59e Festival de Cannes - Par-delà le Da Vinci Code
Photo : Agence France-Presse
Le film Da Vinci Code était omniprésent lors de l’ouverture du 59e Festival de Cannes.
Cannes — Tout démarre en lumière sous le soleil cannois. Les valises se défont, les festivaliers se tricotent des agendas serrés, la ville triple de volume, la cohue s'installe. D'autant plus qu'une avant-première de Da Vinci Code, de Ron Howard, était destinée hier soir aux médias. Et ça se bousculait au portillon, croyez-moi. On était les premiers à voir la chose, dont la machine promotionnelle nous rabat les oreilles depuis des lunes et qui ouvre aujourd'hui la 59e édition de ce chic festival. Indigeste, ça!
En fait, cette énorme production d'ouverture porte en elle tout l'aspect commercial du rendez-vous cannois. Mais il y aura mieux. Restons calme. La frénésie de Da Vinci Code est démesurée et le film, décevant. Seules les affiches parodiques de Mona Lisa au Palais des festivals amusent un peu...
Bientôt, du moins, il y aura des vrais films, appelés à radiographier les tendances, les courants planétaires. L'Europe revient en force dans cette sélection et tasse un peu le cinéma asiatique, qui tenait le grelot depuis dix ans. Le cinéma iranien, essoufflé, brille par son absence.
Une thématique cette année, dixit Thierry Fremaux, le délégué général de la sélection officielle: l'adolescence, ses dérives, ses affres et ses mirages. L'an dernier, le père et son absence dominaient la scène. Place aux conséquences de ce manque, ce désarroi des jeunes sans repères qui a inspiré les cinéastes. Les faibles, les obscurs, les sans-grades, les paumés seront des personnages-clés en salles obscures, toutes sélections confondues. La misère humaine sur les écrans fera de l'ombre aux paillettes. On n'en est pas ici à une contradiction près.
Le menu de cette 59e édition semble alléchant. Pas juste de gros habitués de la fête cannoise, mais une génération montante de cinéastes en lice, aux côtés des déjà canonisés. Ça sent le goût du risque, la porte ouverte sur les futurs d'un septième art en mutation. Un vent frais souffle sur les films de la Croisette. On n'ira pas s'en plaindre.
Du côté québécois, la liste est courte. Congorama, de Philippe Falardeau, à La Quinzaine des réalisateurs, un hommage à McLaren dans «Cannes Classics». Et, hors compétition, Ces filles-là, de Tahani Rached, cinéaste ayant si longtemps campé à l'ONF de Montréal qu'elle est beaucoup des nôtres, même si son film est présenté sous la bannière égyptienne.
En compétition, bien entendu, certains noms déjà connus jouent les locomotives.
Pour tout dire, le festival commence avant le festival. Ça démarre à Paris, où les principaux médias français voient certains films de la sélection officielle avant tout le monde et rencontrent les cinéastes pour des entrevues pré-Cannes. Alors les bruits partent de leur cour. «Bon. Pas bon. Palmable, pas palmable.» Mais en général seules les productions les plus attendues leur sont offertes en hors-d'oeuvre. Parfois, les petits films vus par personne créeront l'événement. Les bruits de départ ne sont que des bruits.
Tenez, cette année, Volver, de Pedro Almodovar, qui concourt pour la palme d'or, a la rumeur de son côté. Il donne la vedette à Penelope Cruz (déjà à ses côtés dans Tout sur ma mère). Un rôle de maîtresse femme dans un film où les fantômes, les disparitions bizarres ont la partie belle entre Madrid et un village de La Mancha. La belle Penelope y tiendrait, dit-on, le meilleur rôle de sa vie.
Autre gros film apprécié par les critiques français, avec quelques bémols toutefois: Marie Antoinette, de l'Américaine Sofia Coppola (de moins en moins la fille de l'autre, avec à sa feuille de route les impressionnants The Virgin Suicides et Lost in Translation). Le pari de filmer en anglais et à Versailles la vie de Marie-Antoinette et de lancer le film en France était risqué. Avec Kirsten Dunst en reine immature, collée à son âme, à ses fuites, à ses fêtes, elle la rendrait humaine et émouvante, dit-on.
Attente ardente: à travers un coup de chapeau finnois à Lumières de la ville, de Charlie Chaplin, Aki Kaurismäki livre Les Lumières du faubourg, poursuivant sa veine vagabonde dans un Helsinki plus moderne, plus froid que dans L'Homme sans passé, sur la même mécanique aveugle d'une société qui broie les faibles.
On a hâte de voir aussi Le Caïman, de l'Italien Nanni Moretti (palme d'or en 2001 pour La Chambre du fils), déjà sorti en Italie. Le triomphe public s'est doublé d'un accueil critique partagé pour un film hybride qui aborde le régime de Silvio Berlusconi, mais qui le fait par la bande à travers une histoire sur l'amour du cinéma et des intrigues en poupées russes. Le fait que Berlusconi a perdu le pouvoir en Italie fera sans doute perdre un peu d'acuité au film de Moretti.
Le Britannique Ken Loach revient en compétition avec une oeuvre sur la guerre (comme dans Bread & Roses). Cette fois, il aborde le conflit irlandais, dont l'action ici se déroule en 1920. Cela dit, Loach est généralement meilleur dans ses films plus intimistes que dans ses oeuvres chorales. On ose un doute.
Autre gros film attendu, Indigènes, de Rachid Bouchared, sur la dernière guerre vue par les indigènes des colonies, Algériens et autres, qui ont combattu pour la France avant d'être jetés comme de vieilles chaussettes.
Le cinéma turc est en émergence. On verra Les Climats, de Nuri Bilge Ceylan, primé en 2003 pour Uzak, une oeuvre de douleur et de solitude vraiment poignante. Quant au Mexicain Alejandro González Inarritu (Amores Perros, 21 Grams), il livrera avec Babel une fable sur l'incommunicabilité, avec une grosse distribution tout de même: Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal. Le Français Bruno Dumont, qui avait créé l'événement en 1999 avec L'Humanité, revient en compétition avec Flandres, pour parler de jeunesse, d'amour, d'idéal brisé.
À surveiller, le Mexicain baroque Guillermo del Toro, avec son Labyrinthe de Pan, fantasme sur la guerre d'Espagne rempli de symboles et de délires.
Mais la surprise pourrait venir de La Raison du plus faible, du Français Lucas Belvaux, chronique belge d'hommes brisés, sans travail, qui se prennent à rêver. Ou d'En avant jeunesse, du Portugais Pedro Costa, encore une histoire de paumés, d'âge tendre et de rédemption. Et puisque la jeunesse apparaît partout, le Chinois Lou Yi décline cet âge à sa façon dans Palais d'été, sur fond de troubles amoureux et d'idéaux politiques.
Beaucoup de films paraissent alléchants, à commencer par l'oeuvre à sketchs Paris, je t'aime, où une pléiade de cinéastes de premier plan (Gus Van Sant, Olivier Assayas, Joel et Ethan Coen, Alexander Payne, même Gérard Depardieu, etc.) disent leur amour pour la Ville lumière.
Cannes est pleine de promesses cette année. On est content d'être ici. Malgré Da Vinci Code, dont on va pourtant vous parler encore demain, car toute l'équipe débarque sur la Croisette aujourd'hui, inaugurant la liaison ferroviaire Londres-Cannes, baptisée à jamais Da Vinci Train. Alors on n'en sort pas. Tant pis!
En fait, cette énorme production d'ouverture porte en elle tout l'aspect commercial du rendez-vous cannois. Mais il y aura mieux. Restons calme. La frénésie de Da Vinci Code est démesurée et le film, décevant. Seules les affiches parodiques de Mona Lisa au Palais des festivals amusent un peu...
Bientôt, du moins, il y aura des vrais films, appelés à radiographier les tendances, les courants planétaires. L'Europe revient en force dans cette sélection et tasse un peu le cinéma asiatique, qui tenait le grelot depuis dix ans. Le cinéma iranien, essoufflé, brille par son absence.
Une thématique cette année, dixit Thierry Fremaux, le délégué général de la sélection officielle: l'adolescence, ses dérives, ses affres et ses mirages. L'an dernier, le père et son absence dominaient la scène. Place aux conséquences de ce manque, ce désarroi des jeunes sans repères qui a inspiré les cinéastes. Les faibles, les obscurs, les sans-grades, les paumés seront des personnages-clés en salles obscures, toutes sélections confondues. La misère humaine sur les écrans fera de l'ombre aux paillettes. On n'en est pas ici à une contradiction près.
Le menu de cette 59e édition semble alléchant. Pas juste de gros habitués de la fête cannoise, mais une génération montante de cinéastes en lice, aux côtés des déjà canonisés. Ça sent le goût du risque, la porte ouverte sur les futurs d'un septième art en mutation. Un vent frais souffle sur les films de la Croisette. On n'ira pas s'en plaindre.
Du côté québécois, la liste est courte. Congorama, de Philippe Falardeau, à La Quinzaine des réalisateurs, un hommage à McLaren dans «Cannes Classics». Et, hors compétition, Ces filles-là, de Tahani Rached, cinéaste ayant si longtemps campé à l'ONF de Montréal qu'elle est beaucoup des nôtres, même si son film est présenté sous la bannière égyptienne.
En compétition, bien entendu, certains noms déjà connus jouent les locomotives.
Pour tout dire, le festival commence avant le festival. Ça démarre à Paris, où les principaux médias français voient certains films de la sélection officielle avant tout le monde et rencontrent les cinéastes pour des entrevues pré-Cannes. Alors les bruits partent de leur cour. «Bon. Pas bon. Palmable, pas palmable.» Mais en général seules les productions les plus attendues leur sont offertes en hors-d'oeuvre. Parfois, les petits films vus par personne créeront l'événement. Les bruits de départ ne sont que des bruits.
Tenez, cette année, Volver, de Pedro Almodovar, qui concourt pour la palme d'or, a la rumeur de son côté. Il donne la vedette à Penelope Cruz (déjà à ses côtés dans Tout sur ma mère). Un rôle de maîtresse femme dans un film où les fantômes, les disparitions bizarres ont la partie belle entre Madrid et un village de La Mancha. La belle Penelope y tiendrait, dit-on, le meilleur rôle de sa vie.
Autre gros film apprécié par les critiques français, avec quelques bémols toutefois: Marie Antoinette, de l'Américaine Sofia Coppola (de moins en moins la fille de l'autre, avec à sa feuille de route les impressionnants The Virgin Suicides et Lost in Translation). Le pari de filmer en anglais et à Versailles la vie de Marie-Antoinette et de lancer le film en France était risqué. Avec Kirsten Dunst en reine immature, collée à son âme, à ses fuites, à ses fêtes, elle la rendrait humaine et émouvante, dit-on.
Attente ardente: à travers un coup de chapeau finnois à Lumières de la ville, de Charlie Chaplin, Aki Kaurismäki livre Les Lumières du faubourg, poursuivant sa veine vagabonde dans un Helsinki plus moderne, plus froid que dans L'Homme sans passé, sur la même mécanique aveugle d'une société qui broie les faibles.
On a hâte de voir aussi Le Caïman, de l'Italien Nanni Moretti (palme d'or en 2001 pour La Chambre du fils), déjà sorti en Italie. Le triomphe public s'est doublé d'un accueil critique partagé pour un film hybride qui aborde le régime de Silvio Berlusconi, mais qui le fait par la bande à travers une histoire sur l'amour du cinéma et des intrigues en poupées russes. Le fait que Berlusconi a perdu le pouvoir en Italie fera sans doute perdre un peu d'acuité au film de Moretti.
Le Britannique Ken Loach revient en compétition avec une oeuvre sur la guerre (comme dans Bread & Roses). Cette fois, il aborde le conflit irlandais, dont l'action ici se déroule en 1920. Cela dit, Loach est généralement meilleur dans ses films plus intimistes que dans ses oeuvres chorales. On ose un doute.
Autre gros film attendu, Indigènes, de Rachid Bouchared, sur la dernière guerre vue par les indigènes des colonies, Algériens et autres, qui ont combattu pour la France avant d'être jetés comme de vieilles chaussettes.
Le cinéma turc est en émergence. On verra Les Climats, de Nuri Bilge Ceylan, primé en 2003 pour Uzak, une oeuvre de douleur et de solitude vraiment poignante. Quant au Mexicain Alejandro González Inarritu (Amores Perros, 21 Grams), il livrera avec Babel une fable sur l'incommunicabilité, avec une grosse distribution tout de même: Brad Pitt, Cate Blanchett, Gael Garcia Bernal. Le Français Bruno Dumont, qui avait créé l'événement en 1999 avec L'Humanité, revient en compétition avec Flandres, pour parler de jeunesse, d'amour, d'idéal brisé.
À surveiller, le Mexicain baroque Guillermo del Toro, avec son Labyrinthe de Pan, fantasme sur la guerre d'Espagne rempli de symboles et de délires.
Mais la surprise pourrait venir de La Raison du plus faible, du Français Lucas Belvaux, chronique belge d'hommes brisés, sans travail, qui se prennent à rêver. Ou d'En avant jeunesse, du Portugais Pedro Costa, encore une histoire de paumés, d'âge tendre et de rédemption. Et puisque la jeunesse apparaît partout, le Chinois Lou Yi décline cet âge à sa façon dans Palais d'été, sur fond de troubles amoureux et d'idéaux politiques.
Beaucoup de films paraissent alléchants, à commencer par l'oeuvre à sketchs Paris, je t'aime, où une pléiade de cinéastes de premier plan (Gus Van Sant, Olivier Assayas, Joel et Ethan Coen, Alexander Payne, même Gérard Depardieu, etc.) disent leur amour pour la Ville lumière.
Cannes est pleine de promesses cette année. On est content d'être ici. Malgré Da Vinci Code, dont on va pourtant vous parler encore demain, car toute l'équipe débarque sur la Croisette aujourd'hui, inaugurant la liaison ferroviaire Londres-Cannes, baptisée à jamais Da Vinci Train. Alors on n'en sort pas. Tant pis!
Haut de la page


