Cannes est rattrapée par les technologies et la politique
Cannes — On a eu droit à tout et à son contraire hier au festival. À l'inauguration dans une nuit idéalement douce de la salle des Sables avec écran placé sur l'eau et décor de paquebots et de yachts. Un éléphant, ça trompe énormément, du défunt Yves Robert, a ouvert le bal des projections extérieures, qui feront désormais partie du paysage.
Autre nouveauté et petite révolution au Grand Théâtre Lumière, l'épisode 2 de Star Wars, de George Lucas, a été présenté en version numérique. C'est la toute première fois qu'un film arrivait à Cannes sans pellicule. Lucas est venu parler de ce médium que plusieurs cinéastes rejettent encore avec vigueur. Tout un débat oppose ici tenants et opposants du numérique.
Rattrapé par les nouvelles technologies, le festival l'est aussi par les réalités politiques. Certains films présentés constituent un écho aux préoccupations planétaires. De plus, le festival se retrouve pris en otage par des enjeux qui le dépassent. Apolitique, Cannes? Allons donc!
Tous ces récents appels au boycottage du festival par le Congrès juif américain pour cause d'antisémitisme présumé des Français n'en finissent plus de hanter les cinéastes présents sur la Croisette. Surtout les juifs, bien entendu. Après Woody Allen, ce fut au tour hier de l'Israélien Amos Gitaï de condamner le boycottage: «Pourquoi ne pas recréer des ghettos, à ce compte-là? À Cannes, le dialogue domine. Profitons de son ouverture.»
Si, aux yeux de Gitaï, un cinéaste n'est pas un porte-parole politique, un film a pourtant un rôle à jouer pour sensibiliser les âmes et calmer les esprits échauffés. On lui devait déjà les percutants Kadosh et Kippour, abordant la guerre et la religion en Israël; rien de sectaire en lui. À son avis, c'est grâce à leur esprit critique et autocritique que les juifs ont apporté une contribution énorme à l'évolution du monde. Alors, il manie cet esprit-là dans des films courageux, souvent conspués dans son pays où on lui reproche de trop le contester. «Le jour où Israël renoncera à tout dialogue, il deviendra une société fermée», dit-il.
Kedma, qui remonte aux sources du conflit israélo-palestinien, campe son action en 1948 chez des rescapés de l'Holocauste venus en bateau se réfugier dans le nouvel État d'Israël mais forcés d'y prendre les armes contre les Palestiniens révoltés et y laissant souvent leur peau. Or ce film tragique et touchant (mais qui théorise parfois un peu trop) refuse de n'avaliser qu'un seul point de vue et montre à la fois le malheur des Juifs et celui des Palestiniens. Deux dialogues particulièrement inspirés, un pour chaque camp, s'envolent dans le film comme des professions de souffrance remplies de poésie.
«Israël a pratiqué l'exode massif des Palestiniens. Il est temps pour lui de se pencher sur les origines du conflit, a lancé le cinéaste aux journalistes. Moi, j'ai interrogé les paysages de mon pays de pierre et de soleil en tâchant d'établir une conversation entre eux, le texte et la rage de la population. Si les paysages regardaient les humains, que diraient-ils du gâchis qu'ils provoquent?» Kedma sera certainement mal accueilli en Israël, où les positions politiques se radicalisent de plus en plus. Subversif et courageux, Amos Gitaï, qui s'envolera bientôt de Cannes pour faire face à la musique dans la poudrière de sa patrie!
Si on parle de films coups de poing qui dénoncent le coquin haut et fort, impossible de passer à côté de Bowling For Columbine, de l'Américain Michael Moore, chaudement applaudi hier. Il s'agit du premier documentaire présenté en compétition officielle cannoise depuis 46 ans. Le film constitue une enquête de cet agitateur né qu'est Moore sur les armes à feu en vente libre aux États-Unis. Prenant comme point de départ le massacre de l'école secondaire de Columbine en 1999, il trimballe sa caméra dans tous les camps, chez les fous du gun, au coeur du lobby des armes à feu de Charlton Heston, dans les écoles, chez les amis des tueurs fous qui ont assassiné des foules. Et, toujours, le commerce frénétique des armes à feu constitue la réponse à la violence et à la peur qui sévit chez nos voisins du Sud.
Ce documentaire est vivant, brûlant, engagé, drôle et terrible à la fois. La vision que Michael Moore a du Canada, décrit comme une sorte de pays de Cocagne paisible et à peu près dépourvu d'assassins, fait sourire. Mais quel superbe plaidoyer contre la violence!
Déception! Le dernier film du Marseillais Robert Guédiguian est loin de l'enchantement qu'avait suscité son Marius et Jeannette. Il faut dire que ses dernières oeuvres volaient déjà moins haut que les premières. Marie-Jo et ses deux amours, qui remet en scène ses acteurs fétiches Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, aborde l'éternel triangle de la femme, l'époux et l'amant. Ça se veut une tragédie amoureuse, mais Guédiguian excelle plutôt à décrire des univers populaires du Midi dans la fête, la souffrance et la solidarité. Ici, coincé par un sujet moins généreux, il ne décolle pas, joue du style racoleur avec des émotions appuyées et des fondus enchaînés à répétition sans atteindre l'émotion qu'il vise. Difficile de penser qu'il puisse atterrir au palmarès avec ça...
Autre nouveauté et petite révolution au Grand Théâtre Lumière, l'épisode 2 de Star Wars, de George Lucas, a été présenté en version numérique. C'est la toute première fois qu'un film arrivait à Cannes sans pellicule. Lucas est venu parler de ce médium que plusieurs cinéastes rejettent encore avec vigueur. Tout un débat oppose ici tenants et opposants du numérique.
Rattrapé par les nouvelles technologies, le festival l'est aussi par les réalités politiques. Certains films présentés constituent un écho aux préoccupations planétaires. De plus, le festival se retrouve pris en otage par des enjeux qui le dépassent. Apolitique, Cannes? Allons donc!
Tous ces récents appels au boycottage du festival par le Congrès juif américain pour cause d'antisémitisme présumé des Français n'en finissent plus de hanter les cinéastes présents sur la Croisette. Surtout les juifs, bien entendu. Après Woody Allen, ce fut au tour hier de l'Israélien Amos Gitaï de condamner le boycottage: «Pourquoi ne pas recréer des ghettos, à ce compte-là? À Cannes, le dialogue domine. Profitons de son ouverture.»
Si, aux yeux de Gitaï, un cinéaste n'est pas un porte-parole politique, un film a pourtant un rôle à jouer pour sensibiliser les âmes et calmer les esprits échauffés. On lui devait déjà les percutants Kadosh et Kippour, abordant la guerre et la religion en Israël; rien de sectaire en lui. À son avis, c'est grâce à leur esprit critique et autocritique que les juifs ont apporté une contribution énorme à l'évolution du monde. Alors, il manie cet esprit-là dans des films courageux, souvent conspués dans son pays où on lui reproche de trop le contester. «Le jour où Israël renoncera à tout dialogue, il deviendra une société fermée», dit-il.
Kedma, qui remonte aux sources du conflit israélo-palestinien, campe son action en 1948 chez des rescapés de l'Holocauste venus en bateau se réfugier dans le nouvel État d'Israël mais forcés d'y prendre les armes contre les Palestiniens révoltés et y laissant souvent leur peau. Or ce film tragique et touchant (mais qui théorise parfois un peu trop) refuse de n'avaliser qu'un seul point de vue et montre à la fois le malheur des Juifs et celui des Palestiniens. Deux dialogues particulièrement inspirés, un pour chaque camp, s'envolent dans le film comme des professions de souffrance remplies de poésie.
«Israël a pratiqué l'exode massif des Palestiniens. Il est temps pour lui de se pencher sur les origines du conflit, a lancé le cinéaste aux journalistes. Moi, j'ai interrogé les paysages de mon pays de pierre et de soleil en tâchant d'établir une conversation entre eux, le texte et la rage de la population. Si les paysages regardaient les humains, que diraient-ils du gâchis qu'ils provoquent?» Kedma sera certainement mal accueilli en Israël, où les positions politiques se radicalisent de plus en plus. Subversif et courageux, Amos Gitaï, qui s'envolera bientôt de Cannes pour faire face à la musique dans la poudrière de sa patrie!
Si on parle de films coups de poing qui dénoncent le coquin haut et fort, impossible de passer à côté de Bowling For Columbine, de l'Américain Michael Moore, chaudement applaudi hier. Il s'agit du premier documentaire présenté en compétition officielle cannoise depuis 46 ans. Le film constitue une enquête de cet agitateur né qu'est Moore sur les armes à feu en vente libre aux États-Unis. Prenant comme point de départ le massacre de l'école secondaire de Columbine en 1999, il trimballe sa caméra dans tous les camps, chez les fous du gun, au coeur du lobby des armes à feu de Charlton Heston, dans les écoles, chez les amis des tueurs fous qui ont assassiné des foules. Et, toujours, le commerce frénétique des armes à feu constitue la réponse à la violence et à la peur qui sévit chez nos voisins du Sud.
Ce documentaire est vivant, brûlant, engagé, drôle et terrible à la fois. La vision que Michael Moore a du Canada, décrit comme une sorte de pays de Cocagne paisible et à peu près dépourvu d'assassins, fait sourire. Mais quel superbe plaidoyer contre la violence!
Déception! Le dernier film du Marseillais Robert Guédiguian est loin de l'enchantement qu'avait suscité son Marius et Jeannette. Il faut dire que ses dernières oeuvres volaient déjà moins haut que les premières. Marie-Jo et ses deux amours, qui remet en scène ses acteurs fétiches Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, aborde l'éternel triangle de la femme, l'époux et l'amant. Ça se veut une tragédie amoureuse, mais Guédiguian excelle plutôt à décrire des univers populaires du Midi dans la fête, la souffrance et la solidarité. Ici, coincé par un sujet moins généreux, il ne décolle pas, joue du style racoleur avec des émotions appuyées et des fondus enchaînés à répétition sans atteindre l'émotion qu'il vise. Difficile de penser qu'il puisse atterrir au palmarès avec ça...
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