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Jeanne Moreau à Châteauguay - Le grand voyage du cinéma

Odile Tremblay   11 mai 2006  Cinéma
La responsabilité de Jeanne Moreau dans le tournage d’un film? «Celle de ne pas décevoir son personnage, explique-t-elle, de contribuer à la beauté du film, de dire chaque réplique comme si c’était la première, sinon à quoi bon? On a un juge
Photo : Jacques Grenier
La responsabilité de Jeanne Moreau dans le tournage d’un film? «Celle de ne pas décevoir son personnage, explique-t-elle, de contribuer à la beauté du film, de dire chaque réplique comme si c’était la première, sinon à quoi bon? On a un juge
Hier matin à l'île Saint-Bernard, sur la rivière Châteauguay, les chants d'oiseaux répondaient au bruit des moteurs et au clap de la script: «Ça tourne!» Près du beau manoir d'Youville, la Smart conduite par la comédienne française Jeanne Moreau traversait et retraversait le pont de toutes les rencontres.

Le plateau du Roméo et Juliette d'Yves Desgagnés grouillait de visiteurs, Moreau attirant la faune médiatique comme un aimant. Ce n'est pas tous les jours qu'elle tourne dans nos parages, l'interprète d'Ascenseur pour l'échafaud. Toute petite de taille, si grande pourtant.

Le dramaturge Normand Chaurette (traducteur de 15 pièces de Shakespeare) a écrit le scénario de ce Roméo et Juliette réincarné dans le Québec d'aujourd'hui en s'inspirant de l'oeuvre du grand Will. Et si vous vous demandez qui sont nos Capulet et nos Montaigu, Yves Desgagnés vous répondra que la famille de Roméo est issue de la faune criminelle des motards alors que le papa de Juliette (Pierre Curzi) est le juge qui condamnera le paternel de son Roméo (Gilles Renaud). D'où le drame shakespearien.

Jeanne Moreau joue la grand-mère de Juliette. «Celle qui incarnait à mes yeux l'amour donne dans mon film la réplique à des jeunes qui naissent à l'amour, s'émerveille le cinéaste. Les jeunes acteurs sont des diamants bruts, Moreau est un diamant raffiné.»

Aux côtés de la comédienne française de 78 ans qui prêta son visage mystérieux aux oeuvres emblématiques de la Nouvelle Vague, un couple d'adolescents québécois sans expérience de jeu, Thomas Lalonde et Charlotte Aubin, choisis au moyen d'auditions publiques. 10 000 jeunes s'étaient inscrits; deux tourtereaux ont été choisis pour s'aimer à en mourir. «Le talent n'a pas d'âge, précise Jeanne Moreau, et cette jeune Charlotte, je l'ai trouvée lumineuse et magique.»

Depuis le 16 avril, la passion, ses obstacles et son issue fatale se trament donc entre Montréal et Châteauguay.

Entre deux prises, l'actrice de l'éternel féminin assise sur le fil de la mémoire du septième art rencontrait hier les journalistes sur ce plateau.

Et pourquoi pas le Québec, à propos? Elle roule beaucoup sa bosse, Jeanne Moreau, fraîchement atterrie d'un tournage au Mali. Chez nous, la comédienne avait déjà joué en 1974 dans le Je t'aime de Pierre Duceppe.

Cent vingt-six films sur sa feuille de route et une voix rauque à nulle autre pareille qui vous dit que la condition d'icône crée la responsabilité du respect et de la qualité. Responsabilité? Mais oui: «Celle de ne pas décevoir son personnage, explique-t-elle, de contribuer à la beauté du film, de dire chaque réplique comme si c'était la première, sinon à quoi bon? On a un juge intérieur, vous savez. C'est à lui qu'on rend des comptes.»

Elle aime depuis toujours encourager des cinéastes débutants ou guère connus. Moreau s'est laissée convaincre à Paris par le fougueux Yves Desgagnés (dont elle loue le charme ravageur) de participer à son film québécois à petit budget (3,5 millions de dollars). Elle appréciait le scénario, l'idée du film. «Les histoires d'amour impossibles sont un thème récurrent dans l'histoire. Parfois, elles se déroulent en Palestine ou en Europe de l'Est avec des ados issus d'ethnies différentes tués pour s'être aimés.»

On ne bouscule pas Jeanne Moreau. Devant l'attachée de presse qui voulait écourter notre entretien, la comédienne s'est levée, toutes griffes dehors. «C'est moi qui décide. Je ne veux pas enfiler les mêmes conneries en ligne d'un journaliste à l'autre. Faut me laisser répondre!»

Laissons-la parler, donc. «Un rôle, ça se construit en équipe dans la symphonie du film, avec tous les acteurs et les techniciens. Mon personnage n'est pas qu'une grand-mère, au fait, c'est également une femme sauvage, libertaire, une grande voyageuse. On ne transmet pas l'expérience. Elle est un secret tacite devant la caméra, elle consiste en une concentration, un échange, une générosité.»

L'interprète française voit le cinéma comme un voyage à l'intérieur et à l'extérieur des êtres. «La haine naît de la peur, et la peur de l'ignorance, mais le cinéma peut repousser les frontières de l'ignorance. D'où son importance. Cet art évolue avec les conditions sociales et politiques du monde, avec l'information instantanée. Mais plus on en sait, moins on en sait... Le cinéma aussi.»

La voici donc dirigée par Yves Desgagnés, qui ne compte qu'un seul film à sa feuille de route: la comédie Idole instantanée avec Claudine Mercier, sortie l'été dernier. Homme de théâtre avant tout, Desgagnés a beaucoup fréquenté Shakespeare. Il a monté sur les planches du TNM sa trilogie Songe d'une nuit d'été, Les Commères de Windsor et La Nuit des rois.

Un Roméo et Juliette classique, c'est ce qu'il voulait à l'écran. Pas de comédie musicale à la West Side Story ni de gros effets hollywoodiens façon Baz Lurhman (au budget de 100 millions). «On a voulu demeurer proche du sentiment de l'oeuvre avec une quête de sobriété, explique le cinéaste. Normand Chaurette a même conservé intactes ici et là des répliques de Shakespeare, dans la scène du balcon entre autres, ces mots de Juliette: "Quand je ferme les yeux, il fait clair dans ma tête."»

Denise Robert et Daniel Louis, de Cinémaginaire, ont produit le film. L'idée initiale d'un Roméo et Juliette à la québécoise vient de Denise Robert. Au début, elle avait pensé faire jouer la tante de Juliette par Isabelle Adjani, puis, en rencontrant Jeanne Moreau à Cannes, la productrice s'est demandé: «Pourquoi pas Moreau en grand-mère?» Oui, pourquoi pas, au fait?

À suivre. Le film prendra l'affiche à Noël.






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  • Marie-Ève Lévesque
    Inscrite
    vendredi 8 décembre 2006 15h50
    Commentaire sur le film Roméo et Juliette
    « J'ai assistée à la première du film lundi dernier... Je peux dire que j'ai aimée leur façon d'adapter l'histoire de Shakespear à une histoire qui pourrait passiblement se dérouler dans nos jours. J'ai aimé que le film ne soit pas parfait... Qu'il ne sois pas du type complètement américain. Quelques scènes m'ont parfois laissée un peu perplexe mais sa ne m'as pas empêchée d'apprécier très fortement le film. Je crois que le meilleur de Roméo et Juliette est la fin. On pourrait dire que les comédiens sont devenus plus performant vers la fin qu'au début. Je le conseille, définitivement. »

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