Télévision - De battre mon coeur de cow-boy s'est arrêté
Vous aviez fait le plein de bouchons d'oreilles, mais c'était avant de savoir que Chris Rock ne revenait pas à la barre de la soirée des Oscars; il a suffisamment défoncé nos tympans l'an dernier pour que l'on ose répéter la triste expérience. Pour gérer le trafic des statuettes, des stars et surtout des ego, on ne retourne pas aux valeurs sûres (bien que revoir Billy Crystal ou Whoopi Goldberg serait réjouissant), préférant miser sur Jon Stewart, l'hôte du Daily Show, ce faux bulletin de nouvelles de fin de soirée en ondes depuis 1999 sur Comedy Central et CNN.
Cet «anchorman» irrévérencieux, apprécié des jeunes téléspectateurs américains qui ont fait du Daily Show leur principale source d'information (?), aiguise déjà ses couteaux en prévision de la soirée du 5 mars. Les exploits de chasse du vice-président Dick Cheney devraient d'ailleurs être largement commentés, au même titre que les potins de Hollywood sur les unions, et les divorces, du moment, et bien sûr les controverses qu'ont suscitées les films en nomination: racisme, homophobie, conflit israélo-palestinien, terrorisme, pouvoir politique et médias, etc.
Voilà des thèmes bien sombres pour une cérémonie qui donne dans l'apparente légèreté, célébrant une industrie qui cette année glisse un peu plus dans la morosité économique. Car les nominations révèlent autant le versant sérieux, et indépendant, de Hollywood que l'impasse dans laquelle les grands studios se sont volontairement engagés. Tandis que l'on rêve d'une époque à la Titanic, où trophées rimaient avec gros sous, l'heure est maintenant aux budgets et aux recettes, disons, respectables. Avec son King Kong à 200 millions de dollars, Peter Jackson croyait nous refaire le bon coup du Seigneur des anneaux, mais les blockbusters, dont les coûteux moyens de production et de promotion deviennent à eux seuls monstrueux, n'arrivent plus à drainer un public suffisant pour faire sourire les producteurs. De son côté, un film comme Brokeback Mountain a déjà remporté plus de trois fois sa mise initiale de 14 millions de dollars; sorti sur quelques écrans en décembre dernier, on le retrouve aujourd'hui sur près de 2000 écrans, et les cris des vierges offensées ont même offert une publicité inespérée.
Du haut de ses huit nominations pour les prix les plus prestigieux, le film d'Ang Lee a toutes les chances de connaître le même triomphe que celui de Jacques Audiard (De battre mon coeur s'est arrêté) la semaine dernière aux Césars: une victoire quasiment sans partage. Car les rivaux de taille ne manquent pas, sans pour autant briser la vague: Philip Seymour Hoffman (Capote) pourrait ravir la statuette au cow-boy Heath Ledger, et les prétendants au titre de meilleur réalisateur, dont Steven Spielberg (Munich) et Paul Haggis (Crash), ne sont pas là en simples figurants. Et comme pour emmerder les puritains, Felicity Huffman, une de mes «desperate housewives» préférées, repartira peut-être avec tous les honneurs pour son rôle de transsexuel (un homme voulant devenir une femme apprenant qu'il a un fils juste avant la grande opération... ) dans Transamerica, de Duncan Tucker.
Une fois encore, les bonzes de l'Académie vont tenter de réparer une de ces nombreuses aberrations qui jalonnent l'histoire des 77 soirées précédentes. Enfin, Robert Altman, l'homme derrière tant de films remarquables (M.A.S.H., Nashville, The Player, Short Cuts, Gosford Park), toujours à cheval entre l'Amérique et l'Europe, recevra un hommage hautement mérité. En allant chercher son Oscar, il aura sûrement une bonne pensée pour Alfred Hitchcock, autre cinéaste de génie récompensé sur le tard... Même s'il n'est jamais trop tard, à Hollywood ou ailleurs, pour bien faire. Surtout dans le faste et les paillettes, question de masquer une mémoire oublieuse et des goûts parfois douteux.
La 78e soirée des Oscars
Dimanche 5 mars, à ABC et CTV, 20h
Cet «anchorman» irrévérencieux, apprécié des jeunes téléspectateurs américains qui ont fait du Daily Show leur principale source d'information (?), aiguise déjà ses couteaux en prévision de la soirée du 5 mars. Les exploits de chasse du vice-président Dick Cheney devraient d'ailleurs être largement commentés, au même titre que les potins de Hollywood sur les unions, et les divorces, du moment, et bien sûr les controverses qu'ont suscitées les films en nomination: racisme, homophobie, conflit israélo-palestinien, terrorisme, pouvoir politique et médias, etc.
Voilà des thèmes bien sombres pour une cérémonie qui donne dans l'apparente légèreté, célébrant une industrie qui cette année glisse un peu plus dans la morosité économique. Car les nominations révèlent autant le versant sérieux, et indépendant, de Hollywood que l'impasse dans laquelle les grands studios se sont volontairement engagés. Tandis que l'on rêve d'une époque à la Titanic, où trophées rimaient avec gros sous, l'heure est maintenant aux budgets et aux recettes, disons, respectables. Avec son King Kong à 200 millions de dollars, Peter Jackson croyait nous refaire le bon coup du Seigneur des anneaux, mais les blockbusters, dont les coûteux moyens de production et de promotion deviennent à eux seuls monstrueux, n'arrivent plus à drainer un public suffisant pour faire sourire les producteurs. De son côté, un film comme Brokeback Mountain a déjà remporté plus de trois fois sa mise initiale de 14 millions de dollars; sorti sur quelques écrans en décembre dernier, on le retrouve aujourd'hui sur près de 2000 écrans, et les cris des vierges offensées ont même offert une publicité inespérée.
Du haut de ses huit nominations pour les prix les plus prestigieux, le film d'Ang Lee a toutes les chances de connaître le même triomphe que celui de Jacques Audiard (De battre mon coeur s'est arrêté) la semaine dernière aux Césars: une victoire quasiment sans partage. Car les rivaux de taille ne manquent pas, sans pour autant briser la vague: Philip Seymour Hoffman (Capote) pourrait ravir la statuette au cow-boy Heath Ledger, et les prétendants au titre de meilleur réalisateur, dont Steven Spielberg (Munich) et Paul Haggis (Crash), ne sont pas là en simples figurants. Et comme pour emmerder les puritains, Felicity Huffman, une de mes «desperate housewives» préférées, repartira peut-être avec tous les honneurs pour son rôle de transsexuel (un homme voulant devenir une femme apprenant qu'il a un fils juste avant la grande opération... ) dans Transamerica, de Duncan Tucker.
Une fois encore, les bonzes de l'Académie vont tenter de réparer une de ces nombreuses aberrations qui jalonnent l'histoire des 77 soirées précédentes. Enfin, Robert Altman, l'homme derrière tant de films remarquables (M.A.S.H., Nashville, The Player, Short Cuts, Gosford Park), toujours à cheval entre l'Amérique et l'Europe, recevra un hommage hautement mérité. En allant chercher son Oscar, il aura sûrement une bonne pensée pour Alfred Hitchcock, autre cinéaste de génie récompensé sur le tard... Même s'il n'est jamais trop tard, à Hollywood ou ailleurs, pour bien faire. Surtout dans le faste et les paillettes, question de masquer une mémoire oublieuse et des goûts parfois douteux.
La 78e soirée des Oscars
Dimanche 5 mars, à ABC et CTV, 20h
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