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La galerie-musée - Landau rouvre la galerie Dominion après l'avoir entièrement rénovée

Stéphane Baillargeon   19 octobre 2005  Arts visuels
Le petit cheval de Marino dans l'entrée? Cinq millions. Et ici, on ne cause encore qu'en dollars américains. Au dernier étage, un Braque sublime de 1907 vaut encore plus. Dans les sept millions. D'une pièce à l'autre, le coffre aux trésors de la rue Sherbrooke, à Montréal, dévoile des toiles de Chagall, Chirico, Dubuffet, Ernst, Kandinsky, Magritte, Matisse, Miró, Moore ou Picasso...

La Landau Fine Arts Gallery, située rue Sherbrooke, possède le fonds d'art moderne le plus impressionnant du pays et demeure par exemple la seule à participer aux très sélectes foires de Basel ou Miami. Riche de quelques centaines d'oeuvres, dont certaines dignes des couvertures de catalogues rétrospectifs, elle fait l'envie des conservateurs de musées canadiens qui ne peuvent d'ailleurs pas se payer les plus chers, qui valent plusieurs de leurs budgets annuels d'acquisition.

La belle affaire prend encore du mieux à compter d'aujourd'hui avec l'inauguration d'une nouvelle annexe prestigieuse, la galerie Dominion, qui reprend le célèbre espace du même nom, acheté en 2000. Au total, la Landau et la Dominion se déploient maintenant sur 20 000 pieds carrés. «La surface d'exposition du Musée d'art contemporain totalise 28 000 pieds carrés, dit fièrement Robert Landau, en faisant le tour du propriétaire. Je fais donc presque aussi bien.»

La Dominion Gallery of Fine Arts, une des plus prestigieuses de son temps au Canada, fut fondée en 1941 par Rose Millman, qui engagea l'année suivante le Dr Max Stern, un réfugié juif-allemand, comme conseiller puis comme partenaire. Bien avisée, la galerie va commencer à relayer les productions d'avant-garde d'ici et d'ailleurs alors que ses concurrentes s'embourbent dans les paysages de vaches hollandaises. La seule année 1943, la Dominion va offrir des expositions solos de Goodridge Roberts, Jacques de Tonnancour et Paul-Émile Borduas, mais aussi un travail de groupe rassemblant 23 jeunes artistes, pour la plupart influencés par Borduas ou Pellan. L'année suivante, le Dr Stern achetait des dizaines d'oeuvres d'Emily Carr.

L'entreprise a prospéré pendant un demi-siècle. Après la mort de Max Stern et de son épouse Iris, un inventaire de quelque 2000 oeuvres a été liquidé au profit de deux universités montréalaises et d'une troisième à Jérusalem. L'immeuble comme tel a été acheté par Robert Landau il y a cinq ans et rénové patiemment.

«Nous allons bien marquer les espaces, explique le propriétaire. La Dominion va servir aux expositions d'artistes vivants, tandis que les artistes modernes seront exposés de l'autre côté.»

Pour l'instant, l'accrochage triche un peu. Le rez-de-chaussée propose bien des toiles de l'Allemand Heinz Rabbow, mais les étages abritent des Dubuffet, des Moore ou des Léger. «La division sera respectée, assure M. Landau. Les oeuvres de Rabbow vont ensuite monter aux étages et seront remplacées par d'autres.» Dans tous les cas, la galerie demandera l'exclusivité des ventes au moins pour le Canada, sinon pour l'Amérique du Nord.

La Landau Fine Arts Gallery a été fondée en 1986 par Robert et Alice Landau. «C'est ma femme qui a l'oeil, raconte Monsieur, toujours aussi désarmant de franchise. C'est elle qui choisit les nouveaux artistes. En entrant dans une pièce contenant 200 tableaux, elle peut repérer le bon au premier coup d'oeil. Le Dr Stern aussi se fiait au jugement de sa femme. Après la mort de cette précieuse collaboratrice, il n'a rien acheté de bon.»

Lui-même n'a pas à rougir de la plupart de ses acquisitions. Franchement, la visite de ses belles salles rénovées procure autant de plaisir que celle d'un musée. Le Braque intitulé Paysage à Ciotat a récemment suscité l'admiration d'une muséologue de Marseille qui en a pourtant jugé des dizaines pour l'exposition Sous le soleil, exactement. Un Picasso de la dernière période intitulé Les Dormeurs (1965) a été prêté pour plusieurs expositions mais n'est tout simplement pas à vendre. La salle Riopelle compte trois oeuvres exceptionnelles, dont un format moyen de 1951 qui fera saliver les mandataires de la collection de Power Corporation, pourtant bien dotée. «Même Pierre Desmarais n'en a pas un comme ça», dit M. Landau.

Ce marchand a l'habitude de négocier avec les mégariches. «Bill Gates n'est pas le seul milliardaire de la planète», dit-il en racontant avoir récemment visité un client de cette rarissime trempe des über-nababs . «Sans mentir, il y avait pour un milliard de dollars d'oeuvres d'art dans le salon.»

À ce niveau de richesse, la transaction s'effectue sans négociations. Le marchand annonce son prix, toujours en beaux dollars américains, et attend l'impulsion...
 
 
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