caricatures, malgré les forces individuelles en présence (dont celle de Guy Jodoin, crédible et touchant).
Film artisanal, À vos marques... Party! aurait pu compenser par l'audace, l'originalité, voire la folie, son budget modeste. Mais ses auteurs ont plutôt cherché à lui donner les allures des «after-school specials» usinés qui inondent le petit écran américain. C'est leur choix et je le respecte, mais je me demande: lorsqu'on n'ambitionne pas d'élever son public grâce au 7e art, faut-il obligatoirement se pencher pour lui parler?
Collaborateur du Devoir
* V.o.: Quartier latin, Place LaSalle, Beaubien, StarCité, Paradis, Langelier, Lacordaire, Marché Central.
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À vos marques... Party!
De Frédérick D'Amours. Avec Mélissa Desormeaux-Poulin, Mariloup Wolfe, Jason Roy Léveillée, Sylvie Moreau, Guy Jodoin, Maxime Desbiens-Tremblay, Catherine de Léan, Alexandre Despatie, Marina Orsini. Scénario: Caroline Héroux, Martine Pagé. Images: Jean-Pierre Trudel. Montage: Éric Genois. Musique: Mario Sévigny.
Québec, 2007, 119 minutes.
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Car précisons-le d'entrée de jeu: en visant les jeunes, À vos marques... Party! vise surtout... bas. Pas en bas de la ceinture — le film sur ce plan étant d'une louable dignité. Mais bas sur l'échelle de l'ambition, tout simplement. D'où la question: doit-on mesurer l'ambition d'une oeuvre au public auquel elle s'adresse?
Laissons la question en suspens pour l'instant et revenons au film, qui met en vedette Mélissa Désormeaux-Poulin, très juste dans le rôle d'une ex-championne de natation retirée de la compétition en raison d'une brûlure dont les circonstances nous sont racontées dès le générique. À sa dernière année du secondaire, elle est taciturne, renfermée, pas très heureuse. Maman actrice (Marina Orsini) vit à Vancouver, papa gâteau (Guy Jodoin) est le prof de gym de son école, une nouvelle amie (Mariloup Wolfe) lui est imposée par la directrice (Sylvie Moreau), le champion de natation de l'école a besoin d'aide en maths, son ennemie jurée (Catherine De Léan) lui fait des misères, bref, les circonstances la forcent à sortir de sa coquille, pour le meilleur et pour le pire. Je vous rassure: ce n'est pas Carrie, même si par moments on aurait souhaité qu'un bon bouillon d'hémoglobine sorte de sa torpeur cette comédie de bons sentiments qui annonce ses revirements deux bobines à l'avance.
Sur le plan de la mise en scène, on l'a vu, mais aussi sur le plan de la construction, À vos marques... Party! manque de cohérence. Le récit fait s'enchaîner des scènes d'une puissance dramatique inégale, accrochées à une bande sonore qui, justement, se veut accrocheuse. Or, entre l'image peu relevée et la musique dans le tapis, Frédérick D'Amours a manifestement choisi son camp. De fait, l'humour, les changements de température dramatique et les sentiments des personnages sont dictés exclusivement par la partition de Mario Sévigny. Laquelle change de registre d'une scène à l'autre, avec pour résultat de très visibles et très audibles ruptures de ton.
L'interprétation n'est hélas d'aucun secours. Plutôt réaliste chez les jeunes interprètes, forcée chez plusieurs adultes (Sylvie Moreau et Hélène Bourgeois-Leclerc ont l'air de sortir d'un sketch de RBO), celle-ci défend un assortiment disparate de clichés, d'archétypes et de caricatures, malgré les forces individuelles en présence (dont celle de Guy Jodoin, crédible et touchant).
Film artisanal, À vos marques... Party! aurait pu compenser par l'audace, l'originalité, voire la folie, son budget modeste. Mais ses auteurs ont plutôt cherché à lui donner les allures des «after-school specials» usinés qui inondent le petit écran américain. C'est leur choix et je le respecte, mais je me demande: lorsqu'on n'ambitionne pas d'élever son public grâce au 7e art, faut-il obligatoirement se pencher pour lui parler?
Collaborateur du Devoir
* V.o.: Quartier latin, Place LaSalle, Beaubien, StarCité, Paradis, Langelier, Lacordaire, Marché Central.
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