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Ryan Larkin (1943-2007) - La Main perd l'une de ses figures marquantes

Odile Tremblay   19 février 2007  Cinéma
Le cinéaste Ryan Larkin a inspiré des générations d’animateurs avant de sombrer dans son propre gouffre intérieur.
Le cinéaste Ryan Larkin a inspiré des générations d’animateurs avant de sombrer dans son propre gouffre intérieur.
On le rencontrait encore, il n'y a pas si longtemps, sur le boulevard Saint-Laurent, les lunettes déglinguées, cigarette au bec, la démarche parfois chambranlante sous les vapeurs de bière, «bomant» des 30 sous aux passants.

Depuis que Chris Landreth lui avait consacré le remarquable documentaire d'animation Ryan, lancé à Cannes, oscarisé en 2005, il avait retrouvé la célébrité longtemps perdue et son écuelle se garnissait.

Mort le 14 février des suites d'un cancer du poumon, Ryan Larkin, poète de la Main, est ce cinéaste d'animation né en 1943, entré à l'ONF à 19 ans sous l'aile du grand animateur Norman McLaren, qui avait connu une fulgurante carrière au cours des années 60.

Dans un style souvent psychédélique, on lui devait Cityscape (1965), Syrinx (1966), mais surtout Walking (1968), dessin animé sur papier d'un homme marchant vu de haut, oeuvre vraiment exceptionnelle qui avait été mise en nomination pour un Oscar. Désormais lancé à l'échelle internationale, il réalisait en 1970 Street Music, également bien reçu, mêlant les techniques, carburant à l'humour et au fantastique. Le cinéaste inspira des générations d'animateurs, mais sombra dans son propre gouffre intérieur. Après avoir quitté l'ONF en 1977, il fut concepteur d'effets spéciaux, également musicien batteur, et peintre.

Parti pour la gloire, il vit son destin tragiquement brisé par la drogue et l'alcool, qui le réduisirent à l'itinérance. Il aurait sans doute terminé sa vie dans l'ombre la plus noire, n'eût été cette biographie animée du

Torontois Chris Landreth. Le portrait saisissant, techniquement novateur, qu'il fit du génial clochard montréalais dans Ryan fit dévier le cours de son existence.

En 2004, Le Festival du nouveau cinéma rendit hommage à Ryan Larkin, présentant ses films d'antan ainsi que l'oeuvre de Landreth. De nouveau sous les feux de la rampe, l'animateur oublié, épaulé par des admirateurs, reprit espoir.

Il réalisait l'an dernier cinq petites séquences animées présentées sur MTV, qui furent sa première résurrection, après 30 ans de silence.

«Depuis trois ans, il travaillait à un nouveau film Spare Change», explique la musicienne Laurie Gordon, du groupe Chiwawa, qui fut, ces dernières années, une amie, la compositrice de son oeuvre récente, une collaboratrice de chaque instant et la productrice de Spare Change.

Ce court métrage d'animation aborde la vie d'itinérance du cinéaste, ses expériences sur le macadam où il tendait la main, avec rencontres et aventures au menu. Le film devrait se terminer l'automne prochain. Laurie Gordon, qui déclare l'oeuvre avancée, estime être en mesure de mener à terme Spare Change (qui devrait compter une douzaine de minutes) à l'aide du story board et des intentions d'auteur.

«Ryan espérait que son film gagnerait le circuit des grands festivals et je ferai tout pour réaliser son rêve. Il le mérite.»

La musicienne précise que le film de Landreth avait redonné à Ryan Larkin non seulement une nouvelle gloire, un tremplin créatif, mais également une seconde famille, et beaucoup de bonheur. «Il n'était plus sur le bien-être social et mendiait à la fin plutôt par plaisir.» Le cancer du poumon qui emporta ce grand fumeur ne l'aurait laissé vraiment diminué que depuis le début de 2007.

Hier à 14h, au chic bar Copacabana du boulevard Saint-Laurent, qui fut si longtemps le quartier général de Larkin, ses amis et admirateurs lui ont rendu un dernier hommage.






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