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Clôture de la 56e Berlinale - Le cinéma mondial continue son virage politique

20 février 2006  Cinéma
La réalisatrice Jasmila Zbanic, gagnante de l’Ours d’or, a transformé la cérémonie du palmarès en tribune politique, rappelant que des criminels de la guerre de Bosnie couraient toujours.
Photo : Agence France-Presse
La réalisatrice Jasmila Zbanic, gagnante de l’Ours d’or, a transformé la cérémonie du palmarès en tribune politique, rappelant que des criminels de la guerre de Bosnie couraient toujours.
Berlin — La 56e Berlinale a décerné samedi soir son Ours d'or à Grbavica, portrait poignant d'une Bosniaque violée durant la guerre de Bosnie et essayant de revivre, confirmant ainsi le retour en force des thèmes politiques dans le paysage cinématographique mondial.

«Je veux profiter de cette occasion pour rappeler que, alors que la guerre est finie depuis 13 ans, les criminels de guerre [l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko] Mladic et [l'ex-leader politique des Serbes de Bosnie Radovan] Karadzic courent toujours», a déploré la réalisatrice du film, Jasmila Zbanic, après avoir reçu son trophée sur la scène du Palais de la Berlinale.

«Ils ont organisé le viol de 20 000 femmes en Bosnie, tué 100 000 personnes et chassé de leurs foyers un million de personnes», a-t-elle rappelé, transformant la cérémonie du palmarès en tribune politique. «Nous sommes en Europe et j'espère que cela changera», a conclu la jeune femme, longuement applaudie.

Le caractère politique de la soirée avait été affirmé d'entrée par le cinéaste britannique Michael Winterbottom, qui avec The Road to Guantanamo a récolté l'Ours d'argent du meilleur réalisateur.

The Road to Guantanamo, présenté à Berlin alors qu'un rapport de l'ONU venait d'exiger la fermeture de la très controversée base américaine, relate l'histoire vraie de trois Britanniques qui y furent emprisonnés durant deux ans avant d'être relâchés sans qu'aucune charge soit retenue contre eux. «En réalité, seules trois personnes méritent ce prix et ce sont les trois personnes dont j'ai raconté l'histoire», a déclaré Michael Winterbottom avant de faire monter sur scène les trois jeunes Britanniques, qui ont eu droit à une ovation.

Enfin le grand prix du jury a été décerné — ex aequo avec A Soap de Pernille Fischer — à Offside (Hors-jeu) de l'Iranien Jafar Panahi, vibrant hommage à une jeunesse assoiffée de liberté qui raconte l'histoire de jeunes filles interdites de stade de football.

Ce virage politique de la scène cinématographique mondiale avait été amorcé dès le mois de mai au festival de Cannes, où la Palme d'or cannoise était allée à L'Enfant des frères Dardenne, un film ancré dans les dures réalités politiques et sociales contemporaines. La cérémonie des Oscars, qui se tient le 5 mars à Hollywood, ne devrait pas échapper à cette tendance générale du septième art.

Parmi les favoris figure Brokeback Mountain d'Ang Lee, poème épique sur une histoire d'amour entre deux cow-boys dans l'Amérique profonde.

Nommé dans huit catégories, ce film pourrait servir de tribune à la cause homosexuelle pour faire avancer ses revendications dans un pays qui reste très conservateur. Autre film politique, Collision, film à petit budget dont le scénario traite des tensions raciales à Los Angeles, a obtenu six nominations.

Également six nominations pour Good Night, and Good Luck, un film de George Clooney sur l'affrontement entre un journaliste de télévision et le sénateur anticommuniste Joseph McCarthy dans les années 1950. La star américaine, nommée pour l'Oscar du meilleur réalisateur et celui du meilleur scénario original, est connue pour son engagement et n'a pas sa langue dans sa poche, ce qui devrait sortir la soirée des Oscars de la torpeur des discours et des remerciements d'ordinaire plutôt convenus.
 
 
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