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Télévision - La passion Claudel

Bernard Lamarche   9 juillet 2005  Arts visuels
Le couple de l'été, au Québec, est sans conteste celui de Camille Claudel et d'Auguste Rodin. Le Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ) entend livrer un de ses meilleurs étés depuis la fameuse exposition Rodin de 1998, présentant, jusqu'au 11 septembre, Camille Claudel et Rodin: la rencontre de deux destins. Comme pour aller de pair avec la présentation de ces 133 oeuvres et 103 documents d'archives, le film sur l'art Camille Claudel, sur TV5, présente, en l'amplifiant sans doute à sa juste valeur, le drame de la rencontre entre deux personnages fougueux, fiers et passionnés.

Si la manifestation muséale, à Québec, tente de jeter un nouvel éclairage sur deux figures majeures de la sculpture française de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, le documentaire reprend plutôt l'histoire de ce couple instable de façon canonique. Camille Claudel fait la connaissance d'Auguste Rodin en 1882, à l'âge de 18 ans. Rodin a alors 41 ans et amorce une carrière brillante. Ils vivront un amour des plus intenses tout en partageant une passion authentique pour la sculpture. Cet amour et cette fureur créatrice sont abordés dans le film avec le ton ampoulé dont s'éprennent trop souvent les narrateurs lorsque vient le temps de parler d'art.

Filmées selon une lumière rasante, caravagesque, avec ces ombres qui creusent les volumes et rongent les contours tout juste ce qu'il faut pour souligner le drame de la création et d'un amour difficile, des dizaines de sculptures sont léchées par la caméra, qui nous en fait découvrir moult détails. On apprendra, entre autres choses, que le directeur des Beaux-Arts, peu après l'arrivée de Camille Claudel à Paris, en 1881, à l'âge de 17 ans, aurait décelé dans son art si jeune les traces des enseignements de Rodin. Or, à cette date, Claudel ne connaît pas encore celui qui aujourd'hui est considéré comme un maître. Elle sera confiée à Rodin en 1883, lui

qui admire la précocité de l'artiste.

À grand renfort de citations de lettres écrites par ceux qui ont côtoyé ou, pire, souffert de ce drame, l'histoire se déroule. Le film propose une approche de l'oeuvre qui tente de la situer dans son contexte social, intellectuel, artistique et intime. La correspondance avec Rodin, mais aussi celle avec le frère de Camille, Paul, permet de mieux soupeser l'ampleur de la détresse qui finira par surgir de cette rencontre devenue historique. «Il y a toujours quelque chose d'absent qui me tourmente», écrira Camille, mais aussi: «Surtout, ne me trompez plus.»

À trente ans, écrit Paul Claudel à propos de sa soeur et de son existence tragique, sa raison n'a pas résisté au refus de Rodin de l'épouser; la rupture est terrible. Camille, incapable d'évincer Rose Beuret de la vie de Rodin, quittera son amant en 1898. Elle ne s'en remettra jamais et le groupe sculptural L'Âge mûr, sur lequel s'arrête longuement la lentille de la cinéaste, témoigne du cruel abandon de Rodin. À partir de 1905, les signes de paranoïa chez l'artiste s'intensifient. Elle est internée à la Maison de santé spéciale de Ville-Évrard. Elle finira sa vie enfermée et survivra 26 ans à Rodin, disparu en 1917.

Ses grands cris de liberté, entendus dans ce film souvent lourd, resteront sans écho.

Camille Claudel
TV5, dimanche, 23h.
 
 
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