Exposition - Au propre et au figuré
Dans le miroir de l'appareil photo, l'identité vacille. Le portrait appelle autant de déplacements et de décalages. Par cette exposition regroupant au Musée des beaux-arts de Montréal une quinzaine de portraits acquis récemment, le visiteur pourra se familiariser avec les questionnements sur l'identité si caractéristiques de la «photographie d'artistes». Avec ce courant, la photo ne se contente plus «au propre» de témoigner, de nourrir nos souvenirs. Ces portraits se font «au figuré» journaux intimes, fables, documentaires ou tout cela à la fois.
Un sein en poire. De longs cheveux flottant. L'image de ce corps vu de dos tandis que le visage se dérobe, se fait instant de partage et de tendresse. Nan Goldin a pris cet instantané en 2000 dans l'encadrement d'une porte, près d'Avignon. L'ambiance y est moins destructrice que dans ses photos des années 1980-90. «Je ne suis plus attirée par l'aliénation et l'impossibilité du couple, racontait-elle en 2002. La lumière est apparue dans mes photos alors qu'auparavant mon travail était plus claustrophobe.» Cette image à la fois familière et gracieuse fait tomber les barrières du voyeurisme. Goldin nous apprend toutefois que le partenaire en fond de champ est séropositif. Le spectre de la mort — sida, surdose — ne cesse de hanter l'album parfois douloureux, cru ou doux de sa tribu, qu'elle constitue depuis 30 ans. Sur des fonds de couleur unie, Catherine Opie rassemble aussi sa «famille». Des lesbiennes, des adeptes tatoués du piercing et du sadomaso empruntent leur pose au style ennoblissant de la grande tradition de la peinture. Remettant en question l'objectivité de la photographie en rupture avec le photojournalisme, Andres Serrano campe également sur le cadre rassurant du portrait traditionnel pour nous livrer sans heurt l'image pourtant alarmante d'un sorcier du Ku Klux Klan.
Même métissage, même hybridation et mélange des genres, Charlie White, dans Gossip, montre de façon conventionnelle quatre Américaines de la classe moyenne. À l'heure du thé, elles tâtent en papotant des fragments de chair! Janita Eyre se livre à un autre ahurissant jeu des sept erreurs en devenant le directeur artistique et le metteur en scène d'une hallucination. Avec un maquillage apocalyptique, l'étrange duo trijambiste de soeurs siamoises pose dans un décor kitsch. L'empathie et l'approche humaniste d'un Cartier-Bresson ou d'un Doisneau font place à une grinçante parodie. La question n'est plus celle de l'émotion ou de «l'essence» de l'être mais bien celle de l'authenticité. Est-ce là du réel ou une manipulation technologique à la Photoshop? L'envahissement sournois des trucages n'épargne pas même l'innocence de l'enfance. La perle de lait qui brille à son menton et la forme étrange de la tête du poupon «dévisagé» par la photographe japonaise Rinko Kawauchi introduit un soupçon déstabilisant.
Les images du moi, de l'autre, invariablement se brouillent et nous brouillent. Que montre-t-on? Comment s'affiche et se reconnaît l'altérité? Exhumés de la collection, d'autres portraits, dans la salle d'à côté, explicitent davantage ces déconstructions. Déjà les détournements s'initient avec les daguerréotypes médaillons du XIXe siècle qui se transforment en talisman de «l'être cher». Dans la tradition du portrait-hommage, Cecil Beaton avec Picasso et Karsh avec Riopelle se chargent de transmettre un peu de l'aura du créateur. La marginalité est introduite par les documents d'Ansel Adams et de Diane Arbus sur les exclus du rêve américain. Les chroniques intimes apparaissent avec Duane Michaels. Dans leurs autofictions, Arnulf Rainer et Suzy Lake se représentent à l'infini, se découvrent ou se cachent derrière leurres et masques. Avec Richard-Max Tremblay, Gabor Szilasi, Raymonde April et combien d'autres, l'histoire du portrait en photo, avec ses parades, ses postures, ses mises à nu, sa profusion de signes et d'énigmes, est sans fin.
Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu'au 21 mai. Renseignements: (514) 285-1600
Un sein en poire. De longs cheveux flottant. L'image de ce corps vu de dos tandis que le visage se dérobe, se fait instant de partage et de tendresse. Nan Goldin a pris cet instantané en 2000 dans l'encadrement d'une porte, près d'Avignon. L'ambiance y est moins destructrice que dans ses photos des années 1980-90. «Je ne suis plus attirée par l'aliénation et l'impossibilité du couple, racontait-elle en 2002. La lumière est apparue dans mes photos alors qu'auparavant mon travail était plus claustrophobe.» Cette image à la fois familière et gracieuse fait tomber les barrières du voyeurisme. Goldin nous apprend toutefois que le partenaire en fond de champ est séropositif. Le spectre de la mort — sida, surdose — ne cesse de hanter l'album parfois douloureux, cru ou doux de sa tribu, qu'elle constitue depuis 30 ans. Sur des fonds de couleur unie, Catherine Opie rassemble aussi sa «famille». Des lesbiennes, des adeptes tatoués du piercing et du sadomaso empruntent leur pose au style ennoblissant de la grande tradition de la peinture. Remettant en question l'objectivité de la photographie en rupture avec le photojournalisme, Andres Serrano campe également sur le cadre rassurant du portrait traditionnel pour nous livrer sans heurt l'image pourtant alarmante d'un sorcier du Ku Klux Klan.
Même métissage, même hybridation et mélange des genres, Charlie White, dans Gossip, montre de façon conventionnelle quatre Américaines de la classe moyenne. À l'heure du thé, elles tâtent en papotant des fragments de chair! Janita Eyre se livre à un autre ahurissant jeu des sept erreurs en devenant le directeur artistique et le metteur en scène d'une hallucination. Avec un maquillage apocalyptique, l'étrange duo trijambiste de soeurs siamoises pose dans un décor kitsch. L'empathie et l'approche humaniste d'un Cartier-Bresson ou d'un Doisneau font place à une grinçante parodie. La question n'est plus celle de l'émotion ou de «l'essence» de l'être mais bien celle de l'authenticité. Est-ce là du réel ou une manipulation technologique à la Photoshop? L'envahissement sournois des trucages n'épargne pas même l'innocence de l'enfance. La perle de lait qui brille à son menton et la forme étrange de la tête du poupon «dévisagé» par la photographe japonaise Rinko Kawauchi introduit un soupçon déstabilisant.
Les images du moi, de l'autre, invariablement se brouillent et nous brouillent. Que montre-t-on? Comment s'affiche et se reconnaît l'altérité? Exhumés de la collection, d'autres portraits, dans la salle d'à côté, explicitent davantage ces déconstructions. Déjà les détournements s'initient avec les daguerréotypes médaillons du XIXe siècle qui se transforment en talisman de «l'être cher». Dans la tradition du portrait-hommage, Cecil Beaton avec Picasso et Karsh avec Riopelle se chargent de transmettre un peu de l'aura du créateur. La marginalité est introduite par les documents d'Ansel Adams et de Diane Arbus sur les exclus du rêve américain. Les chroniques intimes apparaissent avec Duane Michaels. Dans leurs autofictions, Arnulf Rainer et Suzy Lake se représentent à l'infini, se découvrent ou se cachent derrière leurres et masques. Avec Richard-Max Tremblay, Gabor Szilasi, Raymonde April et combien d'autres, l'histoire du portrait en photo, avec ses parades, ses postures, ses mises à nu, sa profusion de signes et d'énigmes, est sans fin.
Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu'au 21 mai. Renseignements: (514) 285-1600
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