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25e Festival international de cinéma en Abitibi-Témiscamingue - Cinéma et engagement

Odile Tremblay   31 octobre 2006  Cinéma
Rouyn-Noranda — Par-delà les films internationaux présentés au festival de Rouyn, on a envie de courir aussi voir les oeuvres collées aux préoccupations abitibiennes, qui rejoignent d'ailleurs celles de la planète lorsqu'elles abordent ainsi les questions environnementales.

L'Homme et son paradis terrestre, de Simon C. Vaillancourt, est un documentaire consacré à Henri Jacob, cet environnementaliste de Val-d'Or, président de l'Action boréale, qui combat aux côtés de Richard Desjardins pour la survie de la forêt. En entrevue, il dit que ça lui fait tout drôle de constituer le héros de l'histoire. Énorme était son trac avant la projection du film au Théâtre du Cuivre. Il entretient des contacts plus étroits avec la nature qu'avec les feux de la rampe. Henri Jacob a déjà vécu onze ans sur une île déserte avec son épouse et sa fille, sans électricité ni eau courante. La nature est son décor d'élection, les chants d'oiseaux, sa trame sonore. Depuis une dizaine d'années, chaque été, l'homme procède au baguage et au recensement des canards qui nidifient au lac Parent.

Le film, de la série télévisée Humanima, — quand même trop classique dans sa forme, avec une voix hors champ superflue — passionne par le sujet. Il montre Henri Jacob à l'oeuvre, aborde à travers lui la planète malade des hommes, présente l'île qui fut son propre nid, l'écoute s'entretenir des canards noirs, amateurs d'habitats sauvages, détrônés de plus en plus par les malards (officiellement colverts), moins regardants sur la qualité du gîte que leurs cousins puristes dont l'espèce est menacée.

Il y a quelques années, le Festival de l'Abitibi avait été la rampe de lancement du documentaire Il parle avec les loups sur le domaine Pageau, éden abitibien où les animaux sauvages blessés sont recueillis et soignés. Le film était, comme celui-ci, enfanté par les productions Nova Media ancrées en Abitibi-Témiscamingue. Celles-ci se spécialisent dans les documentaires, productions télévisées et site Internet attachés aux questions environnementales.

Henri Jacob m'explique que si l'Abitibi se retrouve au coeur du combat pour la forêt boréale, c'est tout bonnement parce que c'est ici que le bois se coupe. À cause aussi de Desjardins et de son Erreur boréale, bien sûr, qui a sensibilisé les gens de la ville à des problèmes vitaux qui leur semblaient avant ça bien lointains. «Alors oui, le cinéma peut être une arme de combat.» La présence de Desjardins au sein d'Action boréale constitue une bénédiction à ses yeux, vedette militante qui vaut de l'or en pays minier. «Il n'est pas qu'un porte-parole, il s'implique vraiment jusqu'au cou.» Les deux hommes se voient tout le temps, se battent au coude à coude.

Henri Jacob, parfois découragé par les ravages déjà causés à l'environnement, affirme que la sensibilisation des jeunes lui insuffle l'envie de continuer à se battre. À propos des aires naturelles à protéger, par exemple. Les compagnies minières et les scieries ont grugé le paysage. «En 2000, seul 0,5 % du territoire était protégé en Abitibi-Témiscamingue. La proportion a atteint 5,8 % aujourd'hui. Il y a de l'espoir. On vise 12 % pour atteindre les normes internationales souhaitées.»

C'est l'irresponsabilité humaine qui constitue le grand combat d'Henri Jacob, parce que l'homme dépend de la nature et ne saurait survivre sans elle, alors qu'il s'imagine pouvoir la dompter. «Politiquement, on ne peut faire grand-chose sans l'appui de la population, précise l'environnementaliste. Or, elle est de plus en plus concernée, impliquée. Ce sont les gens qui vont faire bouger les gouvernements. Merci à eux de se lever pour dire: Non!»

D'autres qu'Henri Jacob résistent à leur manière au grand vent de cynisme ambiant: le cinéaste d'animation français Michel Ocelot, par exemple, qui donne une leçon de civisme et d'ouverture dans ses merveilleuses fables destinées au jeune public. Très présent au festival d'Abitibi-Témiscamingue, il assiste aux projections, applaudit aux spectacles musicaux, apprécie vraiment l'ambiance. Père de l'inoubliable Kirikou et la sorcière, il est venu accompagner à Rouyn Azur et Azmar, projeté en matinée devant un parterre enfantin ravi d'y être. Le film devrait gagner nos écrans commerciaux au printemps.

La beauté de cette animation, qui a demandé six ans de travail, éblouit. Depuis l'immense succès du premier Kirikou (auquel le cinéaste a donné une suite: Kirikou et les bêtes sauvages), Ocelot a les coudées franches. «J'ai même pu imposer certains dialogues en arabe sans sous-titres. Le spectateur comprend le contexte et n'a pas besoin qu'on lui traduise tout.»

Azur et Azmar, qui se déroule au Moyen-Âge en France et dans un pays islamique imaginaire, met en scène deux garçons, l'un blond, l'autre basané, élevés par la même femme d'origine maghrébine, nourrice de l'un, mère de l'autre. Il entraîne le public à la découverte de l'apogée de la civilisation islamiste, perçue à travers les yeux bleus du jeune Azur qui traverse les mers pour rejoindre le pays de ses rêves. Le fantastique est au menu, avec sortilèges et quête de la fée des Djins, qui poussera les deux héros de races différentes, devenus adolescents, à s'épauler plutôt qu'à se combattre.

«Bien sûr qu'il y a une morale dans mon film, dit Ocelot. On ne peut vivre sans morale. Avec un cadre historique, j'aborde l'immigration maghrébine contemporaine en France. Azur et Azmar parle de fraternité. Je ne prononce jamais les mots: "tolérance" et "racisme", mais c'est un film d'apaisement et de respect.»

Apaisement et respect: les deux mots conviennent bien à l'ambiance du Festival abitibien. On les met dans sa valise et on dit à l'équipe de Rouyn: à bientôt!
 
 
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