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    Des généalogies qui parlent

    16 avril 2005 |Bernard Lamarche | Arts visuels
    À la galerie Trois Points, on présente actuellement une exposition de groupe, sorte de contrepartie au défilé annuel de solos, dont la première fonction est certes de mettre en vitrine les artistes de la galerie, mais dont le propos, sur la couleur et l'abstraction, recoupe certains des grands axes de l'histoire de la peinture récente au Québec. C'est la raison pour laquelle nous la soulignons cette semaine.

    La présentation a le don tout d'abord de tabler sur un néologisme, forgé pour l'occasion. «Chromophilie» désigne l'intérêt pour la couleur, tout simplement. On retrouve dans cette exposition deux des artistes dont les noms sont associés à l'histoire de la peinture, les regrettés Guido Molinari et Yves Gaucher, de même que des artistes de générations subséquentes, Mario Côté, Michel Daigneault et Paul Bureau, ainsi qu'une artiste plus jeune, en la personne de Jennifer Lefort. Côté, Bureau et Lefort sont représentés par la galerie.

    La beauté de la chose est que trois générations de peintres abstraits sont représentées dans cette exposition. Aussi, chose amusante, Gaucher a enseigné à Lefort autrefois à l'université Concordia, alors que Daigneault enseigne actuellement à la jeune artiste, à la maîtrise, à l'université York de Toronto. Ces observations semblent tomber dans l'anecdote, mais elles permettent de souligner des généalogies qui peuvent parler.

    Tout sur la couleur

    L'exposition évoque le fait que les fondements de la modernité artistique au Québec se sont faits sur le dos de l'abstraction. Donc, les deux grands noms de l'exposition sont Gaucher et Molinari, qui dans l'histoire ne se sont jamais réellement entendus. Or, ici, le premier avec ses fines bandes de couleur horizontales sur fond blanc et le second avec ses bandes légèrement irrégulières, sur les valeurs de bleu, constituent les jalons historiques de l'exposition. De Molinari, l'exposition Chromophilie présente le Quantificateur bleu n° 13.

    En ce sens, Bureau et Côté ont construit leur langage sur les acquis de cette peinture. Bureau, dont il faut avouer notre insensibilité à la peinture, travaille sur les marges. Ainsi, les débordements des bandes épaisses de peinture laissent voir un travail sur les intersections, où la peinture s'accumule. Entre Molinari et Bureau se tissent des liens, par la proximité dans l'espace.

    Pour Mario Côté, les choses se compliquent. Ici, son Tréis n° 7 aurait sans conteste été le meilleur tableau, et de loin, de son exposition solo qui précédait l'actuel accrochage. Plus qu'une accumulation de graphies sur le thème des ondes et du bruit, ce tableau tout en ruptures, une belle réussite, est entièrement solutionné par une zone, dans le haut à gauche, plus liquide, qui rend bien l'idée que surgissent là des résonances. Par contre, pris entre le Molinari et le Gaucher, plus sobres, ce tableau a l'air plus criard, ce qu'il n'est pourtant pas. Les formes et les textures sont ici bellement réparties; disons que ce tableau a de la gueule.

    S'il est une tache aveugle (sans jeu de mots) dans cette exposition, c'est que celle-ci mise tout sur la couleur sans particulièrement prendre en considération la forme. C'est pour cette raison qu'on se retrouve avec des oeuvres géométriques et des oeuvres lyriques, deux traditions qui ne sont pas exclusives mais qui ont leurs racines propres, comme si de jeunes artistes ne pouvaient pas répondre sur le terrain de la peinture hard edge, comme un Martin Bourdeau, actuellement à la galerie Roger Bellemare, sur le même étage de l'édifice Belgo.

    Avec l'oeuvre qu'il présente actuellement, Michel Daigneault donne l'impression qu'il s'est ressaisi depuis sa présence au MACM et l'exposition Dialogue(s) en 2002, très décevante. Ici, bien que le tableau s'intitule Au coeur des choses, on a le sentiment qu'il s'épivarde un peu dans sa manière d'accumuler les signes. Par contre, le tableau réserve quelques bons moments dans l'étagement des épaisseurs picturales, par exemple dans ce fond bleu fait de frottements.

    À quelques pas de là, physiquement dans l'espace mais aussi en esprit, Jennifer Lefort semble vouloir confirmer la promesse qu'elle représentait il n'y a pas plus de deux ans. Comparées à ses tableaux plus anciens, les deux oeuvres présentées actuellement sont moins scolaires et mieux ciblées. Ce mélange de formes flottant sur des fonds indistincts et de bas painting dont le vocabulaire est bien assimilé laisse présager un avenir intéressant.

    La galerie Trois Points entend par ailleurs revenir chaque année sur cette proposition colorée.

    Le Devoir
     
     
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