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9 janvier 1927 - Il y a 80 ans, le Laurier Palace brûlait

L'incendie a notamment transformé les mesures de sécurité des salles de projections du Québec

Odile Tremblay   5 janvier 2007  Cinéma
Il y aura 80 ans le 9 janvier prochain s'écrivait une page d'histoire. L'incendie tragique du Laurier Palace à Montréal allait marquer un point tournant dans les annales des projections cinématographiques au Québec. Les mesures de sécurité et même l'accès aux salles en furent transformés.

Retour sur un drame qui eut pour cadre le quartier Hochelaga-Maisonneuve, au 1683, rue Sainte-Catherine Est. Soixante-dix-sept enfants, pour la plupart non accompagnés, venus assister à un programme de films muets, y périrent sous la bousculade dans un cinéma trop encombré, mal loti en matière de mesures d'évacuation. Après que les 850 places assises aient été comblées en partie par des adultes, les enfants privés de sièges s'étaient entassés dans les allées et à l'avant du balcon. Un incendie allait déclencher la panique et la cohue.

Le chercheur Gilles Dauphin a fait parvenir un texte au Devoir, remontant le cours des événements de ce jour d'hiver 1927.

«Au vestibule, le constable George Hébert, le capitaine Anthime Blain, pompiers et spectateurs volontaires sont témoins d'une scène d'horreur: la chute successive d'enfants dans l'escalier du côté est a engendré un bouchon humain au premier palier; la masse compacte de bras, de jambes, de têtes et de corps s'élève jusqu'à un pied du plafond. Les enfants s'agitent, crient, pleurent et supplient qu'on les sorte de là.»

Au lendemain de l'incendie, les inspecteurs de la Ville de Montréal firent la tournée des cinémas et des théâtres. Certains, décrétés dangereux, fermèrent leurs portes. D'autres durent se conformer aux règlements de sécurité qui avaient été bafoués au Laurier Palace.

Le clergé et les organisations religieuses se servirent du drame pour nourrir leur campagne contre la présumée immoralité des films, l'accès des mineurs aux salles et l'ouverture des théâtres le dimanche.

«Sous les pressions, entre autres, du pouvoir religieux, rappelle Gilles Dauphin, le premier ministre du Québec, Alexandre Taschereau, crée une commission royale chargée de faire enquête [...].»

Le 30 août 1927, la commission conclut: «Non seulement le théâtre admettait-il des enfants non accompagnés de moins de 16 ans, mais on cherchait à les attirer. [...] La panique fut la cause principale du décès des 77 enfants qui périrent écrasés et asphyxiés dans le tournant des escaliers du balcon.» Le propriétaire et les employés du théâtre furent tenus criminellement responsables de l'accident. Mais la commission refusa d'encourager la fermeture des théâtres le dimanche malgré les pressions du clergé, histoire de laisser au peuple une rare occasion de se divertir en son jour de liberté hebdomadaire.

À la suite de l'incendie et du rapport de la commission royale, le gouvernement d'Alexandre Taschereau vota, le 22 mars 1928, une loi qui prohibait l'accès des théâtres aux moins de 16 ans. Cette loi fut en vigueur durant près de 40 ans.
 
 
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  • Louise Blanchard
    Abonnée
    vendredi 5 janvier 2007 18h54
    Mémoire d'outre-tombe
    Odile, je me souviens du mari de ma tante, Lucien Moreau, aujourd'hui décédé, qui avait échappé à cet incendie. Il avait rendez-vous avec son cousin mais ses parents refusèrent de le laisser partir car il était malade. Son cousin, âgé de 10 ans, périt dans l'incendie, tout comme de ses camarades d'école. Il en parlait toujours comme si l'événement s'était passé la veille....Cet incendie fait vraiment partie de la mémoire vive d'Hochelaga-Maisonneuve. Merci de l'avoir souligné.
    Bon voyageà Kandahar.
    Louise

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